Les partis et alliances politiques n’ont pas eu le temps de peaufiner leur programme sur les questions sociales, le droit du travail, la formation, le temps de travail, l'emploi des seniors… En plus des mesures en faveur du pouvoir d’achat, présentées comme prioritaires, Rassemblement national (RN) et Nouveau Front populaire (NFP) commenceraient par annuler deux réformes récentes. Le RN veut appliquer rapidement une «préférence nationale», notamment à l'emploi. Renaissance et Les Républicains ne proposent pas vraiment de nouvelles transformations, quand la gauche ressort plusieurs de ses propositions sur le travail.
Une retraite à 60 ou 62 ans
La réforme des retraites, point d’orgue des mécontentements de 2023 contre la politique d’Emmanuel Macron, s’invite dans les programmes de ses deux principaux opposants. Entrée en vigueur en septembre 2023, elle repousse progressivement l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, et accélère la nécessité d’avoir cotisé 43 ans, prévue par la loi Touraine de 2014.
Reçu par les organisations patronales, Jordan Bardella (RN) a rappelé que la priorité de son parti était de faciliter le départ précoce des carrières longues. Il compte instaurer très rapidement, dès cet été, une retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans et cumulé 40 annuités. Pour les autres, il abaisserait l'âge légal, qui s'échelonnerait alors de 60 à 62 ans (au lieu de 64 ans), selon les situations, avec 42 annuités (au lieu de 43 avec la réforme actuelle). Mais il attendra les résultats d’un audit financier des comptes publics pour décider du calendrier de cette mesure. Eric Ciotti, pourtant partisan d’un départ à la retraite à 65 ans (63 ans pour les carrières longues), accepte ce point du programme de son allié, «par souci de compromis», soutiennent les responsables du RN.
Du côté du Nouveau Front populaire, c'est simple : l'une des premières mesures de l’alliance de gauche, si elle gagne, sera d'abroger les décrets d’application de la réforme de 2023. On reviendrait dans un premier temps à un âge légal de départ à 62 ans. Ensuite, c’est plus flou. L’objectif est d’aller vers 60 ans, mais une conférence sociale y réfléchira et fera des propositions. Cette deuxième réforme n’interviendra pas sous cette législature, mais après 2027.
L’alliance de gauche prévoit par ailleurs une indexation des pensions de retraite sur les salaires, et non sur l’inflation, comme la loi le prévoit actuellement. Une règle que le gouvernement songeait à supprimer, mais Emmanuel Macron a indiqué lors de sa conférence de presse du 12 juin qu’il n’y toucherait pas. Renaissance prévoit par ailleurs une mutuelle à 1 euro pour les petites retraites. Le leader d’Horizons, Edouard Philippe, a déjà indiqué qu’il faudrait repousser encore l’âge de départ.
Abrogation de la réforme de l’Assurance chômage
Alors que le décret durcissant les règles de l’Assurance chômage doit être publié avant le 1er juillet – sauf si le gouvernement décidait au dernier moment de se contenter d’une prolongation des règles actuelles – Rassemblement national et Nouveau Front populaire veulent tous les deux abroger cette réforme à venir. Elle doit s’appliquer à partir du 1er décembre, ce qui laisse le temps de publier un nouveau décret la supprimant. Le NFP va plus loin, puisqu’il souhaite abroger toutes les réformes de l’Assurance chômage depuis celle de 2018, qui a autorisé le gouvernement à s’emparer de sa gestion à la place des partenaires sociaux. Celles de 2019 et 2022 avaient déjà durci les règles ouvrant droit à indemnisation et la durée de cette dernière.
La «préférence nationale» appliquée à l'emploi
Le RN, et avant lui le Front national, veulent depuis 40 ans instaurer une «préférence nationale», au cœur de toutes les composantes de leur programme, en réservant aux Français toute une série de prestations sociales (aide médicale d’Etat, accès au logement social…). Les aides sociales «non contributives», comme le RSA, ne pourraient être perçues qu’après cinq années de travail en France, une mesure également proposée par Les Républicains. Le parti d'extrême droite prévoit d'instaurer cette «préférence nationale» dès les premiers mois de son accession au pouvoir s’il remporte les législatives, quitte à entrer en conflit frontal avec le Conseil constitutionnel.
Parmi les éléments de cette préférence nationale : l’emploi. Certains emplois considérés comme «sensibles» ou «stratégiques» de la fonction publique seront interdits aux Français binationaux, un point qui avait fait l'objet d'une proposition de loi de Marine Le Pen en janvier. Face au tonnerre de protestations, le RN a indiqué ne viser qu'une liste très limitée de postes, et exclure de cette interdiction les binationaux dont la deuxième nationalité est celle d'un pays de l'Union européenne.
Pour les emplois du privé, le RN indique depuis toujours que le recours à l’immigration ne sera possible que quand un employeur aura fait la preuve qu’il n’a pas pu embaucher un Français. C’est déjà le cas : tous les employeurs connaissent les difficultés rencontrées lors du recrutement d'un salarié étranger. Le RN refuse également toute régularisation par le travail. Il va plus loin que par le passé, puisque Jordan Bardella a annoncé vouloir expulser tout étranger qui ne travaillerait pas depuis six mois, quand jusqu'ici il proposait de le faire pour ceux sans emploi depuis un an. Par le passé, le RN a également voulu interdire aux salariés étrangers de se présenter aux élections professionnelles. Il annonce un renforcement des sanctions contre les employeurs de travailleurs en situation illégale.
Quasiment rien sur le travail...
Le travail a du mal à se faire une place dans les débats. Seul le Nouveau Front populaire, reprenant ses revendications anciennes, en parle dans son programme écrit. Mais peu dans ses interventions médiatiques. Il propose un retour à une durée effective du travail à 35 heures. En pratique : revenir sur une réforme récente qui permet aux employeurs de payer les jours de RTT et remonte le plafond de défiscalisation des heures supplémentaires. Le NFP veut par ailleurs instaurer un temps de travail de 32 heures pour les métiers pénibles. Les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) seront rétablis, afin de mettre en œuvre un plan «zéro mort au travail». Le burn out serait reconnu maladie professionnelle. L'alliance de gauche promet une politique en faveur de l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, et la création d’un congé menstruel.
Renaissance propose d’expérimenter la semaine «en 4 jours», qui fait déjà l’objet de quelques expériences dans le public. Dans les entreprises, pas besoin de loi, certaines l’expérimentent déjà. Le parti présidentiel réfléchit à un congé de naissance. Présenté en janvier, il serait plus court que le congé parental actuel, mais mieux rémunéré. Gabriel Attal, présentant le programme de son parti, a rappeler qu'il souhaitait mettre en place un plan de lutte contre les accidents du travail et autoriser la semaine de travail "alternée" pour les parents divorcés (qui travailleraient moins d'heures les semaines avec enfants, plus les semaines sans).
Le RN reporte toutes ses décisions sur le sujet à une conférence sociale «sur les salaires et les conditions de travail» annoncée pour juillet.
... ni sur la formation
Côté formation, Bruno Le Maire, pour Renaissance, a plaidé devant le patronat pour un recentrage des aides aux entreprises pour l’embauche d’un apprenti sur les formations à un moindre niveau de diplôme, en s’interrogeant sur leur pertinence pour des jeunes «au-delà de bac +5 ou 6 par exemple». Le Nouveau Front populaire promet de maintenir les aides à l’apprentissage. Les Républicains proposent de placer l’enseignement professionnel sous la tutelle des régions.
Retrouvez ici l'ensemble des articles consacrés aux élections législatives



