Du gazon parsemé de pâquerettes et de bouleaux, le chant des oiseaux et un grand ciel bleu sans nuage… On pourrait se croire en vacances à la campagne ce 22 avril, à Monts (Indre-et-Loire). Mais au milieu de ce tableau champêtre se dressent de grands bâtiments en béton : l’usine du sous-traitant pharmaceutique suédois Recipharm. Dans ces installations, la biotech américaine Moderna (dirigée par un Français, le centralien Stéphane Bancel) sous-traite la production de ses vaccins anti-Covid-10, autorisés en France depuis le 8 janvier.
GUILLAUME SOUVANT / AFP (Crédit: Guillaume Souvant / AFP)
La fabrication a démarré depuis la mi-avril sur le site français. Ce qui lui vaut la visite d’Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie. Deuxième site de production du vaccin Moderna en Europe, Recipharm espère pouvoir arriver à un plateau de 10 millions de doses produites par mois à partir de juin. Pour arriver à ce stade, le site, spécialisé dans la production de produits pharmaceutiques injectables et conditionnés, a dû se transformer en quelques mois seulement. Jusque là, Recipharm Monts travaillait sur plus de 200 produits pour une quinzaine de clients allant de la start-up de biotechnologie aux grands laboratoires pharmaceutiques. Son chiffre d'affaire en 2019 s'élevait à 31 millions d'euros, dont 70% provenait de la production d'anesthésiques locaux injectables.
Doubler les capacités d’ici 2023
Deux lignes de production sur les quatre du site de Monts ont été réquisitionnées et modifiées pour répondre à cette demande. Recipharm a déjà reçu une aide de 2 millions d’euros de la part de Moderna pour cette transformation. L’État français ne sera pas en reste. La ministre de l’Industrie a déclaré que le gouvernement allait « débloquer 35 millions d’euros sur un projet chiffré à 50 millions ». Résultat d’un appel d'offres lancé en juin 2020 et un moyen pour l’entreprise d’évoluer encore. « Nous allons construire deux lignes de production supplémentaires pour doubler notre capacité », a annoncé Jean-François Hilaire, le vice-président du groupe dont le chiffre d’affaires total est passé de 250 millions d’euros en 2014 à 1,1 milliard en 2020, dont 114 millions provient des activités françaises. Une extension qui devrait être finalisée en 2023.
À l’intérieur de l’usine, le petit air de vacances est loin. Dans ce grand hangar, des centaines de cartons sur palettes attendent. « C’est ici que l’on réceptionne les différents composants nécessaires à la fabrication du vaccin », explique Patrick Lenoir, le chargé du magasin principal. Derrière lui, un chariot élévateur rouge fait des allers-retours entre le quai de chargement et les stocks. Les livraisons de Moderna, encore limitées en France, devraient progressivement augmenter aux mois de mai et juin pour atteindre un rythme hebdomadaire. « Il n’y a pas beaucoup de différence avec ce que l’on faisait avant, estime-t-il. Ce qui change vraiment c’est au niveau des volumes. » Volume de vaccins mais aussi de travail.
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Une centaine de nouveaux employés
« La demande est telle que l’on tourne en continu maintenant », détaille Patrick Lenoir. L’entreprise avait estimé devoir embaucher 60 personnes, elle en est déjà à une centaine et une autre trentaine devrait suivre. « Les effectifs de l’usine ont augmenté de 50%. On est passé de deux équipes à cinq, on tourne 24h sur 24 », souffle-t-il avant de s’arrêter. Une alerte sonore stridente retentit. Elle provient d'un des 16 réfrigérateurs dont Recipharm a dû se doter pour pouvoir conditionner le vaccin. « Nous l'avons reçu récemment, on le teste encore », justifie-t-il en coupant l’alarme. La grande majorité de ces équipements est encore vide pour l’instant mais « il faut être prêt ! »

(Crédit: Guillaume Souvant / AFP)
Pour accéder aux unités de production, c’est une autre affaire. Direction les vestiaires où un équipement intégral attend. Charlotte, sur-blouse, sur-pantalon, sur-chaussures… Il faut se couvrir de la tête aux pieds pour pénétrer dans ces zones stériles, où le blanc domine. « On fait tout pour éviter une contamination ou un cluster », explique un employé. De l’autre côté de la vitre : de grandes cuves. « Le réactif arrive congelé et concentré, décrit Jean-François Hilaire. Dans ces cuves, on ajoute les autres éléments du vaccin et on le dilue pour obtenir les concentrations requises pour les doses. » Ce sont les phases « fill and finish » du remplissage et conditionnement . L’usine n’a pas vocation à produire les réactifs, seulement à les assembler pour en faire un vaccin.
Premières livraisons à la mi-mai
Encore une porte à passer, qui nécessite de s'équiper une nouvelle fois. De haut en bas, un second tissu blanc vient couvrir les visiteurs. De l’autre côté, on aperçoit enfin les fameux flacons, remplis d’un liquide blanc : le vaccin. Bientôt, ils regagneront la chaîne du froid, dans de grands réfrigérateurs à -20°C. « Moderna se charge ensuite de l’envoi et de la distribution », explique Jean-François Hilaire. Si la production a bien débuté, les vaccins ne sont pas encore prêts à partir dans les officines et vaccinodromes. « Hier, nous avons produit 50 000 flacons, soit 500 000 doses », précise le vice-président de Recipharm. Mais il faut encore s’assurer de leur qualité. C’est à cela que sert la zone « mirage ». Une allée d’appareils high-tech qui testent les nouveaux vaccins. Il faudra repasser par cette étape trois fois pour assurer le contrôle du conditionnement.
GUILLAUME SOUVANT / AFP (Crédit: Guillaume Souvant / AFP)
« Les premiers vaccins issus de cette usine seront donc disponibles à la mi-mai », a annoncé Agnès Pannier-Runacher, après avoir enlevé ses protections et regagné l'extérieur printanier. Recipharm s'inscrit ainsi dans le projet de réarmement pharmaceutique du pays. L'objectif : être en capacité de produire 250 millions de doses en France d'ici la fin de l'année. Le gouvernement compte principalement sur Sanofi, via ses sites de Marcy-L’Etoile (Rhône) et Francfort (Allemagne) pour la production respectivement des vaccins Janssen et BioNTech-Pfizer, et Delpharm, déjà engagé dans la production du vaccin BioNTech-Pfizer depuis le 7 avril sur son site de Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir). Mais aussi sur le sous-traitant pharmaceutique et cosmétique français Fareva et notamment son site d'Amboise (Indre-et-Loire) que la ministre a également visité jeudi 22 avril. Cette autre usine de la vallée de la Loire se prépare à la production du vaccin allemand anti-Covid CureVac, dans l'hypothèse où l'Union européenne validerait sa commercialisation.



