65 bâtiments, 40 hectares, 3 600 salariés, 900 millions de doses produites en 2019. A Marcy-L’Etoile (Rhône), Sanofi dispose d’un des plus grands sites de vaccins au monde. 75% des effectifs sont concentrés sur les affaires industrielles, produisant sur place pour 150 pays dans le monde et contre huit maladies, comme le tétanos, la rage, la coqueluche ou la fièvre typhoïde. Tandis que 25% des effectifs, soit un peu plus de 800 salariés, oeuvrent pour la recherche et le développement, travaillant aussi bien sur le développement clinique de vaccins que sur l’amélioration des procédés de production et le passage de la recherche à la production industrielle. C’est ce site stratégique, fondé dès 1917, qu’Emmanuel Macron, le président de la République, visite ce 16 juin dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Profitant de cette visite, Sanofi a d'ailleurs annoncé
investir 610 millions d'euros "en France pour renforcer ses capacités de recherche et de production dans le domaine des vaccins, et répondre aux risques de pandémies futures", via la création "d’un nouveau site de production flexible et digitalisé, ainsi qu’un centre de recherche dédiés aux vaccins".
Sur le pied de guerre
Depuis février, les chercheurs de Marcy-L’Etoile sont sur le pied de guerre contre le SARS-CoV-2. A ce jour, Sanofi privilégie deux projets de développement de vaccins. Le premier porte sur un vaccin utilisant la plateforme du groupe pour ses vaccins contre la grippe. C’est ce vaccin qui est notamment développé dans le cadre d’une collaboration avec l’Autorité américaine de recherche et de développement biomédical avancé (Barda), ce qui a suscité il y a un mois la polémique sur la possible primauté de la disponibilité de ce vaccin aux Etats-Unis.
Par ailleurs, c’est aussi ce même vaccin qui est développé avec l’aide de GlaxoSmithKline (GSK), le concurrent britannique de Sanofi qui doit apporter des adjuvants, lesquels permettant d’augmenter la réponse immunitaire et de réduire les doses de protéines nécessaires dans chaque dose de vaccin.
Mise sur le marché pas avant mi-2021
Ce vaccin est le plus avancé pour le laboratoire français dans la lutte contre le coronavirus. Les équipes de Marcy-L’Etoile participent activement à son développement. En termes de calendrier, Sanofi devrait démarrer les phases de développement clinique, donc la phase 1, "après l’été", selon un collaborateur de l’unité de développement industriel du site. L’autorisation de mise sur le marché est envisagée, pour le moment, à partir de mi-2021. Ce qui sera plus tard que celui d'AstraZeneca, qui espère proposer des premiers flacons de ses vaccins à l'Europe d'ici à la fin de l'année. En cas de succès, le vaccin pourrait être produit partout où Sanofi dispose de capacités de production de vaccins, il n’y a pas d’obstacle pour la réplication industrielle.
Plateforme grippale
La technologie est basée sur l’ADN recombinant, que Sanofi utilise déjà pour son vaccin grippal saisonnier. Avec l’avantage de pouvoir aller vite, grâce à la maîtrise de la technologie et son profil de sécurité déjà avéré. Techniquement, Sanofi utilise des cellules d’insectes pour produire la protéine d’intérêt du SARS-CoV-2. Le vaccin injecté dans le corps apportera un antigène qui permettra à la personne vaccinée de fabriquer ses anticorps et donc de développer une immunité contre ce coronavirus.
Matériel génétique
Le second projet de Sanofi, développé aussi en partie à Marcy-L'Etoile, est bien plus délicat et novateur. Développé avec la société américaine de biotechnologies Translate Bio, il vise à utiliser une plateforme d’ARN messager. Cette technologie vise la mise au point d’un vaccin apportant un matériel génétique permettant, après injection, d’activer la machinerie cellulaire pour produire la protéine et les anticorps contre le coronavirus. Aujourd’hui, aucun vaccin n’existe encore à partir de cette technologie, même si plusieurs autres acteurs des vaccins y travaillent, comme l’Allemand CureVac, fortement soutenu par le gouvernement allemand. Le calendrier n’est pas dévoilé avec précision par Sanofi, mais ce second projet ne pourra probablement pas aboutir avant le premier.



