Les constructeurs auto mettent la gomme sur le télétravail

Le groupe Renault vient de signer un accord mondial pour déployer et encadrer le télétravail dans tous ses sites, quand Stellantis accouche, dans la douleur, d’un accord France moins ambitieux que ce que voulait la direction au départ, et qui laisse les syndicats sur leur faim.

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Centre design de Renault, à Mumbai - Inde
Les salariés de Renault en Inde ou ailleurs dans le monde pourront bénéficier d'un télétravail accompagné de nombreux droits.

«Cet accord avec Renault est une étape importante, car il fixe des normes mondiales élevées et offre un cadre pour les négociations nationales et locales. Nous nous adresserons à d’autres entreprises à ce sujet, dans l’espoir qu’elles suivront ce bon exemple.» L’accord mondial sur le télétravail chez Renault (à consulter ci-dessous), c’est Valter Sanchez, secrétaire général de la fédération syndicale internationale IndustriALL qui en parle avec le plus d’enthousiasme. Cet accord signé le 26 avril par sa fédération, le groupe Renault et le comité de groupe Renault est le premier accord mondial sur le sujet - Solvay s’est doté d’un texte, mais il provient de la direction et n’a pas été négocié. D’autres pays et groupes vont s’en inspirer, et la barre est d’emblée placée haut.

Plus qu’un accord sur le télétravail, Luca de Meo, CEO de Renault Group, préfère évoquer un texte qui «pose les règles du jeu de la nouvelle organisation hybride du travail, (…) en recherchant le bon équilibre entre la présence physique et le travail à distance». Face à la déferlante de télétravail en 2020 sur tous ses sites dans le monde, Renault a d’abord chercher à définir un cadre valable dans tous les pays. « Et pour tous ses métiers, des bureaux aux sites industriels, en passant par les garages et la banque, précise Eric Vidal, secrétaire (CFE-CGC) du Comité de groupe Monde, parce qu’il est important, pour l’équité entre salariés Renault dans le monde, que tout le monde soit logé à la même enseigne. » Charge, ensuite, aux pays et aux sites de préciser le texte, de l’amender ou de le négocier, dans une certaine mesure: « l’accord est contraignant, il ne sera pas possible, localement, de faire moins bien », précise Eric Vidal. En France, les négociations ont démarré mi-avril, elles sont également lancées en Allemagne.

Un travail à distance depuis n'importe quel lieu

Parmi les grands principes posés par ce texte, qui est un addendum à un accord-cadre mondial signé en 2019 : le travail à distance est ouvert à tous les métiers qui utilisent les outils numériques (pas seulement aux cadres), il repose sur le volontariat et est réversible à l’initiative du salarié. Point important : il peut être exercé à son domicile « ou depuis tout autre lieu à la convenance du salarié », y compris à l’étranger. L’accord prévoit un minimum de deux jours de télétravail par semaine, et une présence minimale sur site de 20% du temps de travail mensuel (ce qui laisse la possibilité de revenir un jour par semaine, ou environ 4 jours consécutifs par mois).

Le cadre impose également à tous les pays de se préoccuper de l’équipement de leurs salariés, soit en le fournissant, soit en finançant les frais engagés. Les horaires peuvent être aménagés pour tenir compte des contraintes personnelles et familiales, et les managers devront veiller au respect du temps de travail donc au suivi des pauses… « Le rôle du management va être considérablement bouleversé, ils auront droit à des formations sur cette nouvelle façon de travailler », détaille Eric Vidal, qui assure qu’un des rôles du comité de groupe sera de suivre la mise en œuvre locale de ces grands principes. Dans un communiqué, la direction de Renault vante «

la responsabilisation et l'autonomie » sur lesquelles s'appuie cet accord.

L’accord va jusqu’à évoquer l’attention à l’ergonomie des postes de travail, notamment pour les personnes en situation de handicap, le maintien du lien syndical, le respect de la vie privée (pas d’obligation de mettre une caméra), l’accueil des nouveaux arrivants… « Notre premier accord-cadre mondial, en 2013, énonçait des principes. Le deuxième, en 2019, était concret dans ses intentions, mais énonçait des principes de fonctionnement. Cet addendum est archi concret, du jamais vu pour un accord mondial », souligne Eric Vidal.

Consulter l'accord complet sur le télétravail chez Renault

Un accord a minima chez Stellantis

En France, les négociations sur le télétravail ont démarré mi-avril. Chez l’autre constructeur français, Stellantis, l’accord est signé. En mai, le DRH avait fait sensation en souhaitant un télétravail pour tous à hauteur de 3,5 à 4 jours par semaine, ce qui avait soulevé de nombreuses oppositions des salariés.

L’accord signé en avril ne va pas aussi loin. D’une part parce que la loi française ne permet pas d’imposer le télétravail, qui doit reposer sur le volontariat. D’autre part parce que depuis l’ouverture de la négociation, il y a un an, un accord national interprofessionnel a été signé entre les organisations patronales et syndicales, et que le Medef a sans doute rappelé à la direction de Stellantis qu’il devait être respecté. « Au démarrage des négociations, les échanges entre la direction et nous étaient vifs… raconte Christine Virassamy, déléguée syndicale centrale CFDT. L’ANI [accord national interprofessionnel], conclu en novembre, a été un point d’appui pour nous, notamment pour obtenir volontariat et réversibilité. » L’accord n’impose que deux choses : un minimum d’un jour de présence par semaine en moyenne, le décompte pouvant être fait sur le mois, et un maximum de 15 jours de télétravail par mois. Ce qui ouvre la porte à trois semaines de télétravail loin de Paris, pour une semaine de présence au bureau. Comme chez Renault, le télétravail pourra se faire ailleurs qu’au domicile.

Faibles compensations financières

Les syndicats, en revanche, n’ont pas réussi à obtenir un accompagnement financier à la hauteur de ce qu’ils demandaient. Christine Virassamy explique qu’ils ont été pris en tenaille entre les salariés qui souhaitent quitter l’Ile-de-France, prêts à un maximum de jours de télétravail sans demander aucune aide financière, et ceux qui restent en Ile-de-France et veulent un minimum de compensation financière aux nouveaux coûts induits par le télétravail – alors que la direction prévoit de fortes économies sur l’immobilier, mais aussi la restauration collective, les consommations diverses.

« La direction a refusé que l’allocation soit progressive en fonction du nombre de jours de télétravail, précise la déléguée CFDT. Elle sera de 10 euros par mois, que l’on travaille à distance 1, 2 ou 3 jours par semaine. » La direction participera en partie à l’achat d’équipements de bureau (écran, clavier, fauteuil ergonomique…), à hauteur de la moitié des frais, pour un maximum de 150 euros par salarié. Soit ce qui était déjà en cours dans le groupe avant la négociation…

« C’est très insuffisant, commente Christine Virassamy, mais l’UIMM ne voulait pas que PSA soit trop généreux, pour ne pas mettre la barre trop haut pour les négociations qui auront lieu partout dans la métallurgie. Mais nous nous réservons la possibilité de contester en justice cette faible compensation financière, et de passer par la médecine du travail pour obtenir des sièges ergonomiques ou équipements nécessaires à la préservation de la santé des salariés. » Deux accords, deux ambiances…

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