Les contrats de transition écologique des cinquante sites industriels les plus polluants de France sont signés à Paris le 22 novembre, entre les représentants des industriels concernés et les ministres Agnès Pannier-Runacher, Roland Lescure et Dominique Faure, respectivement en charge de la Transition énergétique, de l’Industrie et des Collectivités territoriales. L'industrie cimentière, qui représente 12,5% des émissions de gaz à effet de serre de l'industrie française, occupe une bonne part de cette liste, avec 21 sites recensés. Dans ce contexte, «cette industrie n’a jamais connu autant de transformations, c’est une question de survie», estime Bruno Pillon, le président d’Heidelberg Materials France.
Sur son site d’Airvault (Deux-Sèvres), au douzième rang des cinquante sites les plus polluants, l’entreprise (3 400 personnes en France, 300 sites, dont sept cimenteries) injecte actuellement 285 millions d’euros pour renouveler son outil industriel. Seules 20% des installations existantes de la cimenterie seront conservées (silos de stockage, dispositifs de chargement...), l’usine étant reconstruite à hauteur de 80%, à côté de l’existante. Elle disposera de la possibilité de monter à 90% de combustibles alternatifs. «Un tiers du CO2 émis vient de la combustion. L’idée est de se passer complètement de charbon et de petcoke. Nous garderons seulement le gaz, en énergies fossiles, pour lancer le four», explique Bruno Pillon. Heidelberg Materials France, qui remplacera deux fours par un seul, aura recours aux combustibles solides de récupération (CSR) et continuera également d’utiliser des pneus ainsi que des farines animales.
De l’argile calcinée chez Heidelberg Materials France
Pour autant, cette solution ne suffit pas à régler le problème de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre : «même en montant à 90% de CSR, il reste à régler la question des deux-tiers d’émissions restantes, à savoir la décarbonatation du calcaire pour produire le ciment», tranche le chef d'entreprise. Heidelberg Materials France s’est rapproché de GoCO2, un projet présenté en juillet par la région Pays de la Loire et le Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire, qui vise à centraliser jusqu’à 2,6 millions de tonnes de CO2 par an à l’horizon 2030. Formé par six partenaires (Elengy, GRTgaz, Heidelberg, LafargeHolcim, Lhoist, TotalEnergies), le projet vise l'export du carbone capturé vers des zones de stockage géologiques, notamment en mer du Nord.
Heidelberg Materials France entend par ailleurs construire une usine d’argile calcinée, un produit estampillé «bas carbone», à Bussac-Forêt (Charente-Maritime)sur le terrain de son site, qui pointe au trente-quatrième rang des cinquante sites les plus polluants. A Beaucaire (Gard), au vingt-septième rang dans la liste gouvernementale, entre la fin 2026 et le début de l’année 2027, un nouveau système de broyage et un développement des combustibles alternatifs renforcés sont envisagés, tandis qu’à Couvrot (Marne), le quinzième de la liste, l’emploi de combustibles alternatifs est passé au-dessus de 90% des besoins.
Investissements tous azimuts chez Lafarge (Holcim)
Holcim France (470 sites en France), dont Lafarge est désormais considéré comme l’une des activités, se targue lui d’avoir investi 200 millions d’euros au cours des trois dernières années «pour le verdissement» de son activité. Le contrat de transition écologique signé par le groupe concerne sept sites : Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne), Le Teil (Ardèche), Port-la-Nouvelle (Aude), Martres-Tolosane (Haute-Garonne), La Malle (Bouches-du-Rhône), Val d’Azergues (Rhône) et Altkirch (Haut-Rhin). «Cette démarche est venue se conjuguer avec des actions que nous avions déjà lancées. Le scénario le plus raisonnable nous amène à une diminution de 47% de baisse de nos émissions entre 2019 et 2030, sur l’ensemble de ces sept sites», prévoit l'entreprise.
Parmi les usines concernées, le site de Martres-Tolosane bénéficie depuis l’automne 2023 d’une nouvelle configuration. Il figure au trente-deuxième rang de la liste des sites les plus polluants. Un nouveau process de production permet de baisser de 25% les émissions de CO2 par rapport à l’ancienne installation, pour plus de 110 millions d’euros d’investissement. Un four ancien, long, très consommateur d’énergie, a été remplacé par un nouveau. Le poids des combustibles alternatifs (DIB, refus de tri) et de la biomasse (coproduits de l’industrie du bois) a été renforcé. Lafarge précise avoir encore besoin de petcoke : le taux de substitution par rapport aux énergies fossiles doit passer de 65% à 80% en 2025. Ce process de chauffe, appelé «clinkerisation» (les réactions physico-chimiques à hautes températures conduisant à la formation du clinker, le composé à la base du ciment) représente 60% des émissions de CO2 du site. Un banc d’essai de capture de CO2 doit par ailleurs être installé sur place.
A Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne), un site qui émet 1 million de tonnes de CO2 par an et recensé au douzième rang des sites les plus polluants, Lafarge vient de démarrer la production d’argile calcinée, moyennant 40 millions d’euros d’investissement, dont 8 millions d'euros de fonds de l’Ademe. «Notre procédé permet le recyclage des gaz chauds de l’usine. Le complément de chaleur est apporté par de la biomasse. Il s’agit d’un matériau substituable partiellement au clinker», expose François Petry, président de Holcim France et directeur général de Lafarge France. 100 000 tonnes d’argile calcinée pourront être produits chaque année, avec un process présenté comme unique en Europe. Une plateforme de préparation de produits biomasse doit aussi être créée sur le site.
Pour Vicat, un projet de capture et de stockage du CO2 dans l’Isère
Pour sa part, Vicat a signé des contrats de transition écologique pour ses sites de Montalieu-Vercieu (Isère), de Peille (Alpes-Maritimes) et de Xeuilley (Meurthe-et-Moselle), qui pointent aux treizième, trente-neuvième et quarante-sixième rang de la liste des sites industriels les plus polluants.
«Le site de Montalieu-Vercieu est bien positionné sur l’axe rhodanien, sur le tracé de canalisations existantes. Notre projet de capture et de stockage du CO2 permettra de démontrer qu'il est possible de décarboner un territoire industriel éloigné des ports», indique Eric Bourdon, le directeur général adjoint en charge de l’industrie, de l’innovation et du climat du producteur de matériaux de construction (9 900 personnes, 3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022). D'ici à 2030, sur ce site, Vicat compte avoir éliminé les combustibles fossiles primaires. Plus de 80% de combustibles alternatifs y sont actuellement utilisés. Le projet de capture et de stockage du CO2, baptisé Vaia, doit permettre de séquestrer près de 1,2 million de tonnes de CO2. «Pour amorcer ce projet stratégique nous avons besoin de l’aide de l’Etat», ajoute le dirigeant.
En 1990, l'empreinte carbone d'une tonne de ciment était de l'ordre de 850 kg de CO2, estime Vicat, qui atteint 600 kg de C02 aujourd’hui à l’échelle mondiale, et entend parvenir à 497 kg en 2030, et 430 kg de CO2 en France.



