Emmanuel Macron n’est pas venu pour rien, le 16 juin, sur le gigantesque site de vaccins de Sanofi Pasteur à Marcy-l’Étoile (Rhône). Focalisé sur la relance économique rapide du pays et le retour des investissements industriels, le président de la République a salué la décision du leader pharmaceutique français d’engager 610 millions d’euros dans la région lyonnaise pour ses vaccins. Au menu : 490 millions pour une usine digitalisée et modulable unique au monde à Neuville-sur-Saône (Rhône) et 120 millions pour ajouter un centre ultramoderne de R & D à Marcy-l’Étoile. Au moins 200 emplois sont à la clé. Cet investissement est l’un des plus importants annoncés en France ces dernières années. Et symbolique. Paul Hudson, le directeur général du groupe, indiquait que le pays de Louis Pasteur était le meilleur endroit « pour créer un hub de classe mondiale pour la R & D et la production de vaccins ». À en croire Emmanuel Macron, ce projet, qui « était dans l’air depuis trois ans », aurait « pu il y a encore quelques semaines être décidé à Singapour ». En coulisses, il semblerait que le gouvernement se soit mobilisé pour le sécuriser ici, en France. Selon un porte-parole de Sanofi, des promesses d’accélération et de facilitation des procédures de qualification et d’autorisation ont été engagées.
Accélération de la production
Ce qui concorde avec la volonté présidentielle de « savoir décider et aller vite » sur ces dossiers. À Marcy-l’Étoile, Emmanuel Macron a insisté sur le besoin de la France de se défaire de « l’idée que perdre du temps et faire beaucoup de paperasse était une bonne manière d’avancer ». Le Président déploie désormais de grandes ambitions pour soutenir et accélérer la reconquête industrielle dans le secteur de la santé [lire l’encadré]. Le contexte du Covid-19 agit comme un catalyseur pour le projet de Sanofi. Sa future usine de Neuville-sur-Saône visera à produire des vaccins rapidement, parce qu’« au cœur d’une pandémie, la vitesse est essentielle » et qu’il faudra « accélérer à l’avenir pour y répondre plus vite », soutient Paul Hudson.
Cette ambition débouche sur une usine sans aucun équivalent dans le monde. Là où chaque vaccin requiert une unité spécifique de production, Sanofi veut concevoir une usine digitale et entièrement modulable, capable de produire trois à quatre vaccins en simultané. Une prouesse technologique inédite, dans le sillage du programme déployé ces derniers mois par le laboratoire pour la digitalisation de ses sites. En octobre 2019, il a inauguré sa première usine « née digitale » à Framingham, près de Boston (États-Unis), et plusieurs sites existants, au Canada, au Brésil, en Irlande, en Belgique ainsi qu’en France, à Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence), sont en cours de reconfiguration.

Le projet lyonnais va même un peu plus loin. Prévue pour une mise en service à la fin 2025, cette usine, baptisée EVF (Evolutive vaccine facility), pourrait être étendue en y ajoutant des capacités de vaccins et de cultures cellulaires pour la fabrication de vaccins. Capacités que Sanofi envisage de mettre à disposition d’autres acteurs industriels. Ce projet est conditionné à l’engagement de partenaires, publics et privés, qu’il s’agisse d’États membres de l’Union européenne ou d’autres producteurs de vaccins implantés en Europe. Cette notion européenne s’inscrit dans la volonté actuelle de recouvrer une réelle souveraineté sanitaire. Comme avec le projet engagé début 2020 par Sanofi pour créer, à partir d’une partie de ses actifs chimiques, un acteur de production pour tiers de principes actifs, l’idée est de « produire en Europe des médicaments pour l’Europe », a insisté Paul Hudson.
Nouvelle stratégie
En soutien de ce projet industriel innovant, Sanofi va investir 120 millions d’euros sur son site de Marcy-l’Étoile afin d’y ajouter un complexe de R & D abritant des laboratoires de biosécurité de très haute performance (confinement de niveau 3, sur une échelle de 4). Ce centre développera des vaccins contre les maladies émergentes et les risques de pandémie. Sa mise en service interviendra d’ici la fin 2024. Il va s’intégrer dans l’un des plus grands sites mondiaux de vaccins. Marcy-l’Étoile emploie aujourd’hui 3 600 personnes, dont le quart en R & D. L’an dernier, Sanofi-Pasteur y a produit la bagatelle de 900 millions de doses de vaccins.
Sanofi fait des vaccins l’une de ses priorités stratégiques. Il développe deux projets contre le Covid-19, l’un sur sa base technologique antigrippale en collaboration avec GSK, l’autre sur une technologie génétique innovante avec l’américain Translate Bio. Paul Hudson vient de le rappeler, Sanofi veut faire de la France le centre mondial pour trois de ses activités, l’oncologie moléculaire, la datascience et les vaccins. L’an dernier, sa division dédiée, Sanofi Pasteur, a réalisé un chiffre d’affaires de 5,7 milliards d’euros, sur un total de 36,1 milliards pour le groupe. Troisième plus grand producteur mondial de vaccins, Sanofi Pasteur compte 16 000 salariés, sur 12 sites répartis dans le monde. Les 610 millions d’euros d’investissement annoncés conforteront son ancrage en Rhône-Alpes, où il compte déjà 7 200 salariés et deux de ses trois complexes de production de vaccins en France – le troisième, au Val-de-Reuil (Eure), est centré sur la grippe. Avec cette enveloppe, Sanofi va encore accroître son empreinte mondiale et lyonnaise.
120 millions pour soutenir la reconquête industrielle et sanitaire
Lors de sa visite chez Sanofi, le président de la République a promis 200 millions d’euros pour soutenir le secteur pharmaceutique. En ligne de mire, la reconquête industrielle et sanitaire de la France, actuellement trop dépendante de l’Asie pour ses approvisionnements en principes actifs et en matières premières indispensables à la production de médicaments sur son sol. Sur cette enveloppe, 78 millions d’euros sont alloués à des projets de R & D pour le développement de traitements spécifiques contre le Covid-19. Le solde, de 120 millions d’euros, sera dévolu au volet productif par le biais d’un appel à projets qui court jusqu’au 30 octobre. Il vise le développement, en France, de capacités de production de médicaments utilisés dans la prise en charge des patients Covid-19, qu’il s’agisse de produits à venir ou de produits existants qui ont pu subir des tensions d’approvisionnement lors de la première vague épidémique. Au printemps, des tensions ont ainsi pesé sur la disponibilité de produits anesthésiants et de médicaments à base de paracétamol. En 2021, le gouvernement prévoit d’amplifier ce soutien financier à la production. D’ores et déjà, il planche avec les industriels pour établir un plan d’action visant à relocaliser en France des fabrications pharmaceutiques sur des chaînes de valeur subissant régulièrement des tensions, hors Covid-19. Ce qui concerne de nombreux médicaments produits en France, d’importance parfois vitale, comme des anticancéreux, mais dont les principes actifs sont fabriqués hors d’Europe et importés essentiellement depuis l’Asie.



