Sauver la rentrée des apprentis, une mission délicate

Gouvernement et grands groupes se mobilisent pour maintenir l’apprentissage sur sa bonne lancée. Le plus grand risque serait que les jeunes s’en détournent.

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Engie, qui a prévu d'embaucher 2500 apprentis en septembre, va ouvrir son propre CFA. Une cinquantaine de jeunes seront formés aux métiers phares du groupe.

Les grands groupes l’ont bien compris : c’est le moment ou jamais de recruter des apprentis. Dans une tribune publiée à la mi-juillet, 24 directeurs des ressources humaines de grands groupes se sont engagés à maintenir les recrutements d’alternants (et de stagiaires) aux niveaux prévus avant la crise. Air liquide, Danone, Engie, Michelin, Valéo et les autres accueilleront 38 000 jeunes en 2020. "Je ne serais pas étonné que les grandes entreprises finissent par avoir plus d’apprentis que prévu, vu l’effort considérable qu’elles s’apprêtent à fournir ", analyse Frédéric Guzy, le directeur général d’Entreprise & Personnel, réseau de grandes entreprises. Depuis son poste d’observateur, il constate un transfert des embauches de jeunes diplômés vers des recrutements d’apprentis. "L’apprentissage est un bon moyen, pour l’entreprise, de préparer des jeunes pour 2022, en investissant sur leur formation, mais à moindre coût", explique-t-il. Pas très bon pour l’emploi, à court terme, de certains moins de 25 ans, mais profitable à l’alternance.

Pour éviter un écroulement de l’apprentissage, qui avait battu un record en 2019 avec 353 000 nouveaux contrats signés (+ 16 % par rapport à 2018), le gouvernement a dégainé dès juin un plan de relance, élargi par le débat parlementaire. Toute entreprise qui recrutera d’ici à la fin février 2021 un apprenti préparant un diplôme allant jusqu’au master ­bénéficiera d’une aide de 5 000 euros s’il est mineur, de 8 000 euros s’il est majeur. De quoi couvrir le coût, pour l’employeur, de la première année. Les contrats de ­professionnalisation bénéficient des mêmes dispositions.Pour toucher ces aides, les entreprises de plus de 250 salariés devront accueillir 5 % d’alternants dans leur effectif à la fin 2021 ou avoir augmenté leur nombre de 10 % entre 2020 et 2021. "Nous sommes ravis de ces annonces. Certaines entreprises qui s’apprêtaient à réduire la voilure ont basculé positivement avec ces aides, se félicite Roselyne Hubert, la présidente de la Fnadir, la fédération des directeurs de CFA. Nous essayons même de convaincre celles qui n’ont jamais recruté d’apprentis de passer à l’acte. C’est l’année ou jamais !"

Tout dépendra des PME

"Toutes les conditions sont réunies pour recruter des apprentis cette année", acquiesce Alexandra Barillet, responsable de la marque employeur et du recrutement chez Siemens, qui attend 170 nouveaux apprentis en septembre. "Les ressources humaines ont reçu 20 nouvelles demandes de nos managers début juillet. Ils ont besoin de petites mains pour les aider. L’aide du gouvernement a débloqué les demandes et les écoles sont plus réactives que les autres années."

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Mais le volontarisme des grands groupes ne suffira pas. Deux tiers des alternants sont habituellement accueillis dans des TPE et PME. Or certaines vont disparaître, d’autres n’ont aucune visibilité à trois mois, alors qu’un contrat en alternance les engage sur deux ou trois ans. "On essaie de sauver notre rentrée, raconte fin juillet Dominique Badet, le directeur de Technopolys, un centre de formation d’apprentis (CFA) savoyard spécialisé dans les métiers de l’automobile. Les jeunes, on les a. Il nous manque les entreprises. Mes partenaires sont à 90 % des TPE. L’incertitude économique les rend réticentes. On leur explique que ça ne va rien leur coûter la première année et qu’elles doivent préparer leur reprise. Mais elles ont le nez dans le guidon…"

Les CFA pourront accueillir les jeunes sans entreprise pendant six mois, au lieu de trois habituellement. Quand leurs camarades de classe seront sur leur lieu de travail, le CFA les aidera à chercher une entreprise d’accueil. Et s’ils n’en trouvent pas au bout de six mois ? Les discussions sont toujours en cours pour qu’ils ne perdent pas leur année. "Ce sas de six mois peut laisser le temps aux entreprises d’aller mieux, mais il faudra que les jeunes acceptent cette prise de risque", reconnaît Roselyne Hubert. Dominique Badet craint surtout qu’ils ne se détournent, cette année, de l’apprentissage : "Un collégien qui n’a pas trouvé d’entreprise fin août va opter pour une formation classique. Reviendra-t-il vers l’apprentissage ?" Fin juillet, il pensait encore rattraper le retard pris dans ses recrutements, pariant sur un simple décalage dans le temps. Mais il a déjà fait une croix sur la progression à deux chiffres de l’effectif qu’il avait prévue, dans l’élan des deux très bonnes années précédentes.

 Engie maintient l’ouverture de son CFA 

Une rentrée scolaire décalée à novembre, mais conservée. Depuis la loi Avenir professionnel de septembre?2018, les entreprises peuvent ouvrir leur propre centre de formation d’apprentis (CFA). Engie s’appuie sur quatre CFA existants pour lancer Engie Academy, son centre « hors les murs ». Quatre promotions accueilleront chacune 12 à 16 personnes préparant un bac professionnel, un BTS ou un titre professionnel, dans les métiers phares de l’énergéticien, comme technicien chauffagiste, frigoriste, technicien exploitation et maintenance... Elles représenteront une cinquantaine d’apprentis, sur les 2 500 dont Engie maintient le recrutement en septembre. « Nous n’avons pas changé d’objectif : atteindre 10 % d’alternants dans notre effectif en 2021, soit 7 700, précise le DRH adjoint, Olivier Hérout. Nous avons travaillé avec nos CFA partenaires pour compléter la formation académique proposée, notamment pour que ces jeunes apprennent, sur le plan comportemental, à accompagner le projet d’Engie auprès des clients. » Engie compte former dans son CFA 600 à 700 apprentis au cours des cinq années qui viennent.

 

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