Elle évoque la loi Roudy (1983) sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, qu’elle a eu à appliquer lorsqu’elle était toute jeune inspectrice du travail. Critique les réformes du droit du travail d’Emmanuel Macron, qui «a répondu aux revendications du CNPF», ancêtre du Medef. Reçue le 19 janvier par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis), Anne Hidalgo, titulaire d’un DEA en droit social et syndical, qui a quitté l’inspection du travail en 2011, n’oublie pas de rappeler qu’elle connaît bien, de l’intérieur des entreprises, le sujet du travail.
Elle en a d’ailleurs fait l'un des trois grands axes, avec la mutation écologique et les réformes institutionnelles, de son programme, présenté le 13 janvier. La première de ses 70 propositions est d’augmenter les salaires. Avec une mesure à la main des pouvoirs publics : la hausse du Smic, de 15%, pour «rattraper», dit-elle, la croissance des rémunérations les plus élevées, qui ont progressé beaucoup plus vite que les bas salaires. Pour un salarié au SMIC, cela représenterait environ 200 euros nets mensuels en plus. Des négociations de branche devront prendre le relais, pour adapter les grilles salariales à cette hausse du salaire minimum.
Réduire l'écart entre salaires d'une même entreprise
Pour inciter les employeurs à augmenter les salaires, elle souhaite par ailleurs fixer un écart maximal de 1 à 20 entre les salaires les plus bas et les plus hauts dans une même entreprise. Les rémunérations au-delà de 20 fois le salaire le plus bas ne seraient plus déductibles de l’impôt sur les sociétés. «Les entreprises pourront payer leurs grands dirigeants au-delà de ce coefficient de 20, mais cela leur coûtera cher…», analyse-t-elle. Autre levier de pression sur les entreprises : «je conditionnerai toutes les aides aux entreprises à des critères sociaux et environnementaux», dont les écarts de rémunération, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, les conditions de travail… Pour faire avancer l’égalité femmes-hommes, la candidate socialiste défend un congé paternité de 16 semaines, dont 6 obligatoires (25 jours depuis le 1er juillet 2021).
Sur la question salariale comme sur d’autres, Anne Hidalgo défend un pouvoir accru pour les salariés, afin de «remettre de la démocratie dans les entreprises» : présence obligatoire de représentants des salariés dans les commissions de rémunération, plus de salariés dans plus de conseils d’administration, plus de paritarisme dans la gestion des complémentaires santé ou de l’Assurance maladie. Elle souhaite «rétablir» les CHSCT, ces instances représentatives du personnel consacrées à la santé et à la sécurité, supprimées par les ordonnances travail. «Partout, médecins du travail et syndicalistes me disent à quel point leur disparition a entraîné une baisse de la protection des salariés », affirme-t-elle.
En droit du travail, Anne Hidalgo veut rétablir la hiérarchie des normes, qui permet aux règles négociées au niveau de la branche de s’imposer dans toutes les entreprises – alors que les réformes d’Emmanuel Macron permettent d’y déroger. Mais refuse de commenter le fait que c’est sous François Hollande, par la loi El Khomri, que les premiers coups de canifs ont été donnés dans cette hiérarchie des normes…
Pas de grande loi sur le temps de travail, mais elle veut inciter les entreprises à en négocier la réduction. Entend «modifier» le barème qui plafonne les dommages et intérêts que peut percevoir aux prudhommes un salarié en cas de licenciement abusif, «tant il est scandaleux». Et apporter aux travailleurs des plateformes de nouveaux droits, car «le droit du travail doit protéger». Mais «il n’est pas là pour empêcher les entrepreneurs vertueux de faire preuve de créativité», souligne Anne Hidalgo, qui affirme avoir «beaucoup d’admiration» pour les dirigeants de PME et ETI, des entrepreneurs «qui ne réclament pas d’affaiblir les droits des salariés» et font confiance au dialogue social.
Créer une assurance chômage universelle
Du côté des retraites, elle ne toucherait pas à l’âge légal, réintroduirait les quatre critères de pénibilité retirés par Emmanuel Macron – «non ce n’est pas complexe !» - pour permettre aux salariés exposés à des conditions difficiles de partir plus tôt à la retraite, revaloriserait le minimum vieillesse à 1000 euros et le minimum contributif (pension de retraite minimale) à 1200 euros par mois.
Beaucoup des propositions de la candidate consistent à revenir à ce qui était en place avant Emmanuel Macron. Parmi les idées nouvelles, Anne Hidalgo propose une «assurance chômage universelle», ouverte aux jeunes qui ont du mal à démarrer dans la vie active ou aux personnes aux statuts très précaires, qui n’ont actuellement pas assez de droits pour prétendre à une allocation. Pour tous, le temps du chômage serait mis à profit très rapidement pour suivre une formation, se requalifier ou se réorienter, comme dans certains pays d’Europe du nord. En orientant les formations vers les quatre « odyssées industrielles » repérées par la candidate comme étant prioritaires (santé, énergie, mobilité, numérique).
Autre idée peu courante : «généraliser l’alternance dans l’enseignement supérieur», en permettant à tout parcours post-bac de se faire en alternance. Une proposition «révolutionnaire», estime-t-elle, alors que 7% seulement des 16-25 ans étudient en alternance.



