Le captage solide de CO2 de la start-up canadienne Svante a le vent en poupe. Le 16 septembre, Total inaugurait en interne dans son centre de R&D de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) une unité de démonstration d'une capacité de 100 kg de CO2 par an de sa technologie en vue de l’industrialiser. Le lendemain, un communiqué annonçait que le département de l’énergie américain va financer à hauteur de 1,5 million de dollars la construction d’une unité de captage de 2 millions de tonnes de CO2 par an pour une cimenterie LafargeHolcim, à Florence, dans le Colorado, aux États-Unis, avec la même technologie. Le projet CO2ment est soutenu par Total, Kiewit Engineering Group Inc., Oxy Low Carbon Ventures et LLC (OLCV), filiale à 100% du pétrolier américain Occidental.
Ce ne sera pas la première unité industrielle pour Svante. Grâce au soutien financier du fonds de 1 milliard de dollars de l’Oil and Gaz Climate Initiative, dont Total est un des douze membres fondateurs, la start-up a déjà installé une unité pilote d’une capacité de 30 tonnes de CO2 par an à l’Ouest du Canada, dans le Saskatchewan, sur une centrale électrique combinée gaz d’Husky Energy. Mais l’installation est encombrante. La colonne de séparation du CO2 des autres gaz de fumées (Azote, soufre, oxygène…) mesure 100 mètres de haut et le dispositif occupe tout un bâtiment.
Réduire le coût et la taille de l'équipement
Avec son unité de démonstration de Lacq, Total vise à réduire la taille à 6 mètres, et le coût, afin de pouvoir l’intégrer plus facilement dans des installations industrielles existantes, centrales électriques combiné gaz, raffineries, cimenteries, usines d’engrais, unités de valorisation de déchets… Pour ce faire Total a acquis la technologie auprès de Svante en vue de la compacter. Et le Français, qui ne dévoile pas l’investissement consenti, est le premier. "Cette unité est la seule qui ne soit pas la propriété de Svante", a observé dans une vidéo diffusée le jour de l’inauguration à Lacq, le PDG de la start-up, Claude Letourneau.

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Si Total participe aussi au projet de LafargeHolcim, c’est pour apprendre comment adapter la technologie aux fumées d’une cimenterie qui contiennent de 15 à 20 % de dioxyde de carbone contre 4 % pour une centrale gaz. Le Français pourrait mettre sur le marché les premières unités vers 2025. Cela permettra de réduire le coût du captage dans les projets de stockages de CO2, dans lesquels la capture représente aujourd’hui environ 73 % du coût, contre 11 % pour la compression sous forme liquide, 3 % pour le transport, 8 % pour le stockage sous-terrain et 5 % pour le monitoring.
Décarboner les fumées industrielles
Pour capter le dioxyde de carbone (CO2) des fumées industrielles, on peut aussi utiliser la cryogénie (comme Air Liquide), des solvants liquides, des poudres ou des billes. Svante a lui choisi une autre voie avec une solution fondée sur l’utilisation d’un absorbant structuré et stratifié à base de nanotubes des carbones, mis en œuvre dans une machine rotative à adsorption, qui capture le CO2 en moins de 60 secondes.
Mais ce n’est pas la seule voie de captage de CO2 étudiée par Total. Au Pôle d’études et de recherche de Lacq (PERL) commun avec le chimiste français Arkema, ses équipes de recherche planchent aussi sur l’absorption du CO2 gazeux avec des solvants liquides, dans une usine miniature équipée d’une Rotating Pached Bed. Des équipes travaillent également sur les différents modes de stockage et d’utilisation du CO2, comme la culture des micro-algues, gourmandes en CO2, pour produire du biogaz. Total a également développé des outils de mesure de capture de CO2 dans les sols et dans les eux souterrains. Une équipe cherche aussi sur les moyens de garantir le stockage très longue durée dans les réservoirs sous-marins.
Un nouveau laboratoire pour l'EOR au Moyen-Orient
Enfin, et c’est beaucoup moins écologique, Total a également inauguré le 16 septembre au PERL un laboratoire physico-chimique dédié à l’adaptation de la technologie de récupération assistée du pétrole (EOR, enhanced oil recovery), aux conditions du Moyen-Orient, soit de forte température, de forte pression et une très forte salinité des puits. Très utilisée aux Etats-Unis, elle consiste à injecter du gaz au fond de gisements matures. Cela permet d’augmenter la pression au fond des puits, de récolter davantage de pétrole et de stocker le dioxyde de carbone de façon permanente. Total a déjà breveté un tensio-actif permettant de transformer le CO2 dans des conditions de salinité de 235 grammes par litre, en une émulsion qui permettra de mieux extraire les 30 à 40 % des huiles restantes aux fonds des puits de forage. Ce nouveau laboratoire servira à étudier le comportement du mélange dans les différentes conditions de sous-sol.



