"Les premières doses du vaccin Pfizer/BioNTech sont parties de Francfort et ont été envoyées chez BioNTech", confirme un porte-parole de Sanofi à L'Usine Nouvelle. Le laboratoire français est ainsi au rendez-vous des engagements pris en début d’année pour aider à la production du vaccin anti-Covid phare, depuis son complexe de Francfort, en Allemagne. Ces premières doses déjà livrées ces derniers jours devraient être distribuées dans l’Union européenne prochainement, avant la fin de l’été assure-t-on chez Sanofi, une fois approuvées par le laboratoire BioNTech et les autorités sanitaires. Ces premières libérations de doses sont le sommet de l’iceberg. Des centaines de millions sont en production dans plusieurs usines de Sanofi en Europe et aux Etats-Unis, le laboratoire français étant le seul groupe pharmaceutique au monde à produire pour ses concurrents ainsi que pour lui-même.
400 millions de doses en production pour des tiers
Au total, Sanofi s’est engagé à produire environ 400 millions de doses de vaccins anti-Covid pour des tiers.
A Francfort, le contrat porte sur un volume de 125 millions de doses, pour la seconde étape de remplissage et de conditionnement du vaccin Comirnaty de Pfizer et BioNTech. Sur son site américain de Ridgefield (New Jersey), Sanofi a aussi démarré ses opérations de remplissage de de conditionnement pour le vaccin Spikevax de Moderna, avec des premières livraisons prévues à partir de septembre, confirme le laboratoire français. Cette production outre-Atlantique, pour le marché américain, pourrait aller jusqu’à 200 millions de doses. Enfin, un total d’environ 75 millions de doses du vaccin de Janssen (Johnson & Johnson), à raison d’une cadence de 12 millions par mois, devrait sortir des murs du complexe de vaccins de Sanofi Pasteur à Marcy-L’Etoile (Rhône). Les opérations de remplissage et de conditionnement sont en cours et les premières doses, destinées au marché européen, devraient être livrées à Johnson & Johnson avant la fin de l’été, indique Sanofi.
Productions temporaires
Ces trois projets de productions de vaccins anti-Covid pour des concurrents ont été engagés dès cet hiver. Le démarrage des lignes dans des unités existantes de Sanofi a nécessité "des investissements pour acquérir, installer et qualifier l’équipement spécifique dans un premier temps, et enfin produire les lots techniques et approuver le processus de fabrication dans un second temps", détaille un porte-parole. Ces trois productions devraient s’arrêter progressivement, une fois les contrats remplis, au cours du premier trimestre ou semestre 2022. Car elles sont temporaires. Elles ont permis à Sanofi, grâce à ses énormes capacités en vaccins, de se positionner sur la production de vaccins anti-Covid sans attendre ses propres produits, palliant notamment au problème de retard sur le premier vaccin. Mais si tout va bien, Sanofi va très vite avoir besoin de remettre la main sur ses capacités de production.
Le vaccin Sanofi/GSK en production en Italie
Pendant qu’il produit pour les autres, Sanofi avance sur son vaccin développé avec l’adjuvant pandémique du Britannique GSK et dont les résultats de phase III de développement clinique sont attendus au quatrième trimestre 2021. Si les résultats sont bien positifs et si le vaccin est approuvé par l’Agence européenne du médicament (EMA), Sanofi pourrait alors le mettre immédiatement à disposition et monter la cadence de production. Pour le moment, le laboratoire produit l’antigène sur son site à Vitry (Val-de-Marne), tandis que les opérations de remplissage et de conditionnement s’effectuent actuellement dans l’usine Sanofi Pasteur d’Anagni, en Italie. En cas d’approbation, le complexe de Marcy-L’Etoile engagera aussi ces opérations pour augmenter immédiatement la cadence de production du vaccin en Europe.
Des capacités sans doute inférieures que prévues
Plus de 700 millions de doses du vaccin anti-Covid de Sanofi et GSK ont été pré-réservées dans le monde. La Commission européenne a sécurisé depuis des mois un contrat pouvant porter sur un maximum de 300 millions de doses. Depuis l’automne dernier, les Etats-Unis, le Canada et le Royaume-Uni ont signé pour respectivement 100 millions, 72 millions et 60 millions de doses. Et fin 2020, Sanofi et GSK s’étaient engagés à fournir 200 millions de doses pour le programme international Covax de distribution de vaccins aux pays à faibles revenus. Aucun de ces contrats n’a été modifié à ce jour.
Au total, en septembre 2020, Sanofi tablait sur des capacités de production qui pourraient atteindre 1 milliard de doses par an pour ce vaccin avec GSK. Aujourd’hui, avec le retard du programme, les avancées des campagnes vaccinales dans les pays riches et le succès des vaccins ARNm, ce volume de 1 milliard n’est plus d’actualité, souffle-t-on chez Sanofi, car il faudra ré-évaluer les besoins pour un vaccin qui sera sans doute plus utilisé comme booster, pour les rappels, plutôt qu’en primo-vaccination.



