Total croit au captage et stockage de carbone (CCS). Mais si le géant pétrolier et gazier consacre 10 % de sa R & D au sujet, ce n’est pas tant pour décarboner ses propres installations que pour s’ouvrir un nouveau marché. "Le CCS est une industrie au service d’autres industries, comme le ciment et l’acier, pour décarboner les productions localement. Total se pense légitime comme acteur de cette industrie et veut se positionner sur toute la chaîne", explique un expert du sujet chez Total.
Légitime, Total l’est notamment parce qu’il a participé aux deux premières installations de captage et stockage sous-marin norvégiennes sur du CO2 issu de la purification du gaz naturel, Sleipner et Snohvit. Total l’est aussi parce qu’il est membre du consortium Oil & Gas Climate Initiative (OGCI), qui rassemble 13 compagnies pétrolières représentant 30 % de la production d’hydrocarbure mondiale et qui dispose d’un fonds de 1 milliard de dollars pour investir dans des technologies et des start-up du CCS.
Se positionner sur toute la chaîne de valeur

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Légitime aussi parce que Total est partenaire de plusieurs projets de CCS, notamment avec ArcelorMittal à Dunkerque (DMX), mais aussi dans le port d’Anvers en Belgique, sur de la purification de gaz aux Pays-Bas (Aramis) et au Royaume Uni sur un projet de centrales électriques à gaz et hydrogène (Clean Gas Project) et un hub d’injection pour diverses industries (Zero Net Teesside).
Légitime, Total l’est enfin, car il est partenaire actif du nouveau projet CCS du gouvernement norvégien via la société publique Gasnova, Northern Lights. Il vise à développer une chaîne commerciale complète, du captage de CO2 sur des sites industriels, au transport par bateau de la côte est à la côte ouest du pays, puis par pipeline jusqu’au site de stockage sous-marin dans un aquifère salin profond situé à 3 000 mètres sous la mer du Nord.
Tester un modèle économique pour l’Europe
Cette partie est cofinancée à parts égales par Equinor, Shell et Total, qui ont confirmé le 15 mai 2020 leur décision d'investissement sur le premier permis d’exploitation en Norvège pour le stockage du CO2 sur le plateau continental norvégien. Ces investissements initiaux avoisineront 6,9 milliards de couronnes norvégiennes (environ 630 millions d'euros). Le forage du puits de stockage Eos, débuté début décembre 2019, a été achevé en mars 2020. Il sera utilisé pour l’injection et le stockage de CO?.
Les trois pétroliers s’occuperont aussi du transport par bateau. Total travaille déjà avec le constructeur du méthanier "Christophe-de-Margerie", mis à l’eau en 2017, pour construire des navires d’une capacité de 7 000 à 8 000 tonnes. Le captage du CO2, lui, est assuré par les industriels, le cimentier Heidelberg Group sur son site de Norcem à Brevik et l’usine de traitement des déchets Fortum Oslo Varme d’Oslo.
Dans cette première phase, 800 000 tonnes de CO2 seront ainsi capturées et stockées en mer. Le pipeline prévu aura une capacité de 4 à 5 millions de tonnes par an, pour transporter le CO2 d’autres industriels afin de stocker jusqu’à 100 Mt de CO2. La décision d’investissement est attendue au plus tard en 2021. Elle dépend des industriels, mais surtout du gouvernement norvégien, qui doit fixer de nouveaux mécanismes d’aides et d’incitations pour valoriser le CO2. Ce dernier a annoncé le 21 septembre investir 1,6 milliard d'euros dans le CCUS, notamment le projets Northern Light. Le modèle économique de Northern Lights pourrait alors inspirer l’Europe, qui veut notamment décarboner totalement l’acier d’ici à 2030 avec son Pacte vert, rien de moins.



