La France comptait, au 1er janvier 2023, 3,1 millions de salariés du privé payés au Smic. Un an plus tôt, ils n’étaient que 2,5 millions. En quelques années, la part de salariés touchant le salaire minimum est passée de 9,2% en 2010 à 14,5% en 2022, pour atteindre 17,3% (2023). Soit un point de plus que le précédent record, qui date de 2005 (16,3%).
Ce chiffre fourni par le ministère du Travail apparaît dans le dernier rapport du groupe d’experts sur le Smic, publié comme chaque année fin novembre. Comme tous les ans, ces experts déconseillent tout coup de pouce gouvernemental au Smic, qui aggraverait, selon eux la pauvreté. Suivant leurs calculs, le Smic devrait connaître une revalorisation automatique, prévue par la loi, de 1,7% au 1er janvier 2024, en raison de l’inflation. Ce qui entraînera de facto une nouvelle hausse du nombre de salariés au Smic...
Sept revalorisations du Smic en trois ans
Car ce sont les revalorisations successives du salaire minimum, sept en trois ans, qui ont provoqué cette hausse inédite de la part de salariés au Smic. Depuis le 1er janvier 2021, le Smic a augmenté de 13,5%... Ceux qui touchaient un peu plus que le salaire minimum, s’ils n’ont pas été augmentés par leur employeur, ont vu leur salaire rattrapé, et touchent désormais le salaire minimum. Les smicards d’hier ont donc vu leur pouvoir d’achat maintenu, quand les salariés percevant hier à peine plus d'un Smic, ont vu le leur diminuer. Car "la progression du Smic est plus élevée que celle du salaire moyen dans la mesure où les revalorisations du salaire minimum ne se diffusent que très progressivement vers les salaires plus élevés, via les mécanismes de négociation collective de branche et d'entreprise", notent les experts. Ce phénomène de «tassement» est révélateur de la part élevée de Français percevant des bas salaires. Les exonérations sociales attachées aux bas salaires dissuadent les employeurs de les augmenter, répète chaque année le groupe d’experts.
39 branches ont des minima salariaux inférieurs au Smic
Ce problème de tassement des salaires est particulièrement visible dans les grilles salariales de branche. Le 30 novembre, le gouvernement a rappelé à l'ordre les 39 branches professionnelles qui n’avaient toujours pas adapté leurs minima salariaux aux différentes hausses du Smic. Une dizaine d'entre elles n'ont pas revalorisé leurs grilles depuis plus de 18 mois et seront convoquées par le ministère du Travail. S’il n’est pas possible de payer moins que le Smic, dans certaines branches, ce sont les trois ou quatre échelons de salaires les plus bas qui se retrouvent au Smic. Pas simple, dans les entreprises, pour des salariés expérimentés, de toucher le même salaire que les débutants...
C’est dans les services que la part de salariés au Smic a le plus fortement progressé (+3 points), pour atteindre 19,9%. Dans l’industrie, 8,4% des salariés sont payés au Smic (+1,5 point). Les femmes sont sur-représentées parmi les salariés au Smic: elles y pèsent 57,3% (+2 points), alors qu'elles représentent un peu moins de la moitié des salariés du privé.
La hausse automatique du 1er janvier ne sera confirmée par le gouvernement qu’à la mi-décembre. Si elle correspond au 1,7% calculé par le groupe d’experts, qui appelle à la prudence en raison des fortes fluctuations de l'inflation, le salaire minimum mensuel passera de 1383 euros nets à 1406 euros nets (soit 11,27 euros brut de l’heure).



