Deux mois de préparation, deux mois de négociation, et l’accord France sur le télétravail est parti à la signature chez les organisations syndicales de Renault. Selon une annonce du constructeur automobile le 18 juin, CFDT, CFE-CGC et FO ont validé cet accord qui s'appliquera à partir de septembre. Une affaire promptement menée, pour un texte qui modifie profondément la philosophie de l’accord précédent sur le sujet, qui ne datait pourtant que de 2019.
Le terrain avait été largement débroussaillé par l’accord « monde » sur le télétravail, signé le 26 avril. Un texte « contraignant » pour l’ensemble des entités Renault, selon Eric Vidal, secrétaire CFE-CGC du comité de groupe Monde, dont les grands principes devaient être repris et détaillés par chaque pays. Notamment le volontariat et la réversibilité du choix du télétravail, et une aide matérielle.
Des compensations financières incitatives
Première caractéristique de l’accord « France » : « c’est le grand retour des compensations financières, qui avaient disparu de l’accord de 2019, analyse François Boulay, délégué syndical central adjoint de la CFE-CGC. Développer fortement le télétravail intéresse aussi la direction, qui y voit une source d’économies, elle a donc accepté de faire des efforts. »
Les salariés qui choisiront de télétravailler deux ou trois jours par semaine toucheront, chaque mois, 20 ou 30 euros d’indemnités pour les frais supplémentaires occasionnés. Ils bénéficieront aussi d’une somme de 200 euros pour aménager leur poste de travail – avec un principe de rétroactivité qui permet de rembourser les frais engagés depuis un an. Chez l’autre constructeur automobile français, Stellantis, l’indemnité est de 10 euros par mois quel que soit le nombre de jours de télétravail, et l’aide à l’aménagement du poste, plafonnée à 150 euros.
Couvrir les attentes diverses des salariés
Deuxième grande caractéristique : la grande souplesse d’organisation proposée par l’accord. L’objectif est d’avoir une solution pour toutes les catégories de salariés et pour toutes leurs attentes. Pour les plus engagés dans le télétravail, la direction tenait à aller au-delà d’un jour par semaine, une solution qui ne permet pas de bouleverser l’organisation du travail, et notamment de libérer des mètres carrés de bureaux.
Les salariés volontaires devront donc choisir entre deux et trois jours de télétravail par semaine, qui pourront varier selon les semaines ou les mois, en accord avec le manager direct. En plus, chaque salarié engagé dans cette voie pourra piocher dans un volant de 35 jours de télétravail « volants » par an. L’accord monde prévoyait déjà qu’une présence sur site minimale serait exigée, de 20% du temps de travail mensuel. Selon les enquêtes de la direction et des syndicats, 80% des 20 000 salariés concernés par le télétravail seraient intéressés.
Des jours volants pour un télétravail ponctuel
« Mais d’autres, 5 à 10%, n’ont pas du tout envie de télétravailler, notamment parce qu’ils ont mal vécu les confinements, habitent de petits appartements, viennent d’arriver chez Renault, note François Boulay. Pour leur laisser une chance de changer d’avis, ils disposeront d’un volant de 15 jours de télétravail par an, à leur libre disposition. » Autre cas de figure : les salariés des sites de production, dont l’activité n’est pas télétravaillable a priori. Ils pourront utiliser un volant de 35 jours de télétravail par an, ponctuellement, pour accomplir une tâche administrative, par exemple. Ces deux types de télétravailleurs occasionnels ne pourront pas bénéficier des compensations financières prévues pour les télétravailleurs réguliers.
Autant de souplesses qui vont demander une grande adaptabilité aux managers, qui suivront des formations. Si ça coince, plusieurs dispositifs de remontée des situations locales ont été imaginés. « On fait confiance à l’intelligence collective pour qu’il y ait un accord avec le manager », commente François Boulay. Les partenaires sociaux ont prévu de faire un point avec la direction mi-2022 pour éventuellement modifier quelques points de l’accord. « C’est de l’innovation, qu’on fait là ! On a peut-être pensé à tout et bien ciblé, mais on a peut-être sous-évalué ou mal vu un problème », poursuit le responsable CFE-CGC.
Des millions d'euros de coûts en moins
Avec cet accord, Renault, qui a perdu 8 milliards d’euros en 2020, recherche aussi les économies sur son immobilier, évaluées à plusieurs dizaines de millions d’euros par an avec un déploiement massif du télétravail.
Certains bâtiments du Technocentre de Guyancourt (Yvelines) vont être libérés et loués à d’autres sociétés, sans doute dès le deuxième semestre 2021. Les salariés seront appelés à passer au « flex office », progressivement, en trois ans. C'est la fin des places attitrées dans les bureaux, elles seront à réserver au jour le jour, aux côtés de salles de réunion prévues pour les jours de « présentiel » consacrés au travail collectif. Qu’il faudra bien essayer de préserver.



