« Le sujet est en train de monter », note Benoît Serre, vice-président délégué de l’Association nationale des DRH (ANDRH). 46% des directeurs de ressources humaines interrogés par l’association en septembre et octobre envisagent une « évolution de leur politique de rémunération ». Fin 2020, ils n’étaient que 38%, ce qui avait déjà surpris l’ANDRH, alors que quelques mois plus tôt, les perspectives d’augmentations salariales étaient au plus bas…
Mais attention : tout le monde ne bénéficiera pas de hausses de rémunération. « La tendance, en France, reste aux augmentations individuelles, liées à la performance individuelle », poursuit Benoît Serre. L’enquête de l’ANDRH le montre : les DRH envisagent d’augmenter les primes sur objectif, de refondre les accords d’intéressement, d’augmenter les salaires des métiers pénuriques et les plus basses rémunérations.
Double pression sur les entreprises
« Les entreprises, qui vont entrer dans les négociations annuelles obligatoires (NAO) sont sous la pression, à la fois des partenaires sociaux, qui invoquent les hausses des coûts de l’énergie, le retour de l’inflation et l’augmentation du Smic, et du gouvernement, qui leur demande de revaloriser les bas salaires, remarque le représentant des DRH. Mais toutes les entreprises ne sortent pas en grande forme de la crise. Il n’est pas question que des logiques irresponsables détruisent à moyen terme les emplois qui ont été sauvés pendant la crise. »
Difficile équilibre à trouver entre les impératifs économiques de l’entreprise et son attractivité, sur fond de pénuries de main-d’œuvre. « Certains métiers pénuriques verront leurs salaires augmenter, mais ils ne sont pas si nombreux que ça », tempère Benoît Serre.
Intéressement et télétravail
Pour améliorer le pouvoir d’achat des salariés, l’ANDRH plaide pour l’utilisation d’autres outils du partage de la valeur, « une thématique qui monte ». Et réclame notamment au gouvernement une réforme du statut fiscal de l’intéressement. « Actuellement, l’argent de l’intéressement est bloqué cinq ans, ce qui n’améliore pas immédiatement le pouvoir d’achat », note Benoît Serre. A 74%, les DRH attendent également du gouvernement une nouvelle réforme de la formation professionnelle, dont ils trouvent la mise en oeuvre trop compliquée, ou trop hétérogène selon les régions.
Parmi les facteurs d’attractivité des postes, le télétravail occupe désormais une place au moins aussi importante que le salaire. Important quand 80% des DRH déclarent rencontrer des difficultés de recrutements. Tous notent la présence croissante de questions sur le télétravail lors des entretiens d’embauche… Mais 15% des entreprises signalent des difficultés à appliquer les nouvelles règles du télétravail, soit parce que leurs salariés refusent de revenir sur site, soit parce qu’ils veulent plus de jours de télétravail.
Quête de sens et démissions
L’ANDRH défend l’idée de deux jours de télétravail maximum, pour sauvegarder le collectif et préserver la santé des collaborateurs, moins bien surveillée quand ils sont à domicile. Les DRH aimeraient aussi y voir plus clair sur l’application de certaines dispositions du code du travail à la pratique du télétravail : comment décompter le temps de travail ? Extension de la responsabilité de l’employeur en cas d’accident du travail ? Jusqu’où prendre en charge les frais de transports ?
« Nous assistons par ailleurs à une augmentation des démissions, abandons de postes, délocalisations en province, demandes de formations, reconversions, sans que l’on puisse les chiffrer, note enfin Audrey Richard, présidente de l’ANDRH. Les salariés viennent nous voir pour qu’on puisse les accompagner dans leur quête de sens… »



