La hausse du coût de l’électricité et du gaz met les Français en effervescence sur l’avenir de leur pouvoir d’achat. C’est aussi un sujet de préoccupation majeure, chez les jeunes de 18 à 29 ans, qui citent le pouvoir d’achat comme le premier enjeu de la présidentielle devant la protection de l’environnement, selon un sondage Ipsos du 4 octobre.
Les candidats orchestrent leur vision et leurs mesures tandis que le Président en exercice s’attache à vendre un bilan que l’Insee a évalué de manière plutôt positive. Les propositions se structurent autour de grandes mesures certaines classiques, d’autres un peu plus innovantes. Nous les avons regroupées en six grandes familles.
1. Augmenter le Smic
C’est le réflexe classique, surtout à gauche. Jean-Luc Mélenchon comme le candidat du PCF, Fabien Roussel, veulent l’augmenter. Jean-Luc Mélenchon propose un Smic net à 1 400 euros. Fabien Rousselle, comme Philippe Poutou (NPA), à 1 800 euros brut, contre 1 589 euros actuellement, ce qui constitue une hausse de 13,3%. Arnaud Montebourg est un peu plus modeste avançant une hausse « d’au moins 10% ». Par un effet mécanique, une forte revalorisation du Smic pousse vers le haut les grilles salariales. Mais peut aussi enfermer une partie de la population dans le Smic.
2. Revaloriser les autres salaires
En la matière, il faut faire une distinction entre les salaires qui relèvent du privé et ceux qui dépendent de l’Etat. Jean-Luc Mélenchon s'engage à revaloriser le traitement des fonctionnaires (et les minima sociaux). Anne Hidalgo est entrée en campagne avec une mesure très ciblée sur les enseignants, avec un doublement de leur traitement sur le quinquennat. A droite, Michel Barnier accorde aussi une attention toute particulière à cette catégorie dont il veut « aligner le traitement sur le niveau observé dans les autres grands pays ». Comment ? « En redéployant les ressources accaparées par les fonctions support et l’administration », assure-t-il.
Concernant le secteur privé, c’est le retour des Grenelle, et autres conférences sociales. Arnaud Montebourg en propose une pour négocier des hausses différenciées en fonction des branches. Anne Hidalgo réfléchit plutôt en termes de métier pour revaloriser d’au moins 15% les « invisibles » qui étaient au front pendant la pandémie, comme les soignants ou les caissières. Ces dernières n'ont effectivement pas bénéficié des augmentations obtenues par les soignants après le Ségur de la santé. Xavier Bertrand, à droite, promet aussi « une grande conférence sociale pour traiter des salaires et de leur progression ».
3. Baisser les cotisations sociales
C’est la stratégie de Valérie Pécresse : pas d’augmentation des salaires bruts, mais une hausse de 10% du net par une baisse des cotisations sociales sur tous les salaires jusqu’à 2,5 Smic. Les modalités en serait discutées au cours "d'une grande conférence salariale". Cette proposition de jouer sur les charges irrite tout particulièrement le secrétaire de la CGT, Philippe Martinez, qui y voit un nouveau coup de boutoir sur les ressources de la sécurité sociale. Valérie Pécresse le sait, et entend bien financer cette mesure par des économies sur les dépenses de protection sociale, avec entre autres, l’instauration d’une retraite à 65 ans.
Nicolas Dupont-Aignan veut, lui, augmenter tous les salaires nets de 8%, en diminuant les charges sociales de 30% sur le quinquennat. Le leader de "Debout la France" entend trouver les ressources en récupérant 40 milliards d'euros sur la fraude sociale en France et la fraude fiscale internationale.
4. Verser un complément de revenu aux salariés
C’est une idée plutôt nouvelle qui a émergé chez Xavier Bertrand : le versement aux salariés, qui gagnent moins de 2 000 euros nets, d’une « prime au travail » pour qu’aucun ne touche moins de 1 500 euros nets par mois. Cette prime concernerait la moitié des salariés français selon lui, et remplacerait la prime d’activité. Il a pris pour exemple, lors d’une intervention en Seine-Saint-Denis le 30 septembre dernier, le cas d’un salarié gagnant 1 600 euros nets, qui obtiendrait ainsi 1 800 euros de plus sur l’année. Soit « l’équivalent d’un treizième mois », assure le candidat.
La prime serait versée chaque mois par l’entreprise, qui serait, elle, remboursée par l’Etat. L’actuelle prime d’activité complète aussi le revenu des chômeurs. Il faut sans doute comprendre qu’avec la « prime de travail » de Xavier Bertrand, ces derniers ne bénéficieraient plus d’aides. Coût de la mesure : 5 milliards d'euros.
5. Retourner aux salariés une partie des bénéfices des entreprises
Au-delà du salaire, Xavier Bertrand souhaite que les salariés récupèrent plus largement les résultats financiers de leur entreprise. Avec une prime défiscalisée pour toutes les entreprises de moins de 11 salariés, un partage des bénéfices obligatoire dès qu’elles atteignent cet effectif, une formule de participation plus avantageuse que la formule existante pour les entreprises de plus de 50 salariés. Le projet a été conçu par un ancien vice-président du Medef, Thibault Lanxade, et porte le nom de « dividende salarié ».
6. Réduire les dépenses des Français
Soit on augmente les revenus, soit on baisse les dépenses. C’est le choix que font, en totalité ou en partie, certains candidats. Marine Le Pen est ainsi pour l’instant étrangement muette sur la question des salaires. Elle ne veut pas charger la barque des entreprises et promeut la nationalisation des concessions autoroutières et la privatisation de l’audiovisuel public pour promettre des économies sur la mobilité et le divertissement (« 2,8 milliards rendus aux Français avec la suppression de la redevance »). Elle propose aussi depuis la flambée des prix de l’énergie, d’abaisser à 5,5% la TVA sur l’essence, le gaz et l’électricité.
Yannick Jadot, le candidat d’EELV, mise lui sur la rénovation des bâtiments pour abaisser les frais de chauffage des Français. Tout son programme écologique pourrait selon lui « correspondre à l’équivalent d’un treizième mois ». Une jauge décidément plébiscitée par de nombreux candidats. La France insoumise a une pensée aussi pour les classes moyennes et souhaite baisser leurs impôts en reportant la charge sur les plus riches.
Plus original, mais un peu plus confidentiel, Arnaud Montebourg propose d’attribuer un million de logements vacants dans les campagnes à des Français souhaitant accéder à la propriété, en échange de leur rénovation. L’Etat rachèterait ces logements dans une stratégie à la fois sociale et d’aménagement du territoire. Une sacrée économie… Pour des bricoleurs.



