En neuf petits mois, la production mondiale de vaccins anti-Covid est passée de 0 à 7,5 milliards de doses. Elle devrait dépasser la barre des 12 milliards de doses à la fin de l’année et même doubler au terme des six mois suivants pour atteindre 24 milliards en juin 2022. C’est ce qui ressort d’une étude d’Airfinity, un cabinet d’analyse économique basé au Royaume-Uni, mandaté par l’IFPMA, la fédération internationale des producteurs pharmaceutiques. Ces chiffres sont phénoménaux. Pour en prendre la mesure, Thomas Cueni, le directeur général d’Airfinity, a précisé lors d'une conférence de presse le 7 septembre "qu’avant-Covid, les capacités mondiales de production de l’ensemble des vaccins, dont ceux de la grippe saisonnière, étaient estimées entre 3 et 5 milliards de doses par an". D’un point de vue industriel, l’effort mondial de production de vaccins dans ce contexte de pandémie est colossal.
Pfizer passé de 200 millions à plus de 3 milliards de doses
Albert Bourla, PDG de Pfizer, a indiqué, lors de cette même conférence, que le laboratoire américain produisait au maximum "200 millions de doses de vaccins par an" avant la pandémie. Avec son vaccin ARNm Comirnaty, en collaboration avec le laboratoire allemand BioNTech, ces volumes ont tout simplement explosé. Fin 2020, Pfizer tablait sur des capacités de 500 à 600 millions de doses du Comirnaty. Face au succès et à la demande, 1,5 milliard de doses ont finalement été produites rien qu’au premier semestre. Et pour l’ensemble de 2021, les volumes produits doubleront à 3 milliards, avant d’être portés à 4 milliards pour l’année 2022.
Abaisser les tensions sur les matières premières
Cette spectaculaire montée en échelle est le fruit "de nuits sans sommeil et d’efforts de milliers de personnes", souligne Albert Bourla. Cela a aussi nécessité des "milliards de dollars d’investissements". Pfizer a d’abord nettement dégoulotté ses capacités existantes de production, requalifié des lignes et acquis des équipements, avant d’établir des contrats et des relais auprès de sous-traitants. Comme avec le français Sanofi, qui a lancé cet été une ligne de remplissage et de conditionnement pour le vaccin Comirnaty sur son complexe de Francfort (Allemagne). Seule ombre au tableau : l’approvisionnement en matières premières, qui a connu de vrais goulots d’étranglement. Après avoir sécurisé des apports, Pfizer a alors "littéralement fondé des fournisseurs en leur apportant des soutiens financiers, scientifiques et techniques, et en leur enseignant comment produire", relate encore Albert Bourla.
Sous-traiter à des usines existantes
Etant donné les délais de construction d’usines neuves de vaccins, soit au mieux quelques années, le recours à la sous-traitance a été salutaire. L’étude d’Airfinity a recensé pas moins de 231 contrats de sous-traitance dans le monde pour la production à façon et la distribution, avec près des trois-quarts des contrats relatifs aux opérations de formulation, de remplissage et de conditionnement. Soit la seconde phase, après la production des antigènes. En France, à l’exception de Sanofi qui produit déjà son premier vaccin en partie sur le territoire, toutes les productions actuelles, de Recipharm à Delpharm, relèvent de la production pour le compte de tiers.
Pousser les murs
Pour les producteurs comme pour les sous-traitants, absorber une telle explosion de cadence de fabrication a nécessité des efforts conséquents. A défaut de pouvoir construire des usines, les différents acteurs, en particulier de nombreux sous-traitants qui n’avaient jamais produit de vaccins avant mais qui se sont appuyés dans leurs compétences dans le remplissage stérile et les médicaments injectables, il a fallu trouver d’abord trouver des solutions techniques pour pousser les murs. Ce qui est allé de la requalification de lignes existantes à la mise en place de petites unités additionnelles, de l’achat d’équipement et la mise en place de procédés. Soit des opérations qui nécessitent à la fois du temps et des financements.
Embaucher
D’autre part, certaines unités, lignes et parfois même usines se sont mises à produire 24h sur 24. Enfin, les acteurs ont embauché. En France par exemple, le laboratoire GSK tablait l’an dernier sur un renforcement de 100 personnes dans son usine de Saint-Amand-Les-Eaux (Nord) qui produit son adjuvant pandémique. Recipharm a augmenté de 50% les effectifs de son site de Monts (Indre-Et-Loire), avec une centaine d’embauches, pour aider Moderna à produire son vaccin en Europe. Autre exemple : Delpharm a recruté au moins 60 personnes dans son usine de Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir) pour produire le vaccin Pfizer/BioNTech, et prévoit 70 embauches pour son site de Chambray-Les-Tours (Indre-et-Loire), qui est en cours d'équipement pour seconder le premier site.
La moitié des volumes pour les vaccins chinois
Aujourd’hui, 9 vaccins anti-Covid ont obtenu des autorisations de mise sur le marché (AMM) dans le monde, avec des disparités selon les pays et les continents. En Europe, seulement 4 ont obtenu des AMM par exemple. On n’y trouve aucun vaccin chinois. Pourtant, les vaccins produits par les laboratoires chinois représentent actuellement, selon l’étude, près de la moitié des volumes de production. Il s'agit des vaccins de Sinopharm, de Sinovac et de Cansino, dont les taux d’efficacité s’établissent entre 60% et 70% environ. Soit les taux les plus faibles des vaccins actuels, proches des vaccins Janssen (Johnson & Johnson, 66%) et AstraZeneca (75%) mais loin des vaccins ARNm (Pfizer/BioNTech à 89%, Moderna à 92%) et du vaccin russe Sputnik V (presque 92%).



