Les jeunes et en particulier les apprentis, seront-ils les premières victimes collatérales de la crise économique née de la pandémie de Covid-19 ? Le gouvernement le craint. "Ils ne doivent pas être les variables d'ajustement de la crise", alerte la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Pour éviter une rechute du nombre d’apprentis (qui avait fortement augmenté suite à la réforme du secteur), plusieurs mesures ont été annoncées à l’issue d’une rencontre avec les partenaires sociaux ce 4 juin à l’Elysée.
Mesure phare de ce plan de relance de l’apprentissage : une aide exceptionnelle pour l’embauche d’apprentis (du CAP aux licences pros) de 5000 euros pour les mineurs et 8000 euros pour les majeurs. Elle sera ouverte de juillet 2020 à février 2021. Elle sera sans condition pour les entreprises de moins de 250 salariés. Pour les 7000 autres, l’aide devra être remboursée si le taux d’alternants parmi les effectifs n’atteint pas les 5% en 2021. L’embauche d’apprentis représentera un coût quasi nul pour la première année, indique le ministère. Zéro euro pour les moins de 21 ans, jusqu’à 175 euros par mois pour les plus de 21 ans.
Avec cette mesure, dont le coût pourrait dépasser le milliard d’euros, l’objectif affiché est très ambitieux : égaler le niveau record de 2019, avec 368 000 contrats signés. La mobilisation générale sera décrétée dans les territoires pour que chaque jeune ayant émis un souhait d’apprentissage se voit proposer au moins une solution. D’ailleurs, compte tenu du contexte économique, comme durant le pic de la crise sanitaire, les jeunes auront plus de temps pour trouver une entreprise. Ils donc rester jusqu’à six mois en formation en CFA avant de partir sur le terrain.
Une activité partielle de longue durée ?
Parallèlement à ce "plan apprentissage", des discussions sur l’emploi des jeunes qui sortent du système éducatif cette année seront ouvertes mi-juin. Un plan de protection pour accompagner les 700 à 800 000 jeunes Français concernés sera construit avec les organisations syndicales d’ici juillet.
Ce n’est pas la seule concertation programmée avant l’été. Le ministère du Travail va notamment discuter avec les syndicats pour évoquer l’avenir du dispositif d’activité partielle, et ce dès la semaine du 8 juin. Le dispositif dit de chômage partiel a fortement évolué de semaine en semaine (sous l’effet de décrets successifs) durant l’état d’urgence sanitaire : il s’agira de lui donner un nouveau cadre fixe et soutenable, qui soit différent de l'avant-crise. Car "L’Etat ne peut pas durablement payer les salaires de millions de personnes dans le secteur privé", explique Muriel Pénicaud. Les syndicats discuteront avec l'Etat pour fixer les critères et modalités d’accès à ce dispositif : quelle prise en charge pour les entreprises, quelle possibilité de diminution du temps de travail...
Une autre forme de chômage partiel, négociée pour maintenir l’emploi et les compétences malgré la baisse de la demande, doit également être discutée. Ce régime d’activité partielle de longue durée (nom provisoire) serait uniquement mis en place par accord collectif d'entreprise ou de branche, et à condition de s'engager à maintenir l'emploi. Ses conditions doivent être définies d'ici quinze jours. "Si nécessaire, nous compléterons par des mesures sectorielles", annonce la ministre du Travail.



