« La pénurie de main d’œuvre est un sujet très tendu en ce moment dans les PME, nous aimerions réfléchir avec le Premier ministre à ce qui peut être fait rapidement pour la formation professionnelle, indique à l'Usine Nouvelle François Asselin, président de la CPME. La réforme de 2018 n’a pas produit tous ses effets, il faut s’inspirer de ce qui a été fait pour l’apprentissage et mettre l’entreprise et les branches au cœur des dispositifs. C’est ça qui marche ! »
Comme il le fait régulièrement depuis qu’il est arrivé à Matignon, Jean Castex reçoit à partir de l'après-midi du 1er septembre et pour trois jours, en tête-à-tête, les représentants de toutes les organisations syndicales et professionnelles, au-delà des huit représentatives. « Il veut être dans une posture d’écoute et de retour du terrain », indique-t-on à Matignon. Où l’on précise qu’il ne devrait pas y avoir d’annonces à l’issue de ce round de rencontres bilatérales.
Remédier rapidement aux difficultés de recrutement
Face aux tensions sur les recrutements, sur lesquelles le Premier ministre « a un retour massif », Matignon évoque un « plan global » avec plusieurs pistes : utiliser le plan d’investissement dans les compétences (PIC) pour aller plus loin dans la formation des demandeurs d’emploi et notamment des chômeurs de longue durée ; améliorer les transitions professionnelles collectives des salariés des secteurs sinistrés vers les secteurs en tension ; investir dans les compétences nécessaires aux filières d’avenir que définira le futur plan d’investissement de 30 milliards d’euros.
Du côté du Medef, on aimerait « que Transco passe à la vitesse supérieure ». Ce dispositif permet la reconversion de plusieurs dizaines de salariés d’une entreprise vers des métiers qui recrutent, dans d’autres entreprises d’un même bassin d’emploi. Un bel objet d’innovation sociale, mais lourd, complexe et encore très peu utilisé par les entreprises. Et inaccessible aux PME.
La CPME préfère le dispositif de la préparation opérationnelle à l’emploi (POE), proposé par Pôle emploi, qui permet de former un demandeur d’emploi à un métier, un poste dont a besoin une entreprise identifiée. « Les POE marchent très bien parce qu’elles collent aux besoins des entreprises, il faut les démultiplier », argumente François Asselin. La CPME continue de regretter l’arrêt de la mutualisation du financement de la formation dans les entreprises de 50 à 300 salariés, où « la formation a brutalement été arrêtée depuis la réforme».
Encourager les augmentations de salaires
De leur côté, les organisations syndicales soulignent que si les conditions de travail étaient améliorées et les salaires revalorisés, les entreprises auraient moins de mal à recruter… La CGT, Force ouvrière et d’autres syndicats ont appelé à une journée de grèves et de mobilisation, le 5 octobre, notamment pour revendiquer des hausses de salaires. Même le ministre de l’Economie a demandé aux employeurs de faire un effort sur les rémunérations.
« Sur les métiers en tensions, les salaires ont augmenté, souligne François Asselin. Sinon vous perdez vos compétences… Pour les autres, à part une intervention sur le SMIC, l’Etat ne peut rien faire. Ce sont encore les entreprises et les branches qui décident de leur politique salariale… » Ce dernier devrait toutefois proposer de supprimer les cotisations patronales sur les heures supplémentaires. Matignon met en avant le démarrage de négociations salariales dans certaines branches (propreté, sécurité, déchets...) et la prime PEPA , dite "prime Macron", relancée pour les travailleurs de la deuxième ligne.
Finaliser les futures filières du plan d'investissement
Deuxième gros sujet pour le Premier ministre et les partenaires sociaux : le futur plan d’investissement, qui doit succéder au plan de relance. Attendue dans un premier temps pour mi-septembre, sa présentation a été repoussée à octobre. « Le plan n’est pas encore ficelé, tout est encore ouvert, indique Matignon. Des discussions ont eu lieu avec les grandes filières et des économistes, mais le Premier ministre souhaite entendre les propositions des partenaires sociaux sur les nouvelles filières industrielles, les technologies de rupture… »
Dans son discours d’ouverture de la rencontre des entrepreneurs de France (REF), fin août, Geoffroy Roux de Bézieux a nommé les secteurs qu’il souhaite voir soutenus : calcul quantique, batteries, hydrogène, 6G… « Des secteurs dans lesquels les entreprises ne peuvent pas partir seules, faute de retour sur investissement », note-t-on au Medef. « Nous veillerons à ce que les PME ne soient pas oubliées des dispositifs, prévient François Asselin, qu’elles puissent remplir les dossiers administratifs sans être obligées de payer des cabinets… Il faut que cela aille plus loin qu’une simple capillarité qui n’est pas toujours au rendez-vous. »
Retraites, assurance chômage, jeunesse...
Les sujets qui fâchent ne seront pas oubliés et Matignon s’attend à des échanges parfois « sportifs ». Le flou demeure sur les retraites. Début juillet, le président de la République a demandé au Premier ministre d’organiser une « concertation ». Il va donc écouter les points de vue des organisations syndicales et patronales, mais elles sont connues depuis longtemps: une grande réforme n’est pas possible, reste la possibilité d’allonger la durée de cotisation nécessaire à un départ à la retraite à taux plein ou de relever l’âge légal. Des réformes « paramétriques » qui mettraient le feu aux poudres quelques mois avant la présidentielle. « Mais la priorité reste la sortie de crise sanitaire et la consolidation de la situation économique », argumente Matignon.
Autre sujet qui fâche : la réforme de l’assurance chômage. Sa mise en œuvre a été repoussée, le Conseil d’Etat ayant estimé que l’état de l’économie ne le permettait pas. Or celui-ci s’améliore. Le ministère du Travail prépare un nouveau décret pour que la réforme, contestée par l’ensemble des syndicats, entre en application le 1er octobre. CGT et FO ont déjà fait savoir qu’elles attaqueraient à nouveau ce décret…
Le Premier ministre écoutera aussi les attentes des partenaires sociaux sur le futur « revenu d’engagement » pour les jeunes. Pour préserver les fonds publics, le gouvernement ne veut pas en faire une allocation, mais un dispositif d’accompagnement, pour aider les jeunes qui ne trouvent pas d'emploi. « Ceux qui ont des difficultés financières pourront être accompagnés », précise Matignon. Autrement dit, pas tous… Voilà au moins une réforme positive et consensuelle pour la fin du quinquennat.



