Comment ne pas casser la dynamique de l'apprentissage

Le gouvernement doit annoncer avant l’été des mesures destinées à soutenir l’apprentissage, dont la rentrée 2020 s’annonce difficile. Les partenaires sociaux fourmillent d’idées.

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Apprentis CFA Maximilien Perret
Les directeurs de CFA craignent une chute de 20 à 30% des entrées en apprentissage en 2020.

Comment ne pas casser la belle dynamique retrouvée de l’apprentissage ? La fédération des directeurs de Centres de formation des apprentis (Fnadir) craint une chute de 20 à 30% des entrées en apprentissage à la rentrée prochaine. Le Medef met en garde contre "une rentrée avec 300 000 potentiels apprentis sur le carreau", en raison de tensions importantes sur la trésorerie des entreprises. En 2019, l’apprentissage avait battu tous les records, avec 368 000 nouveaux contrats signés, soit 16% de plus que l’année précédente.

Le gouvernement, qui a fait de la réforme de l’apprentissage, avec celle de la formation, un des piliers de son action économique, doit présenter d’ici l’été un plan global d’aide à l’emploi des jeunes. Un des volets concernera l’apprentissage. C’est maintenant que se font les recrutements, dans les CFA et dans les entreprises.

Rendre l'apprentissage quasi gratuit pour les entreprises

Plusieurs organisations patronales appellent l’Etat à rendre l’apprentissage moins coûteux pour les entreprises, qui risquent, sinon, de le sacrifier. Le Medef et un collectif de grandes entreprises (Accor, Orange, Engie, Renault…) réclament le versement d’une aide de 10 000 euros à toute entreprise recrutant d’ici le 31 décembre 2020 un apprenti ou un jeune en contrat de professionnalisation. Quels que soient la taille de l’entreprise et le niveau de diplôme préparé. L’aide actuelle (4125 euros maximum la première année) ne peut être perçue que par les entreprises de moins de 250 salariés, pour des apprentis préparant un diplôme de niveau inférieur ou égal au bac. Le Medef estime que 400 000 jeunes pourraient entrer en apprentissage avec cette aide, dont le coût serait compris entre 3 et 4 milliards d’euros.

L’U2P réclame, pour les seules entreprises de moins de 20 salariés, une aide permettant un recrutement d’apprenti à "coût zéro", quel que soit le diplôme préparé. Ou au moins d’élargir l’aide unique actuelle aux diplômes au-dessus du bac dans les entreprises de moins de 50 salariés. La Fnadir plaide pour une aide qui couvrirait tous les frais d’un employeur durant la première année de l’apprenti, quelle que soit sa taille et pour tout diplôme.

Toujours du côté des coups de pouce financiers, les directeurs de CFA demandent que la rémunération des apprentis soit décorrélée de leur âge. Les syndicats de salariés ne sont pas opposés à une aide financière de l’Etat, mais la réserveraient plutôt aux plus petites entreprises. La CFDT, par exemple, réclame une aide à l'embauche d'un apprenti pour celles de moins de 50 salariés, à condition qu'il y ait un accord de branche.

Jusqu'à un an sans travailler en entreprise ?

Beaucoup de propositions, patronales ou syndicales, visent à simplifier les parcours des apprentis. Une des idées phare serait de les autoriser à rester plus longtemps en formation dans leur CFA sans entreprise. Une ordonnance publiée pendant la crise sanitaire a déjà prolongé la durée maximale de trois à six mois. Le Medef propose de porter cette durée à neuf mois, l’UIMM à dix, l’U2P à douze, soit une année scolaire entière sans travailler en entreprise – ce qui ressemble fort au lycée professionnel… Difficile, pour une formation en alternance, de se passer de l'entreprise ! Mais une piste pour garder les apprentis "sous le coude" en attendant des temps meilleurs. Qui pourrait être étendue aux apprentis de l'enseignement supérieur. D'autres propositions visent à aider les apprentis à se loger, se déplacer, ou à s'équiper en matériel informatique pour pouvoir suivre une partie des cours à distance.

Pour faciliter la mise en relation des entreprises et des apprentis, le plan auto présenté par Emmanuel Macron le 26 mai prévoit de faire appel à la Plateforme automobile (PFA), qui réunit les entreprises de la filière auto. Des offres d’apprentissage seront centralisées sur un site dédié à l’emploi, et la PFA suivra chaque jeune pour éviter les décrochages. Le plan auto annonce qu’ "un plan d’urgence sera mis en œuvre, en lien étroite avec les branches et l’Etat, pour réduire significativement le coût d’un jeune en alternance et permettre à la filière de viser une stabilisation du niveau d’alternants". Objectif : 5% d’alternants dans le secteur d’ici 2021.

Les entreprises ont besoin de renouveler leurs compétences

Sans attendre les mesures de soutien, Engie a annoncé qu’il maintiendrait son effort au niveau prévu : 2500 alternants seront recrutés en 2020, du CAP au bac+5, représentant, avec ceux qui poursuivront leur parcours dans l’entreprise, 9% des effectifs (7% en 2019). L’objectif reste d’atteindre 10% en 2021, date à laquelle Engie s’engage à embaucher la moitié des apprentis formés dans le groupe, notamment dans les métiers techniques, en tension.

Armel Le Compagnon, nouveau président de Worldskills France (Olympiades des métiers), reste optimiste : "la crise a fait prendre conscience à l’ensemble de la population de la réalité économique des métiers de proximité. Les entreprises ont toujours des besoins importants en compétences, que peuvent leur apporter les apprentis. Elles vont se mobiliser. L’élan sera freiné, mais pas cassé."

Restent à régler de nombreuses questions pour les apprentis actuellement en formation, report des examens, stages prolongés, rattrapages des mois de formation perdus, aides à l'embauche...

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