En football, la lumière se limite aux attaquants. Jusqu’à en oublier le collectif, en particulier l’ensemble des joueurs derrière qui permettent aux attaquants de briller. Depuis le début de l’année, Sanofi, géant mondial des vaccins, n’occupe pas le devant de la scène dans la course mondiale aux vaccins anti-Covid. Cette absence est dûment soulignée, très souvent critiquée. Une terrible déconvenue. Certes, on ne peut pas s’en réjouir. Mais le laboratoire français n’a jamais jeté l’éponge et a, ces derniers mois, développé des positionnements qui pourraient s’avérer très efficaces.
Dès l’amorce de la pandémie, Sanofi savait qu’il serait en retrait. En misant sur une technologie de protéine recombinante qu’il maîtrisait avec son vaccin anti-grippe, le laboratoire savait "que ce serait plus long que de développer les autres technologies", notamment en raison des délais plus longs de production, mais que "cela apportait une garantie supérieure pour fonctionner", indiquait Olivier Bogillot, le président de Sanofi France lors d’une audition au Sénat le 17 mars. Ce qui n’était pas prévu, et qui a été bien plus dommageable, est la mauvaise formulation avec laquelle Sanofi a démarré le développement et qui a engendré un retard de six mois. Ainsi, son premier vaccin, développé avec GSK et qui vient de démontrer des résultats positifs, n’arrivera pas avant la fin de l’année quand il était prévu pour le début de cet été. Sanofi et GSK ont néanmoins annoncé le 27 mai le lancement de la phase III des essais cliniques pour ce candidat-vaccin.
La puissance industrielle de Sanofi
La première contre-offensive du groupe aura été de rebondir sur son fabuleux réseau industriel de production de vaccins. Sanofi interviendra dans les étapes de formulation et de conditionnement pour soutenir les productions des vaccins de Pfizer/BioNTech sur son site de Francfort (Allemagne), de Moderna grâce à son usine américaine de Ridgefield (New Jersey), et de Johnson & Johnson sur son complexe de Marcy-l’Etoile (Rhône). Parmi les producteurs de vaccins dans le monde, Sanofi est le seul à proposer son outil industriel pour contribuer à la production de trois différents vaccins anti-Covid. C’est d’autant plus intéressant que l’enjeu des capacités de production est primordial aujourd’hui face aux besoins mondiaux contre la pandémie.
Sanofi va également mettre à contribution son réseau pour produire son vaccin avec GSK. L’entame du dernier essai clinique d’ici quelques semaines va entraîner le démarrage des productions. Les sites de Sanofi à Vitry (Val-de-Marne) ainsi qu’à Pearl River et Framingham aux Etats-Unis produiront la substance active. Les usines de Marcy L’Etoile, d’Anagni en Italie et de Swiftwater aux Etats-Unis enclencheront les opérations de remplissage et de conditionnement. Sans compter les complexes à Val-de-Reuil (Eure) et de Taylor (Etats-Unis) qui prendront en charge toute la distribution du vaccin dans le monde. Aujourd’hui, aucun acteur des vaccins anti-Covid déjà approuvés ne dispose en propre d’une telle puissance industrielle. Sur ce plan, Sanofi détient un atout majeur.
Possibilités face aux variants et pour les rappels
Sous réserve que le développement aboutisse avec succès à terme d’ici la fin 2021, Sanofi pourrait aussi disposer d’un très bel atout avec ce vaccin utilisant l’adjuvant pandémique de GSK. Dans un communiqué, Thomas Triomphe, vice-président exécutif monde de Sanofi Pasteur, assure que face à la pandémie "de multiples vaccins seront nécessaires, d’autant plus que des variants du virus continuent d’émerger et que le besoin en vaccins efficaces et de rappel, pouvant être conservés à des températures normales, se fait de plus en plus sentir". Entre le développement des variants et une certaine saisonnalité du virus, les rappels sont quasiment inéluctables. Les heureux vaccinés actuellement n’échapperont pas à une ou plusieurs futures vaccinations, et les besoins en vaccins ne vont certainement pas s’arrêter dans les prochains mois.
C’est là que Sanofi bénéficie d’un positionnement intéressant. Dans le cadre de la dernière phase d’essais cliniques de son vaccin avec GSK, le laboratoire va d’abord travailler sur les variants. Selon un porte-parole du groupe, "nous prendrons en compte tous les différents variants en circulation au cours de la phase 3". Sanofi et GSK vont aussi mener des études sur la vaccination de rappel, et ce quel que soit le type de vaccin utilisé initialement chez les personnes déjà vaccinées. Outre la possibilité d’apporter une meilleure réponse immunitaire face aux variants, cela pourrait aussi venir pallier à la désaffection de certains vaccins anti-Covid, comme ceux d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson qui sont, très rarement toutefois, liés à des cas thromboses très graves.



