C’est l’acte 1. En attendant l’acte 2 prévu lundi 29 juin avec des mesures pour la France, Sanofi a présenté vendredi 26 juin matin, dans le cadre d’un comité de groupe européen, un projet de restructuration en Europe pour le déploiement de sa nouvelle stratégie. Projet qui est, pour le moment, essentiellement lié à sa décision d’arrêter la R&D dans le domaine des maladies cardio-vasculaires et du diabète. Entre 1 370 et 1 680 suppressions de postes sont envisagées en Europe sous trois ans, dont 1 000 en France, selon les premières données dévoilées par un porte-parole du groupe.
Les détails du plan ne sont pas encore connus par pays, hormis pour la France, sachant que Sanofi dénombre un peu plus de 45 000 collaborateurs en Europe, sur un total de plus de 100 000 dans le monde. Selon un porte-parole du groupe, ces suppressions d’emplois s’étaleraient sur trois ans et seraient basées exclusivement sur du volontariat, comme des départs en pré-retraite ou des reconversions, assurant qu’il n’y aurait "aucun départ contraint". Les suppressions toucheront la R&D et les fonctions support. En France, qui recense encore 25 000 salariés mais qui devrait perdre 1 000 postes dans le cadre de ce projet, des détails sont attendus lundi 29 juin.
Arrêt de la R&D en neurologie et fermeture du site de Strasbourg
La CGT a ajouté toutefois certains détails à l’issue de ce comité européen. En matière d’emplois, un plus grand recours de Sanofi à la sous-traitance informatique menacerait des centaines d’emplois dans ce projet. Surtout, deux autres décisions de R&D seraient conséquentes et inattendues. D’une part, les activités du site de R&D de Sanofi à Strasbourg (Bas-Rhin), centrées sur l’oncologie, seraient transférées sur le centre de R&D du groupe à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Le site strasbourgeois, qui dénombre une soixantaine de salariés serait ainsi condamné à fermer. D’autre part, le groupe envisagerait d’arrêter les activités de R&D en neurologie en France, actuellement implantées sur son site de Chilly-Mazarin (Essonne). La recherche en neurologie de Sanofi se limiterait au seul domaine des maladies rares, activité qui serait seulement menée aux Etats-Unis, affirme la CGT.
"Indécent", jugent les syndicats
Les partenaires sociaux ont très mal pris ces annonces. Du côté de la CFDT, où le projet est qualifié "d’indécent", sont dénoncées "l’application froide de la nouvelle stratégie" et cette "énième restructuration qui va entraîner des impacts sociaux énormes". La CGT, elle, parle d’une décision "dégueulasse". Thierry Bodin, coordonnateur CGT chez Sanofi, juge le projet "inacceptable et préjudiciable pour l’avenir de l’industrie pharmaceutique en France et pour les salariés de Sanofi. Et c’est lamentable que le gouvernement soit complice de ce démantèlement année après année des activités de Sanofi en France. En 12 ans, Sanofi, qui est l'une des deuxième ou troisième entreprises les plus bénéficiaires en France, aura supprimé 5000 emplois. Il faudrait une loi pour interdire ce genre de pratiques".
Les syndicats fustigent également la notion de départ non contraint, en premier lieu quand un site est fermé. Et ils regrettent aussi la réduction des capacités de R&D de Sanofi en France. Thierry Bodin indique que "sur la partie médicament, hors vaccins, on passerait ainsi de onze sites de R&D en 2009 à seulement trois en France".
Le 25 juin, Sanofi n’avait ni confirmé ni infirmé que ces deux comités à venir, pour l’Europe et la France, pourraient concerner des suppressions d’emplois. Il avait en revanche affirmé dans un communiqué que ces comités seraient l’occasion de dévoiler des projets d’"investissements massifs en France et en Europe pendant les trois prochaines années". Ce qui pour le moment n’a pas été le cas. Selon un porte-parole, environ 1,2 milliard d’euros seraient investis en France ces trois prochaines années. La plus grande partie, d’envion 610 millions d’euros, sera consacrée aux projets d’une usine inédite de vaccins à Neuville-Sur-Saône et d’un nouveau centre de R&D à Marcy-L’Etoile, dans le Rhône. Le solde serait injecté dans les activités de production notamment les capacités de bioproduction, ou encore la digitalisation du groupe.



