Enquête

Où en sont vraiment les Français dans la course aux vaccins contre le Covid-19 ?

Malgré des revers dans ce sprint mondial, l’industrie pharmaceutique tricolore n’est pas hors-jeu. Grâce à de nombreux sites de production et à ses biotechs.

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Vaccin contre le Covid-19
Devancée dans la recherche, la France s’est mieux placée pour la production de vaccins contre le Covid-19.

Au pays de Pasteur, c’est décevant : la France n’est guère aux avant-postes de cette sidérante course aux vaccins contre le Covid-19. Pire, le plus avancé des projets de l’Institut Pasteur n’a pas survécu aux premiers résultats cliniques, et Sanofi a pris du retard après un problème de dosage sous-optimal.

Une situation qui a laissé la gloire des premières solutions vaccinales sur le marché à des concurrents allemand (BioNTech), américains (Pfizer, Moderna) et britanniques (AstraZeneca avec l’université d’Oxford). Et la deuxième vague de vaccins risque d’être, elle aussi, très centrée sur des programmes étrangers.

En R & D, la France dispose encore de certains atouts dans ses manches. L’Institut Pasteur mène deux autres programmes pré-cliniques. Et Sanofi n’a pas du tout abandonné. Ni son projet adossé à l’adjuvant de son partenaire britannique GSK, ni celui d’un vaccin ARN-messager avec l’américain Translate Bio. L’implication tricolore est aussi portée par au moins trois sociétés de biotechnologies. Or, dans cette compétition effrénée au vu de l’urgence sanitaire, les biotechs ont déjà prouvé leur agilité et leur capacité d’innovation face aux grands laboratoires. BioNTech par exemple, sans qui Pfizer n’aurait sans doute pas de vaccin aujourd’hui, ou Moderna, réussissant chacune à sortir un vaccin inédit utilisant la technologie ARNm. Les trois acteurs biotechnologiques français planchent aussi sur des voies innovantes et différenciées qui pourraient trouver leur place dans la réponse vaccinale contre la pandémie. Même en arrivant en 2022, tant les besoins sont conséquents et la situation évolutive, comme l’augure la propagation des variants.

Trois pépites sur le front

À Lyon (Rhône), Osivax, spécialiste des vaccins et de l’immunothérapie, développe un vaccin à large spectre contre les coronavirus, et pas seulement contre le SARS-CoV-2. Le programme ne cible pas les protéines de surface du virus, sujettes à mutation, mais la nucléocapside, « une partie interne du virus qui varie très peu. Pour atteindre cet antigène interne du virus, non visible par les anticorps, il faut déclencher des réponses des cellules immunitaires : les lymphocytes T », souligne Delphine Guyon-Gellin. La directrice business développement évoque un démarrage des essais cliniques d’ici à « début 2022 ».

Ose Immunotherapeutics, situé à Nantes (Loire-Atlantique) et spécialiste de l’immunologie, développe un vaccin ciblant onze protéines du SARS-CoV-2. Avec l’ambition de pouvoir offrir une protection accrue, notamment face aux mutations et aux variants. Un premier essai clinique est en phase de démarrage à l’hôpital européen Georges-Pompidou et à l’hôpital Cochin, à Paris, et la mise sur le marché espérée pour 2022.

Le projet le plus avancé est porté par Valneva, une biotech franco-autrichienne installée à Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Cette dernière développe non seulement un vaccin, mais a déjà enclenché les phases commerciales et productives. Les premiers résultats d’essais cliniques sont attendus pour avril, les premiers lots en septembre. Dès septembre 2020, Valneva a conclu un accord majeur avec le Royaume-Uni, d’un potentiel de 1,4 milliard d’euros et de 190 millions de doses. Le contrat comprend une « première commande ferme pour la livraison de 60 millions de doses avant fin 2021, pour 470 millions d’euros. Ce qui permet de financer l’ensemble des essais cliniques ainsi que la construction d’une nouvelle unité à côté de notre usine écossaise », détaille Franck Grimaud, son directeur général.

En ce début 2021, Valneva finalise aussi un contrat avec l’Union européenne, pour 60 millions de doses, le Royaume-Uni a déjà levé une option pour 40 millions de doses supplémentaires, prévues en 2022. La production, qui prend environ cinq mois, a commencé dans la nouvelle unité sur son site de Livingstone, en Écosse, pour l’antigène. Les opérations de remplissage et conditionnement s’effectueront, elles, s’effectueront sur son second site de production, à Solna, en Suède.

