Total conteste farouchement avoir demandé à ses salariés de venir travailler deux jours par semaine au siège du groupe, quand bien même leurs tâches peuvent être accomplies en télétravail. Selon un porte-parole du groupe, la direction s’apprête à écrire à ses salariés, ce 3 novembre au soir ou mercredi 4, "pour lever cette incompréhension".
C’est une note, envoyée vendredi 30 octobre au soir par la direction, qui a mis le feu aux poudres, de nombreux salariés ayant contacté leurs représentants syndicaux. Elle rappelait que, certes, le télétravail devait être "privilégié", comme le prévoit le nouveau protocole national sur la santé des salariés en entreprise dans le cadre du deuxième confinement. Mais, "parce que certaines activités nécessitent un travail en équipe et dans le souci de préserver le lien social", la direction "recommandait" le travail présentiel "à hauteur de deux jours par semaine". Avec pour objectif d’accomplir des "tâches collectives" (réunions budgétaires, bureaux d’études…) et des "activités nécessitant l’accès à des outils, informations ou documents disponibles que sur site".
Détournement de l'esprit du protocole sanitaire
Pour Geoffroy Caillon, délégué syndical central CFDT du pétrolier, "Total s’y prend de manière tordue, maline, insidieuse, en s’engouffrant dans les failles des règles édictées par le gouvernement pour détourner l’esprit du protocole sanitaire". Le protocole, il est vrai, reste flou sur les exceptions possibles au télétravail à 100%. Et la ministre du Travail Elisabeth Borne a reconnu que certains salariés pourraient être appelés à se rendre sur leur lieu de travail quand certaines tâches le réclamaient, comme celles des bureaux d’études, ou pour accéder à des logiciels particulièrement lourds, deux exemples cités par Total dans sa première note.
Plusieurs comités sociaux et économiques (CSE) extraordinaires se sont tenus chez Total depuis cette note du vendredi 30 octobre. "La direction a reconnu des maladresses et va revoir sa copie dans une nouvelle communication aux salariés" indique Geoffroy Caillon. La pression syndicale et médiatique, voire gouvernementale, alors que le gouvernement répète partout que le télétravail à 100 % doit être la règle, semble avoir fait reculer Total, même si le groupe dément changer son fusil d’épaule.
Des "exceptions" au télétravail si nécessaire
"Total est un groupe sérieux, respectueux des consignes gouvernementales et de la santé de ses salariés, en aucun cas il n’a voulu obliger ses salariés à venir deux jours par semaine au bureau, et il n'attend pas d'eux qu'ils viennent deux jours, indique le porte-parole. Total privilégie le télétravail cinq jours sur cinq pour tous les salariés qui peuvent le faire. Mais il y aura des exceptions, dans la limite de deux jours, c’est ce que voulait dire la note de vendredi."
Exemples d’exceptions : un ingénieur qui a besoin d’accéder à un logiciel technique, une réunion budgétaire qui nécessite de travailler sur des documents communs complexes, ou d’imprimer sur papier, des réunions stratégiques, sur des questions sensibles, pour des raisons de sécurité informatique.
Statut juridique flou du protocole
Selon la direction, suite au message du 30 octobre, seuls 15 à 20% des salariés se sont déplacés lundi 2 novembre sur les sites parisiens du groupe, preuve que son message était clair. Le délégué CFDT affirme que d’autres obstacles au télétravail cinq jours sur cinq avaient été prévus par la direction, comme des autorisations administratives à obtenir, une pression exercée sur les managers pour qu’ils poussent leurs équipes à revenir et fassent "la liste des bons et des mauvais élèves".
Sur les réseaux sociaux, de nombreux salariés, d'entreprises de conseil ou de banques, racontent être obligés de venir travailler quelques jours par semaine. Le statut juridique flou du protocole, qui ne rend pas le télétravail obligatoire contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, ne facilite pas l’établissement d’une règle claire.



