Sanofi loin d’être hors-jeu dans la course aux vaccins, selon le président France Olivier Bogillot

Interrogé au Sénat le 17 mars, Olivier Bogillot, président de Sanofi France, est revenu sur les avancées et les choix du laboratoire français dans la course aux vaccins anti-Covid, soulignant l’enjeu des capacités de production, et son ambition d’apporter deux solutions vaccinales qui auront toute leur place face à la pandémie.

Réservé aux abonnés
Sanofi fabrication de vaccins Marcy-l'Etoile
"Sanofi est le seul groupe à pouvoir sortir deux solutions vaccinales, avec simultanément de la production pour deux concurrents", estime Olivier Bogillot, le président France du laboratoire pharmaceutique français.

"Sanofi est le seul groupe au monde à avancer et à pouvoir sortir deux solutions vaccinales, avec simultanément de la production pour deux concurrents". C’est ce dont s’est félicité Olivier Bogillot, le président de Sanofi France, dans le cadre d’une audition devant les commissions des affaires économiques et des affaires sociales du Sénat, le 17 mars. Audition qui a beaucoup porté sur la place du laboratoire pharmaceutique français dans la course au vaccin anti-Covid, et surtout sur son absence actuelle sur le podium.

Olivier Bogillot est d’abord revenu sur le choix, qu’il qualifie de "rationnel", opéré en mars 2020 par Sanofi. A l’époque, le groupe prend en considération les différentes technologies mais écarte celle de l’ARNm (ARN messager), qui n’avait jamais encore abouti à un vaccin, et celle d’un adénovirus qui ne disposait que d’un seul précédent, un vaccin contre Ebola. Le laboratoire a préféré privilégier la technologie de la protéine recombinante, qu’il maîtrisait et jugeait plus sûre car "prouvée en clinique à travers la vaccination grippale saisonnière. Nous savions que ce serait plus long que de développer les autres technologies, mais cela apportait une garantie supérieure pour fonctionner", justifie Olivier Bogillot.

Deux projets en développement clinique

Le premier vaccin du laboratoire tricolore, développé avec le britannique GSK qui y associe son adjuvant pandémique, aurait dû arriver en juillet, sans "ce problème de concentration" de l'antigène détecté lors de la première phase de développement clinique. Aujourd’hui, Olivier Bogillot mise sur une arrivée sur le marché d’ici à "octobre ou novembre", avec l’avantage de pouvoir aussi "travailler sur quelques types de variants". Le second projet, mené avec l’américain Translate Bio et axé sur la technologie ARNm, est entré en phase clinique le 12 mars, et la mise sur le marché est ambitionnée pour le début 2022.

Tension sur les capacités de production

Doublé par les Pfizer/BioNTech, Moderna, et probablement par Curevac avec la technologie ARNm, mais aussi par AstraZeneca et Janssen (Johnson & Johnson) avec un adénovirus, Sanofi ne peut que ressentir un regret. Mais le président France estime "formidable que les deux autres technologies fonctionnent", même si cela "place Sanofi au deuxième rang". Et il assure que "toutes nos productions seront utiles, au monde entier, il n’y a pas que les Français à vacciner", soulignant au passage que le réel enjeu désormais est de produire des vaccins "en quantité industrielle colossale. La vraie tension s’opère aujourd’hui sur les capacités de production".

La carte maîtresse du réseau industriel de Sanofi

Or, sur ce plan, Sanofi dispose d’une carte maîtresse, avec son réseau industriel. Dans la lutte anti-Covid, le laboratoire a déjà sélectionné plusieurs de ses sites pour soutenir ses besoins de production. Pour son vaccin le plus avancé, qui doit être produit à hauteur de 1 milliard de doses par an, le groupe compte notamment sur la France. Le site de R&D de Vitry-Sur-Seine (Val-de-Marne) a déjà produit l’antigène, et le complexe de Marcy L’Etoile (Rhône) de Sanofi Pasteur sera très probablement utilisé pour les étapes de remplissage et de conditionnement. En Europe, il dispose de ses sites de Francfort (Allemagne) et d’Anagni (Italie) tandis qu’outre-Atlantique, il pourra s’appuyer sur ses usines américaines de Swiftwater et de Ridgefield pour les étapes de remplissage et de conditionnement, ainsi que sur un site américain de Fujifilm où des créneaux de sous-traitance ont aussi été réservés.

Pour le vaccin ARNm, un porte-parole de Sanofi ajoute que "la production initiale aurait lieu dans les sites de Translate Bio au Massachusetts", aux Etats-Unis, mais le groupe "évalue également les besoins et emplacements, à mesure que nous progressons dans le développement clinique". Pour ce second vaccin, des capacités de 90 à 360 millions de doses par an sont anticipées.

Production pour tiers

Ce réseau a évidemment suscité l’intérêt face aux besoins de capacités productives, et Sanofi y a trouvé un moyen additionnel de se positionner dans cette course aux vaccins. "Lorsque nous avons constaté que nous aurions du retard, nous avons fait le choix de mettre nos capacités au service de BioNTech", à Francfort, et "de Johnson & Johnson", à Marcy L’Etoile, rappelle Olivier Bogillot alors qu’il est "rare de travailler avec nos concurrents".

Si Sanofi semble aujourd’hui en retrait dans la course aux vaccins, le laboratoire n’est ainsi pas hors-jeu et entend toujours jouer un rôle prépondérant. Olivier Bogillot note aussi que le groupe est le seul des quatre géants mondiaux des vaccins à s’être pleinement engagé face à la pandémie : l’américain "Merck privilégie désormais les traitements, Pfizer n’a pas utilisé sa propre recherche et GSK, qui est associé avec nous, n’a pas lancé un programme lui-même".

L'enjeu de l'ARN messager face aux crises sanitaires

Enfin, à propos de la technologie ARNm, Olivier Bogillot a souligné deux derniers points intéressants. D’une part, il estime que le développement inédit d’un vaccin à partir de cette plate-forme en seulement "neuf mois est un exploit extraordinaire" et qu’il s’agit "probablement de la meilleure technique en cas de crise sanitaire". D’autre part, il est revenu sur l’engagement par Sanofi d’un investissement de 490 millions d’euros en juin dernier pour construire une usine de vaccins ultra-moderne à Neuville-sur-Saône (Rhône), prévue pour une mise en service fin 2025. Digitalisée et modulable, elle pourrait être unique au monde car capable de produire trois à quatre vaccins en simultané, là où chaque vaccin requiert aujourd’hui une unité spécifique de production. Et surtout, elle pourra produire des vaccins ARNm.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.