L’enjeu majeur des vaccins contre le Covid-19 aujourd’hui réside dans leur accès, et donc aussi dans leur production, le plus rapidement possible et à grande échelle. "Ce qu’il faut réussir à mobiliser, ce sont tous les laboratoires qui permettent de produire ces vaccins homologués par nos autorités sanitaires pour le plus vite possible acquérir le maximum de doses en toute sécurité", a souligné mardi 2 février Emmanuel Macron sur TF1.
Le président de la République a promis qu’en France "pour tous les adultes qui le souhaiteront, nous serons en mesure de leur proposer un vaccin avant la fin de l’été". Il a indiqué que quatre sites produiront "dès février/début mars" sur le sol français. C’est en réalité un peu plus, comme le révèlent la carte et l'enquête réalisées par L'Usine Nouvelle.
DR - Florent Robert Sept sites en France sont impliqués ou vont s'impliquer dans la production de vaccins contre le Covid-19, répartis sur tout le territoire. (Infographie: Florent Robert)
GSK et Sanofi en action
Largement devancée dans la recherche sur les vaccins contre le Covid-19, la France s’est mieux placée pour la production de vaccins. Il y a bien sûr GSK, qui investit et recrute 100 personnes sur son vaste complexe de vaccins de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) pour produire son adjuvant pandémique destiné à épauler trois futurs vaccins dont le plus avancé de Sanofi, mais aussi ceux du canadien Medicago et du chinois Clover Pharmaceuticals. En France, Sanofi a aussi démarré la production de l’antigène de son premier vaccin à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Dans l’année, des opérations de remplissage et de conditionnement sont prévues sur son gigantesque complexe de Marcy-L’Etoile (Rhône).
Quatre acteurs de la sous-traitance sur les rangs
En attendant, l’engagement productif sur le territoire repose surtout sur la sous-traitance. Quatre acteurs sont sur les rangs. Delpharm remplira et conditionnera à partir d’avril des doses du vaccin Pfizer/BioNTech sur son site d’injectables stériles à Saint-Rémy-sur-Avre (Eure-et-Loir). Delpharm a déjà embauché 40 personnes et prévoit d’en ajouter encore 60 pour atteindre 300 salariés sur le site d’ici à l’été. Et 10 millions d’euros sont injectés pour augmenter les capacités et ajouter des infrastructures de froid, le vaccin nécessitant des conditions de - 70 degrés. Stéphane Lepeu, directeur général délégué, précise que d’autres projets pourraient être déployés, en particulier sur "notre site de produits stériles à Tours. Rien n’est encore signé. Nous examinons la possibilité d’augmenter les capacités".
Deux sous-traitants pour le vaccin Moderna
Recipharm a, lui, conclu un accord de remplissage et de conditionnement pour le vaccin de Moderna. A Monts (Indre-et-Loire), ce sous-traitant suédois a étoffé de 60 collaborateurs les effectifs du site, gravitant désormais autour de 300, tout en aménageant des lignes existantes qui tourneront désormais en continu, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Les premiers lots commerciaux devraient être délivrés courant mars, a précisé le 3 février la ministre déléguée à l'Industrie Agnès Pannier-Runacher. On trouve aussi l’américain CordenPharma, engagé pour la production d’excipients lipidiques pour le vaccin de Moderna, dans son usine de Chenôve (Côte D’Or). L’usine atteint 176 salariés désormais. Yves Michon, qui dirige le site, parle d’embauches finalisées mais ne livre aucun autre détail.
Deux sites de Fareva pour le futur vaccin de CureVac
Il y a enfin Fareva. Basé au Luxembourg, ce spécialiste français de la sous-traitance pharmaceutique collaborera avec l’allemand CureVac. A Pau (Pyrénées-Atlantiques), sur un site de 250 salariés repris l’an dernier à Pierre Fabre, il s’agira d’opérations de remplissage stérile de flacons. A Val-de-Reuil (Eure), Fareva produira un éluant (solvant) nécessaire à la formulation de ce vaccin ARNm. Les opérations devraient démarrer au second semestre 2021.
Autres pistes
Cette implication de la France en production pourrait s’accroître, alors que l’Elysée appelle à une présence encore plus forte dans la production de ces vaccins anti-Covid. Vu le peu de producteurs de vaccins implantés sur le territoire, à l’exception du géant Sanofi Pasteur qui s’engagera peut-être pour le compte de tiers, comme il va le faire en Allemagne pour épauler la production du vaccin Pfizer/BioNTech, les sous-traitants sont probablement un atout majeur pour attirer de nouveaux projets. Plusieurs laboratoires vétérinaires, dont certains disposent d’unités de production de vaccins, pourraient aussi être une piste.



