En France, on commence enfin à respirer. L’air est au déconfinement, à la relâche des contraintes. L’idée de l’abandon du masque commence même à s’imposer. Les indicateurs sont tous à la baisse et avec plus de 30 millions de personnes ayant reçu au moins une injection au 14 juin, soit 45,5% de la population, et plus de 14 millions ayant complété le schéma vaccinal, soit 21,4% de la population, les Français commencent à souffler face à l’épidémie. Des Etats-Unis à Israël, de l’Allemagne au Qatar, de l’Islande à Singapour, du Canada à la Chine, avec des taux de vaccination parfois supérieurs à celui de l’Hexagone, la situation est encore meilleure. En somme, principalement les pays les plus riches, même si on trouve aussi certains pays aux économies plus modestes comme le Chili, l’Uruguay ou encore le Bhoutan.
Le virus se fiche des frontières
Sur le continent le plus pauvre, l’Afrique, le pays le plus avancé est le Maroc. Lequel dénombre à ce jour un peu plus de 25% de primo-injectés, donc ayant reçu au moins une dose vaccinale. Ce qui le place très loin des autres pays africains les plus avancés, comme la Tunisie (plus de 8%), le Botswana (plus de 6%) et le Zimbabwe (presque 5%), selon les données du New-York Times. Tous les autres pays africains sont bien en-dessous, une grande majorité n’atteignant même pas 1%, et ferment une liste particulièrement inégalitaire de pays classés par taux de vaccination. Cette extrême disparité est aujourd’hui le problème majeur, car le virus se fiche éperdument des pass sanitaires, des QR codes, et encore plus des frontières et des nationalités.
Plus de 2 milliards de doses injectées, moins de 90 millions pour Covax
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fixe l’immunité collective nécessaire pour stopper la pandémie à 70% de vaccinés dans la population mondiale. Aucun pays à ce jour ne l’a atteint, même Israël qui atteint quand même les 60%. Un peu plus de 2 milliards de doses ont été injectées au 14 juin dans le monde. C’est tout sauf suffisant. A ce jour, selon le décompte de l’Unicef, moins de 90 millions de doses seulement ont été distribuées à travers le dispositif mondial Covax à 131 pays parmi les plus pauvres du globe. Pendant le sommet du G7 qui s’est déroulé au Royaume-Uni du 11 au 13 juin, le directeur général de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus assurait que pour parvenir à 70% de la population mondiale vaccinée d’ici au prochain G7 en Allemagne dans un an, "il faut 11 milliards de doses". On en est loin, très loin. Et s’il salue la décision du G7 de fournir ou de soutenir financièrement l’accès à près de 1 milliard de doses aux pays les plus pauvres, cette promesse est plus qu’insuffisante.
Le virus plus rapide que les vaccins
Au-delà même de l’écueil de la production, il y a le problème de l’accès et de l’acheminement des vaccins partout sur la planète. "Actuellement, le virus avance plus vite que la distribution globale de vaccins", a encore tonné Tedros Adhanom Ghebreyesus le 14 juin au cours d’une conférence de presse. Si le nombre de cas baisse un peu chaque jour sur le globe, le nombre de décès ralentit moins, avec plus de 10 000 morts quotidiennes. Depuis le début de la pandémie, plus de 175 millions de personnes ont été malades et plus de 3,8 millions sont décédées du Covid, selon l’OMS. Des chiffres évidemment bien en-deçà de la réalité, entre le nombre de personnes infectées mais non détectées et les décès liés au Covid sans être identifiés comme tels.
Le risque des variants
Alors oui, les pays riches, qui ont déployé des moyens financiers colossaux, vont être bientôt à l’abri, mais à l’inverse de la grande majorité de la population mondiale. Et donc, à moins de vivre dans un entre-soi intenable en termes d’échanges commerciaux, d’économie globale et de flux de toute nature des populations sur la planète, la mise à l’abri des pays riches ne règlera pas le problème de la pandémie. Autre ombre inquiétante : tant que le virus circule, des variants vont apparaître, entraînant le risque que l'un d'entre eux s’imposer grâce à un meilleur profil de transmission infectieuse voire de dangerosité, comme le variant Delta actuellement. Pour l’instant, les vaccins actuels semblent se montrer efficaces et les pays vaccinés se sentent à l’abri. Mais jusqu’à quand ?



