Comment expliquer la forte poussée de l’apprentissage en 2019, notamment dans l’industrie

Le nombre d’entrées en apprentissage a augmenté de 16 % en France entre 2018 et 2019, représentant près de 51 000 entrées supplémentaires. Dans l’industrie, la hausse atteint 11%.

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Apprentissage industrie
Le nombre d'entrées en apprentissage a augmenté de 11% dans l'industrie en 2019.

La ministre du Travail a fêté en grande pompe, mardi 4 février dans son ministère, les bons résultats de l’apprentissage en 2019. Le nombre de nouveaux contrats signés en 2019 a atteint 353 000, soit 50 700 de plus qu’en 2018 (+ 16%). En 2018, il avait déjà augmenté de 17 000 par rapport à 2017. Fin 2019, avec les contrats signés les années précédentes et toujours en cours, la France comptait 485 800 apprentis, contre 436 700 fin 2018. Le gouvernement peut donc espérer franchir la barre des 500 000 apprentis en 2020.

La ministre estime récolter les fruits de la réforme de 2018, entrée en vigueur début 2019. 200 entreprises ont profité de la libéralisation de l'ouverture des centres de formation des apprentis (CFA) pour ouvrir le leur, et 350 projets de CFA d'entreprises sont dans les cartons. Selon le ministère, la France compte aujourd’hui 1 200 CFA, contre 965 avant la réforme. Les entreprises apprécient de pouvoir recruter un apprenti à tout moment de l’année, et pas seulement à la rentrée scolaire, et sont rassurées par les moindres contraintes légales en cas de rupture de contrat.

Hausse de 11% dans l'industrie

Le changement est aussi, massivement, culturel, avec un autre regard porté sur l’apprentissage. Il avait commencé à décoller en 2018, alors que la réforme n’était pas encore mise en œuvre, mais que les messages positifs se multipliaient, notamment sur l’insertion dans l’emploi. Depuis 2017, le nombre de vœux d’orientation en fin de 3ème vers l’apprentissage a augmenté de 40 %, annonce le gouvernement. Du coup, l’apprentissage, orienté ces dernières années vers les études post-bac, regagne du terrain dans le secondaire : en 2019, 203 000 apprentis préparaient un CAP ou un bac professionnel en apprentissage, soit 8 % de plus qu’en 2018.

La hausse se vérifie dans tous les secteurs. Dans l’industrie, le nombre d’entrées en apprentissage a augmenté de 11 % en 2019, un peu moins que dans le BTP (+ 13%), beaucoup plus que dans l’artisanat (+3 %). La métallurgie a toujours pour objectif d’augmenter de 50 % le nombre d’alternants accueillis dans ses entreprises d’ici 2023.

Les régions contestent ce bilan positif

Ce tableau très positif est assombri par une polémique lancée par l'association des Régions de France. Douze présidents de région sur les dix-huit (en incluant les ultramarines) signent une tribune publiée par Le Figaro dans laquelle ils accusent Muriel Pénicaud de "mentir" sur la hausse des entrées en apprentissage dans le secondaire. Une projection plus qu'une argumentation chiffrée. Ils estiment que le financement au "coût-contrat" poussera les CFA à choisir des formations de l’enseignement supérieur, mieux payées que celles du secondaire, et des formations tertiaires, moins coûteuses en investissement dans des plateaux techniques.

Les régions revendiquent être à l’origine des bons chiffres. En réalité, elles ne digèrent pas d’avoir perdu leur responsabilité sur la politique d’apprentissage, confiée aux branches professionnelles. La mesure s’applique depuis début 2020, mais beaucoup de régions ont dès 2019 diminué leur effort de financement – ce que le ministère a choisi de mettre en avant, en annonçant une diminution de 8 % des subventions de fonctionnement aux CFA. Les représentants des apprentis, eux, commencent à s’alarmer d’une baisse des aides au transport et au logement de la part des régions.

Les petits CFA ruraux en difficulté

En réalité, l’écosystème de l’apprentissage fait face à une redistribution des effectifs. Certaines régions s’inquiètent des difficultés de petits CFA ruraux, non accompagnés par des grandes branches, et qui risquent effectivement de disparaître faute d’équilibre financier. Dans leur tribune, les présidents critiquent la diminution des moyens qui leur ont été alloués pour soutenir ces petits CFA, le fonds de soutien ayant été "réduit de 250 à 138 millions d’euros pour l’ensemble (des) régions", dénoncent-ils. Renaud Muselier, président de la région PACA, indique au Figaro que sur 71 centres, il en aurait "33 en danger de mort".

Certains territoires, certains secteurs professionnels, seront donc perdants, quand les grandes branches et les grandes entreprises ouvrent des CFA qu’elles n’ont aucune difficulté à remplir. Certains détracteurs de l’euphorie ministérielle signalent également un report des contrats de professionnalisation sur les contrats d’apprentissage. La hausse globale des deux modalités de l'alternance serait donc moins forte qu’annoncé. A vérifier d’ici quelques mois.

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