Spécialisée dans la destruction de micropolluants ou polluants réfractaires des effluents industriels, la société TreeWater travaille plus particulièrement depuis deux ans sur la dépollution des PFAS. « Nous orientons nos technologies par rapport au contexte, aux réglementations à venir ou en fonction des problématiques des industriels » explique Marc-Emmanuel Bouchard, cofondateur et président de TreeWater. Leur technologie, basée sur un procédé d'oxydation avancée, permet de traiter les effluents industriels, l'eau provenant de nappes phréatiques ou encore les effluents issus de lavage de sols pollués.
« Notre technologie d'électro-oxydation Electrotate (voir encadré], par exemple, permet de détruire dans leur quasi-intégralité, à 99,9 %, une trentaine de PFAS réglementaires à chaîne longue mais également à chaîne ultracourte comme l'acide trifluoroacétique, le TFA » affirme Bruno Cedat, cofondateur et directeur technique de TreeWater. « Leur destruction permet de ne pas générer des concentrats qu'il faut ensuite incinérer, posant ainsi d'autres problématiques énergétiques ou d'émissions de polluants dans l'atmosphère » ajoute Marc-Emmanuel Bouchard. « Notre procédé permet également d'améliorer le bilan carbone du traitement en évitant d'utiliser des charbons actifs par exemple. » Des pilotes industriels sont en cours de déploiement sur des sites pollués en France, d'acteurs nationaux et internationaux, avec une perspective de commercialisation des procédés début 2027.
Grâce à l'oxydation avancée et un assemblage de briques technologiques en amont (station de traitement) et aval (barrière pour résidus minéraux ou organique en sortie), « nous sommes capables de purifier complètement le flux », affirme Marc-Emmanuel Bouchard. Mais cela va dépendre des besoins de l'industriel, de la destination des flux (assainissement, milieu naturel, circuit industriel) et de l'investissement. Ainsi, en fonction du cahier des charges et du type d'effluent, un paramétrage est d'abord réalisé en laboratoire pour calibrer le système en faisant varier différents paramètres tels que la puissance d'irradiation ou la quantité de peroxyde d'hydrogène. Cette première phase permet également d'estimer le coût de la solution. Puis, si l'industriel est convaincu, TreeWater installe des petits pilotes sur une partie du flux pour valider le calibrage. Et pour finir, la solution finale est produite dans ses locaux à Valence, puis installée sur site. « Nous accompagnons ensuite l'industriel dans sa mise en route jusqu'à la stabilisation du système », explique Marc-Emmanuel Bouchard.
De la thèse à la technologie

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Cette idée de détruire les polluants à la source pour éviter les pollutions induites est née dans le groupe Comap où Marc-Emmanuel Bouchard dirige une entité de traitement de l'eau potable. La société souhaitait diversifier son portefeuille de produits, notamment sur des solutions de traitement de micropolluants. « C'est à cette période, en 2013, que Bruno nous are-joint et a réalisé sa thèse sur la destruction des micropolluants à base d'oxydation avancée », se remémore le président et cofondateur. Mais la société n'a pas donné suite. Bruno Cedat récupère alors ses travaux et crée en 2017 TreeWater, une spin-off issue de l'Insa Lyon, avec l'objectif de développer des technologies autour de la destruction des micropolluants. Marc-Emmanuel Bouchard le rejoint fin 2020, en tant que président et cofondateur, pour lancer l'industrialisation des procédés.
Et puis tout s'enchaîne : en 2021, leur première technologie Recyclo est lauréate du projet Life Re-cyclo avec un montant de 1,5 million d'euros à la clé, financé à 55 % par l'Union Européenne, avec six partenaires européens. Dans un premier temps, celle-ci a été déployée dans des blanchisseries, puis transposée à d'autres filières industrielles telles que le textile, le papier et le traitement de surface. Et l'entreprise projette de viser l'industrie pharmaceutique et chimique. Puis en novembre 2024, elle est lauréate du concours i-Nov de BPI France sur Electrotate, puis de l'appel à projet Transformation des PME par l'innovation France 2030. Aujourd'hui, TreeWater continue d'investir dans sa R&D grâce à ses fonds propres, mais également aux financements de Bpifrance et France Relance. « TreeWater a un bon équilibre entre l'industrialisation et la partie R&D, ce qui est rare », commente Patrick Lermusiaux, investisseur. « Ils réalisent déjà un chiffre d'affaires avec une solution déployée sur le recyclage des eaux usées et développent en parallèle de nouveaux axes de recherche. »
À la recherche des microplastiques
Bien intégrée dans le tissu local, TreeWater fait partie du pôle de compétitivité chimie-environnement Axelera de Solaize (69). La société travaille également avec Valence Romans Agglo et le programme Territoires d'industries, « pour favoriser le développement économique du bassin rhônalpin », explique Marc-Emmanuel Bouchard. « Nous avons un certain nombre de partenariats avec des entreprises du Rhône et de la Drôme, nous favorisons le circuit court sur la chaîne d'approvisionnement, les développements ainsi que l'aspect servicing, matériel et développement industriel. » Côté laboratoires, « nous sommes toujours en lien avec l'Insa Lyon car j'y ai fait ma thèse mais également car nous y avons notre plateforme analytique et nos pilotes », ajoute Bruno Cedat. TreeWater travaille enfin en collaboration avec d'autres laboratoires ou organismes nationaux (CNRS, École nationale supérieur de chimie de Rennes (ENSCR), GEPEA à la Roche-sur-Yon) et internationaux, spécialisés en génie du procédé ou en analyse comme l'ICRA de Gérone en Espagne.
Très investie dans sa R&D, TreeWater continue ses recherches sur l'amélioration énergétique et l'impact carbone de ses procédés, par exemple sur la production de peroxyde d'oxygène in situ par électrochimie. L'équipe travaille en parallèle sur d'autres PFAS que ceux initialement ciblés, sachant que leur nombre dépasse les 10 000 molécules, ainsi que sur les microplastiques pour lesquels « ses procédés ont déjà un impact », affirme Bruno Cedat. Le principal verrou à leur développement est la partie analytique, pour démontrer que les micro-mais surtout nano-plastiques sont bien détruits. Mais le directeur technique l'affirme : « Nous avons des technologies qui peuvent s'adapter à un large panel de micropolluants. »
Trois technologies pour détruire les polluants
Le procédé de traitement de TreeWater repose sur l'oxydation et la réduction avancée pour éliminer les polluants organiques des effluents. Les technologies Life Recyclo et Prefas se basent sur un procédé assez similaire : des lampes UV combinées à du peroxyde d'hydrogène (H2O2) ou des sulfites vont générer des radicaux hydroxyles ou des électrons hydratés, des molécules très réactives capables de détruire les liaisons chimiques. En revanche, Electrotate est un procédé breveté basé sur l'électrochimie : ce sont des électrodes positionnées sur un arbre en rotation qui vont produire des molécules oxydantes et réductrices en même temps, permettant à la fois de s'affranchir des produits chimiques et de consommer jusqu'à 20 fois moins d'énergie. Ces technologies sont paramétrées en fonction du micropolluant à traiter : « pour fragmenter les liaisons carbone-carbone des pesticides ou des hydrocarbures comme les HAP, nous utilisons des radicaux hydroxyles », détaille Bruno Cedat. « Cependant, pour les perfluorés synthétisés pour résister à la chaleur et à l'abrasion, qui ont une liaison carbone-fluor très stable, nous utilisons notamment l'oxydation directe et les électrons hydratés », a-t-il ajouté.



