Depuis le 1er janvier 2025, la RE2020, qui rend la construction neuve plus environnementale, serre la vis. Une évolution prévue dès son application, en 2022, qui n’a pas échappé au groupe Ducerf. Spécialisée dans la transformation du bois, cette PME de Saône-et-Loire accueille ces nouveautés à bras ouverts. «Cela va continuer à nous permettre de monter en puissance sur notre production à destination du bâtiment», se réjouit Edouard Ducerf, le président du groupe familial (160 personnes, 38 millions d’euros de chiffre d’affaires, six sites de production en Bourgogne).
L'entreprise a bénéficié de la hausse de la demande en carrelets, des montants en bois qui servent à la fabrication de montants de portes, fenêtres ou traverses. «Dans la menuiserie, le bois tend à grignoter des parts de marché à d’autres matériaux tels que le PVC. Cela progressait lentement, et la RE2020 nous a donné un coup de fouet», poursuit Edouard Ducerf dont le chiffre d’affaires à destination du bâtiment et passé de 40 à 55% depuis 2020. Pour répondre à la demande émanant de ce marché, la PME a du investir dans une presse haute-fréquence (1,7 M€) en 2024, afin de gagner en productivité.
Parmi les autres usages possibles, figure celui du collage de matériaux afin de réaliser des panneaux structurels en chêne, destinés à remplacer le béton dans la construction neuve. Jusqu’alors, ces panneaux lamellés croisés (CLT) étaient principalement disponibles en résineux.
Des briques plus performantes
Le nouveau seuil de la RE2020 intègre aussi de nouvelles valeurs relatives à l’indicateur carbone (IC) énergie (qui mesure l'empreinte carbone liée aux consommations d’énergie du bâtiment) et à l’IC construction (qui s'intéresse lui aux produits et équipements utilisés sur les chantiers). «Les concepteurs doivent avoir recours à des matériaux moins carbonés par exemple biosourcés ou issus du réemploi ou du recyclage», illustre Marc Schoeffter, ingénieur bâtiment en charge des réglementations à l’Ademe. Pour autant, «la RE2020 n’est pas prescriptive, elle ne dit pas quels matériaux utiliser. A charge pour le concepteur de choisir les systèmes constructifs, matériaux et équipements qui y répondent», poursuit-il.
Sur l’IC construction, «les seuils ont été réduits de 12% en maison individuelle et de 17% en logements collectifs», observe Gérald Merlin, le chef des marché solutions structure et façade de Wienerberger et de Terreal France. Or, les produits en terre cuite nécessitent d’être chauffés à haute température. Pour gagner des points sur certains critères, les deux fabricants, réunis en 2023, ont ajouté de la laine de roche dans certaines briques pour améliorer la résistance thermique et réduire les épaisseurs de doublage. En 2025, cette brique sera déclinée avec un isolant biosourcé.
Le ciment «bas carbone» compte enfin émerger
Parmi les matériaux éminemment concernés par la question du poids carbone, figurent ceux à base de ciment. D'ici à 2030, la filière doit réduire de 50% l’empreinte carbone de ses produits par rapport à 2015. «On monte l’une des marches les plus importantes avec ce seuil. Dans un bâtiment multiétagé, le tiers de l’impact vient du gros œuvre. La demande va se déplacer vers les ciments les moins émissifs», concède Stéphane Herbin, le directeur des activités bâtiment pour les applications ciment et béton de l’association professionnelle France Ciment.
En plus des travaux menés dans plusieurs usines pour abaisser leurs émissions, à des degrés plus ou moins avancés, des catégories de ciment à empreinte carbone réduite voient leur développement accéléré. «La RE2020 est un moteur pour conduire ces évolutions à empreinte carbone réduite. C’est la trajectoire réglementaire qui fait avancer tout le monde», souligne Stéphane Herbin. Parmi ces produits, figurent les ciments CEM-III/C, qui contiennent de 5 à 19% de clinker, même si ces produits ne sont pas nouveaux sur le marché.
Chez Lafarge, l’activité française du groupe Holcim, on reste néanmoins prudent sur l’effet de levier de la RE2020. «On voit tout juste les effets du seuil 2022, en raison du décalage des permis de construire : il y a moins de 400 bâtiments finis avec les normes de 2022», indique Flore Bellencourt, responsable marché bâtiment et innovation de Lafarge bétons. Lancées en 2019 et en 2020, les ventes des produits à teneur abaissée en carbone représentent 40% de l'activité de l’entreprise pour le ciment, et 35% pour le béton.
Les espoirs de l’isolation et de la pompe à chaleur
Le confort d’été est lui aussi concerné par la nouvelle mouture de la RE2020. «Avec le nouveau seuil, les bureaux d’études vont davantage s’intéresser à nos solutions», espère François Chardon, le directeur général France de Fundermax, un fabricant autrichien de panneaux isolants à base de papier. «Le premier effet de la réglementation est de contribuer à l’essor du bardage ventilé», indique le manager, qui table sur un développement de l’isolation thermique par l’extérieur, là où le marché français se distinguait jusqu’alors par une préférence pour l’isolation thermique par l’intérieur.
Quant à l’énergie, dans le logement individuel, la pompe à chaleur (PAC), pour la production de chauffage et d’eau chaude), bénéficie d’un effet d’aubaine pour être installée dans le neuf, et non seulement en rénovation. «La projection sur les seuils 2025 nous est plutôt favorable dans la mesure où nous avons les technologies et la performance. Cela permet de sécuriser l’installation d’appareils thermodynamiques», se satisfait Eric Baudry, le directeur des affaires publiques du groupe Intuis.
D’après l’observatoire gouvernemental de la RE2020, près de 40% des logements collectifs construits depuis l’entrée en vigueur de la réglementation utilisaient le gaz comme énergie principale de chauffage. De leur côté, 94% des maisons individuelles neuves disposaient de PAC. Autant d’opportunités de marché qui sont toutefois contrariées par la morosité du marché de la construction.



