Les trappes à bas salaires ne sont pas forcément là où on les attend. La concentration des allègements de cotisations patronales sur les salaires proches du Smic est régulièrement accusée de freiner les augmentations de ces bas salaires. Une étude de la Drees montre d’ailleurs que pour qu’un salarié au Smic perçoive 100 euros de revenu net supplémentaire, un employeur doit débourser 483 euros. Deux économistes, Etienne Wasmer et Antoine Bozio ont été missionnés par le gouvernement pour étudier les moyens de «désmicardiser» la France. Une présentation à mi-parcours de leur diagnostic, en avril, met en avant que la part des salaires compris entre 1 et 1,6 Smic, ceux concernés par les allègements de cotisation, n’a cessé d’augmenter depuis les années 90.
L’institut Rexocode a interrogé les principaux intéressés, les employeurs, pour savoir pourquoi ils n'augmentaient pas les salaires. Près de 350 entreprises adhérentes du Medef, de la CPME et de l’U2P ont répondu à l’étude, publiée le 19 juin.
Elle nuance l’importance des pertes d’allègements de cotisations : «Les dispositifs socio-fiscaux renforcent, davantage qu’ils ne créent, les freins (…)», conclut l’étude.
Caractéristiques sectorielles
Parmi les entreprises qui estiment rencontrer des freins à l’augmentation des salaires proches du Smic, 67% citent comme principale raison leurs contraintes financières et économiques (marges et trésorerie), 67% la difficulté à répercuter le coût de telles augmentations sur leurs prix, et 43% seulement, la hausse du coût du travail due à la diminution des allègements de cotisations. Attention : ces pourcentages ne correspondent pas à un nombre d’entreprises, mais à leur poids en nombre de salariés.
Autrement dit, analyse l’étude, ce sont les caractéristiques sectorielles et la qualité des relations avec les clients ou donneurs d’ordre qui influent le plus sur la possibilité d’augmenter les salaires les plus bas. Les entreprises à forte intensité de main d’œuvre peu qualifiée, celles exposées à une concurrence internationale soutenue ou à des prix administrés, celles aux marges les plus faibles, sont celles où il est le plus difficile de revaloriser les salaires proches du Smic.
Choix contraints des salariés
Les entreprises qui citent le plus souvent la hausse des cotisations comme un frein à une augmentation des bas salaires se retrouvent avant tout dans les services (à 57%) et le commerce (à 27%), l’industrie arrivant en troisième place (à 12%). Elles emploient une proportion plus fréquente de femmes, ont souvent moins de 250 salariés, recourent plus fréquemment au temps partiel (mais moins aux CDD et à l’intérim).
L’étude souligne par ailleurs que «les choix, contraints, des salariés peuvent aussi contribuer à les maintenir sur des trajectoires salariales peu dynamiques». Elle relève le «plafond de verre» des 20 heures de travail, mis en avant par les acteurs de la propreté : au-delà de cette durée du travail, le salarié perd sa prime d’activité. Et cite l’organisation du travail comme un frein à promotion, notamment quand les horaires de travail ou la durée des temps de transport sont modifiés et entraînent des frais de garde d’enfant. Le gain financier d’une formation ou d’une prise de responsabilité peut vite être annulé par d'autres dépenses.
Et bien sûr, ce sont les femmes, pour des raisons liées à leurs contraintes familiales, qui renoncent le plus souvent aux changements qui pourraient faire évoluer leur salaire.



