Pfizer et BioNTech acceptent doucement de faire produire leur vaccin contre le Covid hors Europe et Etats-Unis

Un premier pas a été franchi par les laboratoires Pfizer et BioNTech pour faire produire leur vaccin ARNm anti-Covid en Afrique, via un accord de principe avec le laboratoire sud-africain Biovac. D’autres solutions sont à l’étude en Afrique et en Amérique latine, alors que l’OMS presse les concepteurs de vaccins d'aider l’ensemble des pays à faibles revenus à se doter de moyens de production.

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BioNTech - Vaccin anti-Covid
Pfizer et BioNTech disposent de plus d'une vingtaine de sites de production pour leur vaccin anti-Covid à ARN messager, en propre ou via la sous-traitance, mais tous regroupés en Europe et aux Etats-Unis.

Ce n’est encore qu’une lettre d’intention et non pas un accord ferme. Le 21 juillet, le laboratoire allemand BioNTech et son partenaire américain Pfizer ont signé avec le sud-africain Biovac pour une possible production en Afrique de leur vaccin à ARN message (ARNm) contre le Covid-19, le Comirnaty, dans le but d’une distribution sur le continent africain. Le projet porte sur les installations de production de Biovac à Cape Town, en Afrique du Sud. Le laboratoire sud-africain serait alimenté en principe actif depuis les productions de Pfizer/BioNtech et de leurs sous-traitants en Europe. Et Biovac serait en charge de la seconde étape de production du vaccin, qui regroupe la formulation, le remplissage et le conditionnement.

100 millions de doses pour plus de 1,2 milliard d’habitants

La chaîne de valeur serait déployée à partir de fin 2021, pour un démarrage des productions début 2022. Il est question de capacités de 100 millions de doses par an, pour une distribution dans les 55 pays de l’Union africaine. Ce qui reste encore modeste pour un continent qui recense plus de 1,2 milliard d’habitants… Techniquement, Pfizer et BioNTech indiquent, dans un communiqué, que les étapes de transfert technologique, de développement sur le site de Biovac, et de mise en place des équipements nécessaires à ces futures productions seront engagées "immédiatement".

Le choix de Biovac comme partenaire n’est pas totalement une surprise. Depuis 2015, ce producteur pharmaceutique sud-africain assure dans ses installations de Cape Town des opérations stériles de formulation, de remplissage, de conditionnement et de distribution pour le vaccin Prevenar 13 de Pfizer. Ce vaccin est utilisé pour prévenir les infections à pneumocoques, comme certaines pneumonies, méningites et otites chez les enfants (de 6 semaines à 17 ans) et pour prévenir les infections invasives à pneumocoques, telles la méningite et la septicémie chez les adultes.

Toute première production de vaccins ARNm en Afrique

Cette production africaine s’annonce comme la toute première du genre pour le vaccin anti-Covid de Pfizer/BioNTech en-dehors des Etats-Unis et de l’Europe, où une vingtaine de sites sont engagés avec des capacités prévues de 2 milliards de doses pour l’année 2021. En Asie, le seul projet actuel se limite à la construction d’un site de BioNTech à Singapour à partir de la fin de l’année, mais pour une mise en service prévue en 2023. Ce qui illustre parfaitement que le déploiement rapide de la production ne peut s’appuyer que sur des sites de production existants, qu’il s’agisse d’usines de vaccins ou d’usines de médicaments injectables stériles, avec de nécessaires adaptations en termes d’équipements et de procédés. Ce qui nécessite déjà plusieurs mois de préparation avant tout démarrage.

Projets en Afrique et Amérique latine

En Afrique, ce projet avec Biovac pourrait être répliqué avec d’autres partenaires, dans différents pays. Ugur Sahin, PDG et co-fondateur de BioNTech assure, dans un communiqué, que le laboratoire continuera "d’évaluer des approches durables pour soutenir le développement et la production de vaccins ARNm sur le continent africain". De son côté, Albert Bourla, président et PDG de Pfizer, indique chercher des "opportunités pour associer de nouveaux partenaires à notre réseau de production, notamment en Amérique latine, afin d’accélérer l’accès à notre vaccin anti Covid-19".

Propriété intellectuelle

Ce premier projet africain pour le Comirnaty n’a pas manqué de réjouir Tedros Adhanom Ghebreyesus. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a rappelé, lors d’une conférence avec l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) le 21 juillet, que le monde avait "besoin de considérablement augmenter la production de vaccins". Soulignant la nécessité "d’éliminer les obstacles pour augmenter les productions, que ce soit par les transferts de technologie, la démocratisation des chaînes d’approvisionnement ou la levée de la propriété intellectuelle".

Sur cette injonction répétée de levée des brevets, Tedros Adhanom Ghebreyesus a précisé que l’idée n’était pas de "s’emparer de la propriété" des laboratoires et que "le système de propriété intellectuelle joue un rôle vital pour nourrir l’innovation". Mais il suggère aux "pays à fort revenus de déployer des mesures incitatives pour le secteur privé" pour "faciliter des licences de brevets, des transferts de technologie et de données de manière volontaire et en toute transparence". Et ce à travers un nouveau dispositif, le Covid-19 Technology Access Pool (C-TAP), qui a déjà permis d’identifier dans des pays à revenus moyens des producteurs qualifiés pour s’engager, aux conditions requises en termes de qualité, de sécurité et d’efficacité, dans la production à façon de vaccins anti-Covid. L’OMS oeuvre déjà sur ce sujet pour des projets, en particulier en Afrique, Asie et en Amérique latine.

Des besoins colossaux pour stopper la pandémie

Pour appuyer son propos, Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné "le déséquilibre choquant dans la distribution mondiale de vaccins" anti-Covid, avec "plus de 3,5 milliards de doses déjà distribuées dans le monde, mais plus de 75% d’entre elles pour seulement 10 pays". Rappelant au passage que pour stopper la pandémie l’objectif est de "vacciner au moins 10% de la population de chaque pays du monde d’ici à septembre, au moins 40% d’ici à la fin de l’année et 70% mi-2022". Ce qui nécessitera la disponibilité d’encore 11 milliards de doses dans ce même laps de temps.

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