Etude

Les TPE et PME françaises ont réussi à tirer des bénéfices pendant la crise

C’est une bonne surprise : les bénéfices des TPE et PME ont augmenté malgré la crise sanitaire. L’Ordre des experts-comptables insiste toutefois sur la question de l’endettement pour mener à bien la relance. Focus sur le bilan des secteurs industriels.

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Les TPE et PME des services à l'environnement ont réussi à enregistrer des bénéfices malgré la crise sanitaire.

Les petites et moyennes entreprises ont tenu bon malgré la crise sanitaire. Jeudi 3 juin, l’ordre des experts-comptables a dévoilé son baromètre économique des TPE et PME pour 2020. Si leur chiffre d’affaires diminue, les aides de l’État ont permis de maintenir leurs bénéfices dans le vert. L’organisation appelle maintenant à accompagner les sociétés « au cas par cas » pour pérenniser le rebond de l’activité.

« Une grande partie du tissu économique »

« Nous avons une place de vigie de l’économie », introduit Lionel Canesi, président du conseil supérieur de l'Ordre des experts-comptables. L’institution dit accompagner 2,5 millions d’entreprises, en majorité des PME et des TPE. « Ce sont des entreprises qui font la vie de nos quartiers, de l’emploi non délocalisable et une grande partie du tissu économique de notre pays », insiste Lionel Canesi.

Sur un échantillon de 265 000 entreprises, l’ordre professionnel enregistre un chiffre d’affaires global en baisse de 6,6 % sur 2020. Cette tendance s'inverse au premier trimestre 2021 : le chiffre d’affaires des TPE-PME progresse de 4,7 % par rapport au premier trimestre 2020. « S'il s'agit d'une bonne nouvelle, cette hausse est également un trompe-l’œil dans la mesure où l'activité avait diminué de 5,6 % au premier trimestre 2020 par rapport à 2019. L'activité des TPE-PME n'a donc pas retrouvé son niveau d'avant crise », nuance l’institution dans son rapport.

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Année 2020 terne pour les TPE-PME de l’industrie

Les experts-comptables remarquent de fortes disparités entre les TPE et PME des différents secteurs. Sans surprise, les organisateurs de salon et de congrès souffrent d’un gros ralentissement entre 2019 et 2020 (-49 %). Le commerce d’alimentation générale fait partie des rares secteurs à progresser, à +8,8 %.

L’industrie laisse apparaître un bilan plus terne. On retrouve dans le détail : le commerce et la réparation d’automobiles et de motocycles (-3 %) ; l’industrie manufacturière (-6,4 %) ; la construction (-3,9 %) ; les activités spécialisées, scientifiques et techniques (-5,4 %) ; les transports et l’entreposage (-7,9 %) ; la production et distribution d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné (-1,8 %) ; la production et distribution d'eau, l’assainissement, la gestion des déchets et dépollution (-3,5 %) ; et enfin les industries extractives (-4,1 %).

Des bénéfices dans certains secteurs industriels

Le paysage se fait plus verdoyant en considérant le résultat net moyen des TPE-PME. Elles affichent un bénéfice en hausse de 2 %. Une bonne surprise liée aux mesures d’urgence mises en place par l’État, selon l’Ordre des experts-comptables. « Nous voyons que le “quoi qu’il en coûte” fonctionne », salue Lionel Canesi.

Là aussi, les commerces d’alimentation générale se distinguent avec un résultat net en explosion de 40,3 %. En revanche, l’industrie semble avoir moins bénéficié des aides : la construction se replie de 5,1 % tandis que l’industrie manufacturière accuse une diminution de 7,7 %. Les autres secteurs montrent des bilans contrastés, comme le commerce et la réparation d’automobiles et de motocycles (+15,8 %) ; les activités spécialisées, scientifiques et techniques (-6,7 %) ; les transports et l’entreposage (-5,8 %) ; la production et distribution d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné (+1,2 %) ; la production et distribution d'eau, l’assainissement, la gestion des déchets et dépollution (+7,2 %) ; et les industries extractives (-4 %). 

Vigilance sur la dette

Faut-il redouter ce décalage entre l’évolution du chiffre d’affaires et des bénéfices ? « Nous entendons beaucoup d’oiseaux de mauvais augure », estime le président de l’Ordre des experts-comptables qui relativise les prévisions pessimistes sur le mur de la dette et une éventuelle vague de défaillances à venir. « Je n’y crois pas du tout. Je crois qu’une grande partie de notre économie a été protégée et maintenant il va falloir voir comment sortir des aides, faire du cas par cas… », a encouragé Lionel Canesi.

Sans verser dans le catastrophisme, l’Ordre des experts-comptables remarque bien un point de vigilance sur la dette. En 2020, elle a bondi de 9,2 % pour les TPE et PME. Et certains secteurs industriels dépassent largement ce taux, à l’image de la construction (+23,2 %),  l’industrie manufacturière (+19,2 %) et la gestion de l’eau et des déchets (+18,7 %). D'autres s'en sortent mieux : les industries extractives ont stabilisé leur dette à +0,2 % tandis que les producteurs-distributeurs d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné ont fait diminuer la leur de 10,5 %, tout comme les commerçants et réparateurs d'automobiles et de motocycles (+16,1 %).

« Si les TPE-PME consacrent la totalité de la trésorerie qu’elles vont dégager dans les mois à venir à rembourser de la dette, elles ne pourront pas investir », prévient Lionel Canesi. Un constat qui vaut encore plus pour les TPE. « Pour une très petite entreprise en particulier, qui ne dispose pas en général de fonds propres et de réserve de quelque nature que ce soit, le redémarrage ne se fait pas en un jour », souligne Frédéric Lavenir, président de l’Association pour le droit à l'initiative économique (Adie).

Les experts-comptables veulent étaler les dettes des TPE-PME

Dans son plan de sortie de crise dévoilé le 1er juin, le gouvernement a intégré plusieurs dispositifs ciblant les TPE et PME, comme des procédures collectives simplifiées. L’Ordre des experts-comptables milite pour des mesures supplémentaires, et notamment pour l’étalement sur 10 ans des dettes des TPE-PME. Le gouvernement proposait une solution moins radicale sur cette question. « Nous avons obtenu de la Commission européenne que dans le cas de cette procédure judiciaire d’étalement des dettes nous puissions maintenir la garantie de l’État sur les prêts garantis par l'Etat (PGE) qui seront étalés. Dans ce cas de figure là, et seulement dans ce cas de figure, il pourra y avoir un étalement du PGE au-delà des six ans en maintenant la garantie de l’État », a expliqué le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Après le « mode survie » du printemps 2020, l’Ordre des experts-comptables prône un accompagnement individuel des entreprises. « Il va falloir faire aujourd’hui un peu plus du sur-mesure », a encouragé Pierre Goguet, président de CCI - France. De son côté, l’Ordre des experts-comptables promet de proposer aux entreprises un diagnostic de sortie de crise « sans surcoût, simple et rapide » d’ici à la fin de l’année 2021. L’ordre souhaite aussi lancer « dans les prochaines semaines » une plateforme en ligne pour les entreprises qui n’ont pas d’expert-comptable afin de les mettre en relation gratuitement avec des professionnels qui pourront réaliser un diagnostic de détection des difficultés.

Retrouvez ici le baromètre dans son intégralité

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