La RE2020 profite aux ciments bas-carbone. De l'aveu même de plusieurs fabricants, cette réglementation en déploiement progressif dans le logement neuf et tertiaire stimule la demande... Et les ventes. Son objectif est d'améliorer la performance énergétique des bâtiments, mais aussi de prendre en compte l'empreinte environnementale des matériaux de construction.
Les managers d’Eqiom, un producteur de ciment et de béton (650 millions d’euros de chiffre d’affaires, 1500 personnes, 180 sites), font part de commandes dans les grandes villes, et des maîtres d’ouvrage publics. «Nous ne communiquons réellement sur les produits à empreinte carbone réduite que depuis la réglementation environnementale RE2020, puisqu’il s’agit du seul moment à partir duquel nos clients sont devenus réceptifs. En 2010, il n’y avait pas eu d’appétence de la part de nos clients. Avec les prochains seuils de la RE2020 [en 2025, 2028 puis 2031 ndlr], la demande devrait vraiment progresser», estime Pierre-Yves Berthelemy, le responsable du pôle marketing.
En 2024, Eqiom vise 50% de sa production en bétons «très bas carbone» (de -35% à -50% de CO2 par rapport à un produit traditionnel). Eqiom avait déjà lancé, en 2005, un ciment composé de 50% de clinker (le constituant principal du ciment, obtenu par calcination à 1450 degrés de calcaire et d’argile) et de 50% de laitier de hauts-fourneaux (coproduit issu de la fabrication de la fonte dans un haut-fourneau). «Les ciments alternatifs, comme le CEM III, existent depuis très longtemps. On ne les utilisait pas pour leurs propriétés «bas carbone», mais dans des milieux où on avait des agressions physiques, comme la chimie, assez élevées», renchérit Christophe Charron, le directeur du laboratoire interne d’Eqiom.
Vicat se met en ordre de marche
L’impact de la RE2020 sur les matériaux commandés suscite également un vif enthousiasme chez Vicat (12 000 collaborateurs, 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023). «Entre 2022 et 2023, la demande en produits “bas carbone”, ciments et bétons, a plus que doublé. Nous sommes dans un mouvement qui va en s’accélérant, sous l’effet de l’offre qui s’enrichit et sous l’effet de la demande,constate Laurent Legay, le directeur marchés et offres de Vicat. On voit apparaître dans les cahiers des charges des objectifs carbone, même sur des projets qui n’ont pas des objectifs réglementaires»,
Chez Vicat, la cimenterie de Montalieu-Vercieu (Isère), mise sur un ciment (CEM II/A) permettant de réduire le taux de clinker d’environ 10%.Depuis 2018, à Créchy, dans l’Allier, un autre ciment (dit CEM IV) est aussi fabriqué par Vicat, avec de la pouzzolane, une roche naturelle, en substitution du clinker. Il a notamment été mis en œuvre sur le Village des athlètes de Paris 2024.
Un décalage lié aux anciens chantiers
Les dirigeants de Lafarge France (4200 personnes, dans le giron de Holcim) sont, pour leur part, plus mesurés. «Il y a une hausse de la demande, mais elle n'est pas encore significative cette année. Cette progression est plus directement liée à notre activisme à mettre sur le marché des produits bas carbone qu'à un effet direct de la RE2020. Le seuil 2025 de la RE2020 sera certainement beaucoup plus décisif pour accroître la demande et celui de 2028 encore plus», expliquent-t-ils. En 2024, les ciments dits «bas carbone» doivent représenter 40% des ventes totales de ciment de la marque, et les bétons «bas carbone» 25% du total pour le béton.
Réaction quasi-similaire chez Ecocem (255 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, 200 personnes dont 80 en France). «La RE2020 a un impact difficile à chiffrer. Ces dernières années, [...] le marché de la construction est en baisse, mais les solutions bas carbone souffrent moins que d’autres solutions de ciment, grâce à la RE2020», commente Conor O’Riain, le directeur général France et Europe d’Ecocem. Pour mettre un coup de booster à son activité, Ecocem fonde de grands espoirs dans son ciment Act, lequel permet d’envisager une réduction de 70% de l’empreinte carbone, selon l’entreprise, par rapport à un ciment standard. Il sera commercialisé par étapes, en Europe, entre 2024 et 2026. Pour Stéphane Herbin, de Cimbéton, lié au syndicat professionnel France Ciment, un décalage existe aussi entre les chantiers réalisés sous l’ancienne réglementation thermique RT2012 et ceux soumis à la RE2020, les permis de construire devant être postérieurs au 1er janvier 2022.
Les travaux publics épargnés
La RE2020 ne concerne pas, toutefois, les travaux publics. Pour autant, le préfabricant béton Stradal (160 millions d’euros de chiffre d’affaires, 800 personnes, filiale du groupe CRH) indique aboutir, d’ici trois ans, à une production entièrement réalisée sans CEM I. «Des majors, telles que Vinci, sont proactives sur le sujet. Sinon, c’est plutôt nous qui mettons en avant les produits moins carbonés. Le surcoût, d’environ 10%, est l’un des freins», commente Christian Jacob, son directeur marketing. Certaines lignes de produits sont désormais disponibles uniquement en étant estampillés «bas carbone». Dans la Marne, le fabricant de produits en béton Capremib a pour sa part noué, en 2020, un partenariat avec Hoffmann Green Cement. Ce producteur vendéen de ciment sans clinker collaborera à la fabrication d’écrans acoustiques… Même si la réglementation n’oblige pas à abaisser les émissions carbone de ce type de matériels.