La sous-traitance mobilisée

Devancée dans la recherche, la France s’est mieux placée pour la production de vaccins contre le Covid-19. Il y a bien sûr GSK, qui investit et recrute 100 personnes à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) pour produire son adjuvant pandémique destiné à épauler trois futurs vaccins, dont le premier de Sanofi. À Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), Sanofi a aussi démarré la production de l’antigène de son premier vaccin. Des opérations de remplissage et de conditionnement sont prévues au cours de l’année sur son complexe de Marcy-L’Étoile (Rhône).

En attendant, l’engagement productif sur le territoire repose surtout sur la sous-traitance. Quatre acteurs sont sur les rangs. Delpharm remplira et conditionnera à partir d’avril des doses du vaccin Pfizer-BioNTech sur son site d’injectables stériles à Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir). Là, 40 personnes ont déjà été embauchées et 60 recrutements sont à l’étude pour atteindre 300 salariés d’ici à l’été. Et 10 millions d’euros sont injectés pour augmenter les capacités et ajouter des infrastructures de froid. Stéphane Lepeu, son directeur général délégué, confie que d’autres projets pourraient être déployés, en particulier sur « notre site de produits stériles à Tours. Rien n’est encore signé. Nous examinons la possibilité d’augmenter les capacités ».

Recipharm a conclu un accord de remplissage et de conditionnement pour le vaccin de Moderna. À Monts (Indre-et-Loire), l’effectif du suédois, qui a recruté 60 collaborateurs, tourne autour de 300 personnes. Des lignes existantes ont été réaménagées pour tourner en continu. Les premiers lots commerciaux devraient être délivrés courant mars, selon la ministre de l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher. On trouve aussi l’américain CordenPharma, engagé pour la production d’excipients lipidiques pour le vaccin de Moderna, à Chenôve (Côte-d’Or). L’usine atteint 176 salariés désormais. Il y a enfin Fareva. Implanté au Luxembourg, ce spécialiste français de la sous-traitance pharmaceutique collaborera avec l’allemand CureVac. À Pau (Pyrénées-Atlantiques), sur un site de 250 salariés repris l’an passé à Pierre Fabre, il s’agira d’opérations de remplissage stérile de flacons. À Val-de-Reuil (Eure), Fareva produira un éluant (solvant) nécessaire à la formulation de ce vaccin ARNm. Les opérations devraient démarrer au second semestre 2021.

Cette implication de la France en production pourrait s’accroître avec la volonté affichée le 2 février par l’Élysée de renforcer la fabrication hexagonale de ces vaccins anti-Covid. Vu le peu de producteurs de vaccins implantés sur le territoire, à l’exception du géant Sanofi Pasteur qui s’engagera peut-être pour le compte de tiers, comme il va le faire en Allemagne pour épauler la production du vaccin Pfizer/BioNTech, les sous-traitants sont probablement un atout majeur pour attirer de nouveaux projets.

Têtes d'affiches

Enfin, deux figures françaises sont centrales dans le combat vaccinal contre le Covid-19... bien qu’exerçant à l’étranger. Pascal Soriot, à la tête d’Astra-Zeneca [lire l'encadré ci-après]. Et Stéphane Bancel, le président et PDG de Moderna Therapeutics. Ancien directeur général de BioMérieux, c’est outre-Atlantique, du côté de Boston, que le Français a fondé cette biotech en 2011, dans le domaine des maladies infectieuses, des maladies rares, et de l’oncologie, centrée sur la technologie de l’ARNm. En moins d’un an, le programme du vaccin anti-Covid, démarré dès janvier 2020, a devancé les 23 autres projets dans le portefeuille en développement pour devenir le premier produit commercialisé par Moderna. Bien aidé par les fonds américains de soutien dans la lutte contre le Covid, à hauteur de 2,5 milliards de dollars, et par les commandes européennes de 160 millions de doses, Moderna a pu mener son projet sans s’adosser à un grand laboratoire. L’une des plus grandes réussites de la biotech et de son fondateur. Non pas un Américain à Paris, mais bien un Français aux États-Unis. 

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