Sanofi quadruple son bénéfice net en pleine restructuration de sa recherche

Le géant pharmaceutique français Sanofi a publié de très bons résultats pour son exercice 2020, avec un bénéfice net qui a plus que quadruplé en un an. Une performance qui détonne dans un contexte de restructuration critiquée de sa recherche.

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Sanofi Framingham
Le géant pharmaceutique français Sanofi progresse bien dans la médecine de spécialités et les vaccins.

Sur le plan de la performance financière, tous les voyants sont au vert chez Sanofi. Une marge opérationnelle de 27%, qui devrait atteindre 30% en 2022 et dépasser 35% dès 2025. Si le chiffre d’affaires est resté stable, à 36,04 milliards d’euros, en recul de seulement 0,2% par rapport à 2019, le bénéfice net du groupe a pour sa part plus que quadruplé, bondissant de 2,8 milliards d’euros en 2019 à 12,3 milliards en 2020 !

Cette performance du bénéfice net est toutefois à modérer. Elle est nettement boostée par un gain de 7,2 milliards d’euros provenant de la cession de la très grande majorité des parts de Sanofi dans le capital de son partenaire américain Regeneron, en mai 2020. En circonscrivant seulement la variation du bénéfice aux activités du groupe, la progression s’est limitée à 4,2%, à 7,3 milliards d’euros.

Dupixent n°1 des ventes de Sanofi

En dehors de cette opération, la bonne santé de Sanofi provient surtout de ses médicaments de spécialités. Notamment des ventes du Dupixent, qui ont bondi de plus de 70% en un an, à 3,5 milliards d’euros, grâce à l’augmentation des indications. Cet anticorps monoclonal, indiqué notamment dans la dermatite atopique et certaines formes d’asthme, est désormais le médicament rapportant le plus de chiffre d’affaires et sur lequel Sanofi mise gros. Le groupe espère atteindre des ventes annuelles de l’ordre de 10 milliards par an d’ici quelques années.

Dans cette grande division de la médecine de spécialités, Sanofi n’enregistre que des croissances (à taux de change constant), de près de 4%, à 2,4 milliards d’euros de ventes, pour sa division sclérose en plaques, neurologie, maladies inflammatoires et immunologie, de 5,7%, à 3 milliards d’euros, pour les maladies rares, de 27%, à 798 millions d’euros, pour l’oncologie, et de 7%, à 1,2 milliard, pour les maladies hématologiques rares.

Record des vaccins contre la grippe

La division Vaccins a également connu une bonne année, avec une croissance de 8,8%, hors variations des devises, à 5,97 milliards d’euros. Thomas Triomphe, vice-président exécutif de Sanofi Pasteur, souligne que "la barre des 2 milliards d’euros de ventes pour les vaccins contre la grippe a été franchie pour la toute première fois". En raison de la forte demande, portée par la crise sanitaire, Sanofi avait augmenté de 20% sa production de vaccins anti-grippaux en 2020, à 250 millions de doses, et a enregistré un bond de 38% pour ces ventes, à 2,47 milliards d’euros.

Ces performances des spécialités et des vaccins sont venus nettement contrebalancer les résultats en berne de la division de médecine générale, qui englobe la franchise diabète (-4,8% à 4,7 milliards d’euros) et celle du cardiovasculaire et des produits matures (-8,8%, à 10 milliards d’euros). Deux franchises qui n’entrent plus dans la stratégie de développement du groupe depuis les nouveaux objectifs fixés fin 2019. Et qui concentrent aussi les mesures de restructuration, notamment dans la recherche.

Colère des syndicats

C’est d’ailleurs ce qui cristallise aujourd’hui la colère des syndicats chez Sanofi. Fin juin 2020, juste après l’annonce de plus de 600 millions d’euros d’investissements à venir dans les vaccins en région lyonnaise, le groupe avait dévoilé un nouveau plan de restructuration de 1 000 postes en France, touchant essentiellement les activités liées au diabète et aux cardiovasculaire. Et particulièrement les fonctions de recherche. Début 2021, Sanofi a précisé que le plan concernerait 364 suppressions d’emplois en R&D et la fermeture du site de R&D de Strasbourg (Bas-Rhin).

Force est de constater que la nouvelle stratégie, lancée depuis plus d’un an désormais avec l’arrivée de Paul Hudson à la direction générale, est clairement appliquée. Sanofi concentre ses investissements dans les acquisitions et les partenariats dans le domaine des biotechnologies. Le laboratoire conserve fermement ce cap, privilégiant les segments de marché à forte valeur ajoutée et donc à forte rentabilité, tout en délaissant des marchés, parfois historiques, sur lesquels Sanofi n’estime plus pouvoir faire la différence.

40% d'effectifs de recherche en moins en dix ans

Le retard pris avec son principal vaccin contre le Covid-19, qui n’arrivera plus avant la fin de l’année quand sa mise sur le marché était ambitionnée à l’été 2021 initialement, ne manque pas de nourrir les critiques sur les choix du groupe de réduire ses effectifs de recherche et de l’externaliser parfois. Fin janvier, le syndicat CFDT chez Sanofi déplorait d’ailleurs que le groupe ait réduit de 40% ses effectifs de recherche en seulement dix ans.

La piste de l’ARNm examinée contre la grippe

« La technologie ARNm a prouvé son efficacité contre le Covid-19 et pourrait peut-être s’appliquer aux vaccins contre la grippe », a indiqué Thomas Triomphe, vice-président exécutif Sanofi Pasteur, lors de la précision des résultats. Rappelant au passage que Sanofi collabore notamment avec l’américain Translate Bio, avec qui il a engagé son second projet de vaccin anti-Covid, sur l’utilisation de l’ARNm pour un vaccin grippe. Un premier essai clinique devrait être lancé mi-2021.

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