Pourquoi Sanofi est prêt à miser 1,7 milliard d’euros sur Translate Bio

Le leader pharmaceutique français vient de renforcer son accord avec la société américaine de biotechnologies Translate Bio, avec laquelle il collabore pour développer un vaccin contre le Covid-19. Sanofi pourrait engager jusqu’à 1,7 milliard d’euros dans cette collaboration initiée en 2018 mais qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Mais quel est donc l’attrait principal de Translate Bio ?

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Fabrication de vaccins Sanofi Marcy l'Etoile
Avec Translate Bio, Sanofi travaille sur des vaccins innovants contre le Covid-19, la grippe, et d'autres maladies infectieuses.

La mise potentielle s’élève jusqu’à 1,9 milliard de dollars, soit environ 1,7 milliard d’euros. Un montant près de trois fois supérieur à l’investissement annoncé le 16 juin par Sanofi pour renforcer ses capacités industrielles de vaccins avec la construction d’une usine inédite et d’un centre de R&D en région lyonnaise. Si le laboratoire pharmaceutique français parie autant sur cette collaboration avec l’Américain Translate Bio, c’est que les retombées, en termes d’innovation, de technologie et de marché sont très prometteuses.

Cancers et maladies infectieuses

Basé à Lexington dans le Massachussetts (Etats-Unis), dans la région de Boston, soit l’un des plus grands centres névralgiques au monde des biotechnologies, Translate Bio travaille depuis dix ans sur le développement d’une plateforme thérapeutique utilisant l’acide ribonucléïque messager (ARNm). De manière simplifiée, cette plateforme ARNm apporterait aux cellules un matériel génétique leur permettant de fabriquer des protéines spécifiques pour lutter contre des pathologies ciblées. Cela permettrait au corps de fabriquer lui-même ses propres médicaments, notamment dans le domaine des cancers, ou ses propres anticorps dans le domaine des vaccins contre des maladies infectieuses.

Fondé en 2016 via un spin-off du groupe pharmaceutique Shire, introduit en Bourse en 2018, et dénombrant aujourd’hui plus d’une centaine de collaborateurs, Translate Bio a d’abord concentré le développement de sa plateforme technologique contre certaines maladies pulmonaires et des maladies hépatiques. Mais les travaux se sont étendus aux anticorps thérapeutiques et aux vaccins, dans les domaines des cancers et des maladies infectieuses. C’est dans ce domaine que la biotech américaine a noué ses premiers liens avec Sanofi.

Premier accord en 2018

En 2018, Sanofi Pasteur, la division vaccins du groupe français, avait initié une première collaboration pour travailler sur cinq agents pathogènes. Translate Bio avait perçu un paiement initial de 45 millions de dollars et l’accord portait, au total, jusqu’à un maximum d’un potentiel de 805 millions de dollars (environ 710 millions d’euros) en fonction des avancées de cette collaboration. Le 23 juin dernier, Sanofi a annoncé un engagement bien plus fort, avec cette fois un paiement initial de 425 millions de dollars, dont 125 millions via une prise de participation au capital de Translate Bio. Et au total, le groupe français pourrait donc verser jusqu’à 1,9 milliard de dollars à son partenaire américain en fonction des nouvelles étapes fixées dans le cadre de cette collaboration.

Vaccin contre le Covid-19

Sur cette manne potentielle, 360 millions de dollars (318 millions d’euros) pourraient être versés en fonction des résultats du programme de vaccin ARNm contre le Covid-19, engagé en début d’année, sans compter d’éventuelles redevances en cas de commercialisation. A noter que Sanofi prend à sa charge et en sus tous les coûts de développement du programme. Un vaccin Sanofi Pasteur-Translate Bio contre le Covid-19, - sachant que les deux partenaires travaillent en réalité sur plusieurs candidats-vaccins contre cette cible -, devrait voir démarrer son premier essai clinique chez l’homme dès le quatrième trimestre 2020. Dans le cadre du Covid-19, parmi les différents programmes de vaccins, plusieurs travaillent sur cette technologie ARNm. Aujourd’hui, aucun vaccin ARNm n’a cependant été mis au point, contre aucune cible.

Grippe et autres cibles

Cette collaboration ne porte pas que sur ce programme Covid-19 mais sur de multiples cibles de maladies infectieuses. Sanofi précise ainsi qu’un vaccin ARNm contre la grippe pourrait entrer en développement clinique au second semestre 2021. Deux autres programmes seraient aussi à des stades plus avancés, contre un pathogène viral et contre un pathogène bactérien.

L’attrait de cette collaboration, qui explique aussi le montant élevé engagé par Sanofi, réside dans deux autres aspects. Le premier concerne une exclusivité mondiale de commercialisation. Le second concerne un transfert de la technologie et des procédés, lequel permettra à Sanofi de développer et de produire lui-même des vaccins ARNm contre des maladies infectieuses.

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