Grande opération transparence sur l'insertion professionnelle des CFA et lycées pros

Ministères du Travail et de l’Education nationale mettent en ligne le 9 février un site internet destiné aux jeunes tentés par la voie professionnelle, afin de les aider à choisir une formation et un établissement en fonction de leur efficacité pour trouver un emploi.

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Apprentissage industrie
Le site InserJeunes permet de savoir quel est le taux d'insertion sur le marché de l'emploi de chaque diplôme préparé dans chaque CFA ou lycée professionnel de France.

Tapez "soudeur" dans le moteur de recherche d’InserJeunes. S’affiche la liste des diplômes préparant à ce métier: CAP serrurier métallier, bac pro technicien en chaudronnerie industrielle, mention complémentaire technicien de soudage. Suivent pour chaque diplôme, obtenu par la voie scolaire en lycée professionnel ou par l'apprentissage dans un centre de formation des apprentis (CFA), des informations nationales : 7 jeunes sur 10 trouvent un emploi dans les six mois suivant leur sortie d’un bac pro de chaudronnier s'ils l'ont obtenu par l'apprentissage; contre 5 jeunes sur 10 issus de la voie scolaire. Avec un CAP de métallier, 6 apprentis sur 10 s’insèrent rapidement dans l’emploi, contre 2 élèves de lycée professionnel sur 10. Intéressé par le bac pro par apprentissage, un jeune peut découvrir la liste de tous les établissements proposant cette formation, celui qui a le meilleur taux d’emploi s’affichant en premier. Lycées et CFA sont aussi représentés sur une carte.

Une régulation des établissements par les jeunes

Le site mis en ligne le 9 février en fin de journée par les ministères du Travail et de l’Education nationale était prévu par la loi Avenir professionnel de septembre 2018. "La philosophie de la réforme de l’apprentissage, avec le fonctionnement des CFA au coût-contrat (NDLR : les CFA sont financés pour chaque contrat trouvé entre un jeune et une entreprise), reposait sur une régulation entre bons et moins bons CFA par les jeunes, grâce à la transparence des données", explique Selma Mahfouz, directrice de la Dares, service statistique du ministère du Travail. Pour cet exercice de big data, les deux ministères se sont livrés à un gros travail d’appariement de leurs données, comparant les sorties du système scolaire avec les entrées sur le marché du travail déclarées par les entreprises.

Pas les mêmes jeunes en CFA et en lycée pro

L’outil permet aux familles de comparer la voie scolaire et celle de l’apprentissage, mais aussi deux établissements préparant le même diplôme, la différence d’insertion entre un CAP et un bac pro… Les résultats de l’apprentissage semblent toujours meilleurs que ceux de la voie scolaire. Au niveau national, 62% des diplômés par apprentissage en juin 2019 avaient trouvé un emploi salarié dans le privé en janvier 2020, contre 41 % des lycéens professionnels. Les diplômés d’un BTS par l’apprentissage présentent un taux d’insertion de 70%, quand leurs camarades sortis d’un lycée professionnel sont 54% à travailler.

Les chercheurs tempèrent cet écart en rappelant que les deux types de parcours de formation n’ont pas la même sociologie, les CFA accueillant plus d’enfants d’artisans et commerçants, quand les lycées pro forment des populations plus fragiles socialement, avec plus de parents sans activité, de familles monoparentales…

Tenir compte du marché local de l'emploi

Les différences entre niveaux de diplôme sont bien connues : plus le diplôme est élevé, meilleure est l’insertion. Avec parfois des différences énormes : en lycée professionnel, 22 points de plus pour le bac pro "alimentation- agroalimentaire- transformation" que pour le CAP. L’insertion est évidemment meilleure, toutes formations confondues, dans les régions les moins touchées par le chômage. L’outil permet d’en tenir compte : le taux d’insertion de chaque établissement est comparé au taux d’insertion attendu, vu le secteur, la santé du bassin d’emploi…

Les premiers résultats avaient été contestés par les directeurs de lycées et CFA, qui ne retrouvaient pas leurs taux d’insertion habituels. "Les enquêtes précédentes reposaient sur du déclaratif, or les jeunes insérés répondent plus que ceux qui n’ont pas trouvé de travail, ce qui crée un biais statistique", explique Selma Mahfouz. La directrice de la Dares rappelle que les résultats de l’insertion de la voie professionnelle, notamment par apprentissage, restent excellents.

Compétition accrue entre établissements

Les données seront actualisées chaque année, et l’insertion sera mesurée non seulement à six mois, mais aussi à 12 mois, 18 mois, 24 mois. Quel sera l'impact de cette compétition entre établissements ? Ceux qui insèrent mal vont-ils être désertés par les bons éléments, ce qui les enfoncera encore plus ? Vont-ils se battre pour faire remonter leur "score", quitte à fermer certains cursus ? C’était un des buts assumés de la réforme de 2018.

Un autre objectif de la réforme, relancer l'apprentissage, a été atteint en 2020 : le nombre de contrats n'a jamais été aussi élevé, 495 000 dans le privé, en hausse de 40% par rapport à 2019. Une grosse part de cette augmentation s'explique par un transfert des contrats de professionnalisation vers l'apprentissage, mais tous contrats confondus, l'alternance connaît tout de même un bond de 13%.

Pour éviter un effondrement de l'apprentissage alors que sa réforme venait d'entrer en vigueur, le gouvernement avait mis en place cet été une prime de 5 000 euros pour toute entreprise recrutant un jeune apprenti (8000 euros s'il est majeur), couvrant l'équivalent de ce qu'il coûte pendant un an.

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