Pourquoi une première SPAC dans les énergies renouvelables à Paris

La transition énergétique voit émerger sa première SPAC sur le continent européen. Quels sont le principe et l'ambition de cette société nommée "Transition" qui sera lancée à la bourse de Paris dans quelques jours par des spécialistes de l’énergie ? Explications avec un de ses trois sponsors, Fabrice Dumonteil, président d’Eiffel investment.

 

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Bourse
L'AMF a donné le 17 juin son agrément à l'introduction en bourse de la SPAC Transition.

Trois sponsors vont introduire en bourse une société qui n’a encore aucun actif mais promet de faire surgir un grand acteur européen de la transition énergétique. La société "Transition", première SPAC (Special purpose acquisition company) dédiée au renouvelable à être cotée sur Euronext a reçu son agrément de l’AMF mercredi 16 juin au soir. L’introduction aura lieu dans quelques jours et vise une levée de 200 millions d’euros sur le compartiment professionnel.

A la manœuvre, un entrepreneur à succès, Xavier Caïtucoli, fondateur de Direct Energie, Fabrice Dumonteil, président d’Eiffel Investment et son équipe spécialiste du secteur du renouvelable et une pointure des fusions acquisition Erik Maris, fondateur de la banque d'affaires Messier Maris & associés qu'il a quittée et banquier conseil de PSA dans sa fusion avec Fiat-Chrysler pour former Stellantis. L’identité des fondateurs est clé dans cette affaire car c’est sur leur réputation que la SPAC lève les fonds, puisque contrairement à une entreprise opérationnelle, elle n’a aucun historique chiffré à présenter. La SPAC dispose ensuite de 24 mois pour acquérir une entreprise non cotée avec laquelle elle va fusionner. A défaut d'acquisition dans la période, elle doit rembourser les actionnaires.

Débuter avec un acteur des renouvelables

Pour Fabrice Dumonteil, directeur de Eiffel investissement, une SPAC se justifie car cela permettra à la société cible d’entrer en bourse plus vite et de manière plus sûre. «Les marchés financiers sont très regardants en ce moment. Il y a beaucoup de sociétés dans les renouvelables qui ont des projets et nous allons mener un gros travail d’analyse et de due diligences avec toute l’expérience que nous avons. Pour les souscripteurs c’est rassurant. » Pour l'industriel visé, la procédure d’introduction en bourse est beaucoup moins lourde et surtout, il négocie son prix de vente de gré à gré avec la SPAC, ce qui lui évite les aléas de marché s'il procédait seul à son introduction en bourse.

Le portrait-robot de la cible est déjà dessiné. Ce sera une société d’une valeur entre 500 millions et 1 milliard d'euros, européenne mais dotée d'opérations à l'internationale, avec des actifs dans l’électricité verte, le stockage et/ou l’hydrogène. « Nous avons plein d’idées et quelques mois pour avancer », promet le dirigeant d'Eiffel. L’option d’un « tout nouvel acteur avec un pari technologique fou » est écartée. Ce sera un acteur de la première phase des renouvelables qui effectue sa mutation. Car pour Fabrice Dumonteil, le secteur est en plein virage. « Notre thèse c’est qu’une première phase des renouvelables, assis sur des subventions et représentant 10 % du mix énergétique s’achève. Aujourd’hui tout le monde s’y met, on va passer à 50 %, voire 60 % du mix, il n’est plus question de subventions, il faut beaucoup de financements et jouer sur tous les leviers de la transition énergétique pour faire émerger un grand acteur européen».

Emballement sur le marché nord-américain

Le phénomène des SPAC s’est emballé récemment sur le marché nord-américain. Selon Schroders analytics, la part des levées de fonds des SPAC aux Etats-Unis est passée d’environ 20 % du total des levées en 2019 à près de 70 % en 2021. Ce qui n’a pas manqué d’alerter le régulateur américain, la SEC, qui a mis en garde contre cette vague. Le phénomène est encore limité sur notre continent puisque depuis début 2020 jusqu’à mars dernier selon les données de Refinitiv, on comptait dix introductions seulement en Europe (majoritairement sur la bourse d’Amsterdam) contre 522 aux Etats-Unis, Fabrice Dumonteil se défend d'une vision financière et spéculative. « C'est un projet industriel, mené par des entrepreneurs qui sera coté à la bourse de Paris, la place de la finance verte. » Sur la critique que formulait la SEC d’éventuelles trop fortes rémunérations des sponsors de SPAC, Transition indique que leur rémunération est liée à la création de valeur avec un pourcentage d’intéressement par pallier d’évolution du cours de bourse. Les sponsors paient les frais d’introduction en bourse et apporteront 15 millions d’euros à la nouvelle société.

Le mouvement des SPAC n’en est peut-être qu’à ces débuts en Europe car le 17 juin, une SPAC dédiée au secteur de la technologie, « DEE Tech », a débuté son placement, également sur le compartiment professionnel d’Euronext Paris. Il est lancé par trois entrepreneurs du web Marc Menasé, Michaël Benabou et Charles-Hubert de Chaudenay, un assureur retraite et un fonds d’investissement.

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