Pourquoi l'agroalimentaire tarde à ouvrir les discussions sur des hausses de salaires

Un mois après que Jean Castex a demandé l'ouverture de négociations de branche, portant notamment sur la revalorisation des salaires, l'agroalimentaire est toujours à la traine. Dans un contexte marqué par la guerre des prix et la hausse des cours des matières premières, les discussions ne sont toujours pas ouvertes.

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 Usine vendéenne de Fleury Michon à Mouilleron
L'agroalimentaire souffre d'un déficit d'attractivité, en partie à cause de salaires trop bas.

Début septembre 2021, l'agroalimentaire était l'une des branches montrées du doigt par le Premier ministre Jean Castex. Ce dernier demandait alors aux partenaires sociaux d'ouvrir des négociations de branches pour une revalorisation des salaires. L'objectif : saluer l'implication des 450 000 salariés du secteur qui ont constitué les travailleurs de la deuxième ligne pendant le pic de l'épidémie de Covid-19, mais également lutter contre la pénurie de main d'oeuvre qui touche fortement le secteur. Selon les chiffres de l'association nationale des industries agroalimentaire (Ania), le secteur a besoin de 30 000 personnes supplémentaires, «un chiffre qui a été multiplié par trois en sept ans», observe Laurent Marembaud, vice président de l'Ania en charge des affaires sociales.

Des négociations toujours au point mort

Un mois après la demande de Jean Castex, les partenaires sociaux se montrent pourtant toujours timides à avancer sur le sujet. «Nous avons sollicité les 34 branches de l'agroalimentaire, notamment celles dont les minimas sociaux se situent sous le salaire minimum, mais n'avons, à ce jour, aucune date pour l'ouverture de négociations», déplore Véronique Dournel, secrétaire de la fédération agroalimentaire de la CFDT.

A l'image de la branche des industries agroalimentaires diverses (IAD) dont le minima salarial est à 1544 euros mensuel (pour un Smic à 1589 euros) un certain nombre de branches proposent des minima sous le Smic. «Certes les entreprises sont dans l'obligation de payer leurs salariés au Smic mais avec des minimas salariaux sous le minimum légal, nous observons un écrasement des salaires et un frein dans les possibilités d'évolution», détaille Véronique Dournel.

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Un secteur qui manque d'attractivité

Un phénomène qui détériore encore l'image d'un secteur déjà jugé peu attractif par les candidats à l'emploi. Entre les conditions de travail difficiles dans des milieux souvent humides ou chauds, des rythmes de travail aléatoires et des salaires à la traine, l'industrie «souffre d'un manque d'attractivité», reconnait Laurent Marembaud pour qui la négociation salariale devient incontournable. «Notre secteur va devoir se lancer sur le sujet parce qu'il en va de la reprise économique», ajoute le responsable. En poste chez Savencia, Laurent Marembaud cite l'exemple de Valrhona, l'une des marques de son groupe dont la reprise est remise en cause par le manque de bras. Reste qu'avec une marge qui s'est détériorée de 10 points en 10 ans, les industriels du secteur demeurent très prudents. «Entre les hausses des coûts de l'énergie et celles des matières premières, la question de la rentabilité des entreprises agroalimentaire est sous tension. Pour passer les hausses de salaires, il va falloir que la grande distribution prenne sa part de responsabilité», ajoute l'Ania.

La rentrée de septembre, marquée par les discours sur le pouvoir d'achat, ne semble pas propice à l'évocation de ce sujet. «Le secteur agroalimentaire a toujours été en retard en matière salariale et nous ne sentons pas une volonté de faire avancer cette question», regrette Véronique Dournel.

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