Qui est contre le retour de l’industrie ? À chaque campagne, le sujet fait partie des thèmes consensuels déroulés par tous les grands blocs politiques. La campagne éclair pour les élections législatives du 30 juin et 7 juillet n’y fait pas exception. Le Nouveau Front populaire appelle à un «réarmement industriel», le Rassemblement national a longtemps prospéré dans les territoires les plus désindustrialisés. Présenté par Gabriel Attal le 20 juin, le programme de Renaissance promet de son côté la création de 400 usines supplémentaires et 200000 emplois industriels «d’ici à 2027» en «restant le pays le plus attractif d’Europe pour les investissements ». Une accélération ambitieuse, sur trois ans, alors que Bercy décompte 500 nouvelles usines depuis 2016.
Les impôts de production à l'agenda
Comment accélérer l’implantation d’usines sur le territoire ? Les mesures en faveur de la compétitivité restent limitées dans les programmes. Le Nouveau Front populaire est le seul à ne pas cibler une baisse des impôts de production. À l'inverse, les organisations patronales ont fait de la réduction de ces taxes considérées plus pénalisantes pour l’industrie une priorité. Devant le patronat le 20 juin, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a confirmé la suppression progressive d'ici à 2027 des 4 milliards d’euros restants de CVAE, à raison d’un milliard d'euros par an si le parti présidentiel conserve sa majorité. Déjà promise pour 2023, la suppression définitive de cet impôt avait été reportée l’an dernier à la fin du quinquennat, après avoir fait les frais de la réduction des marges de manœuvre budgétaires du gouvernement.
Le Rassemblement national prévoit d’aller plus loin en supprimant la CVAE, mais aussi la C3S, qui représente 4 milliards d’euros supplémentaires pour les entreprises. Mais le calendrier de cette baisse reste flou et repoussé au résultat de l’audit «indépendant» sur les finances publiques comme bon nombre de mesures. La faisabilité à court terme d’une nouvelle baisse d’impôt divise. «Je veux bien baisser les impôts de production, mais cela doit être mis au regard d’une baisse réelle de la dépense publique», pointe le chef de file d’Horizons Edouard Philippe, en soulignant la nécessité de compenser les pertes de recettes aux collectivités locales. Pour les Républicains, il s’agit de s’attaquer aux baisses d’impôts dans un second temps, lorsque les dépenses auront été réduites.
Le retour de la simplification administrative
En dehors des mesures fiscales, le Rassemblement national compte sur un grand chantier de simplification pour renforcer la compétitivité des entreprises. Jordan Bardella prévoit de lancer des «états généraux» pendant douze mois, afin d’identifier les normes «vertes », bénéfiques pour les entreprises, les «oranges» complexe à appliquer et les «rouges» qui les entravent. Un chantier qui n’a rien de vraiment novateur puisque le gouvernement actuel avait, lui aussi, organisé ses «assises» fin 2023, qui devaient déboucher sur une loi de simplification avant l’été, percutée par la dissolution. Sans compter que la simplification est souvent plus complexe qu’il n’y parait à mettre en œuvre, sauf à rogner sur des droits sociaux ou la protection de l’environnement.

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Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
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Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
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Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
Parmi les autres mesures visant les entreprises, le Nouveau Front populaire prône un «diagnostic préalable des ressources naturelles» avant l’implantation de nouvelles usines et prône un meilleur encadrement de la sous-traitance en cascade. Le Rassemblement national prévoit par ailleurs la création d’un fonds souverain chargé d’orienter une part plus grande de l’épargne des Français vers le financement de l’économie réelle et de l’innovation.
Des mesures pour l'apprentissage
Pour répondre aux besoins en compétence, il veut orienter plus rapidement, dès l’année de troisième, les jeunes vers la formation professionnelle. De façon plus floue, son nouveau partenaire de coalition Eric Ciotti veut toutefois s’attaquer au «coût de la formation professionnelle» parmi les pistes d’économies à actionner rapidement. La question est aussi mise sur la table par la majorité actuelle.
Alors que le nombre d’apprentis a bondi à près de 900000, Bruno Le Maire a plaidé devant le patronat, du côté de Renaissance, sur un recentrage des aides aux entreprises sur l’embauche d’apprentis sur les formations à moindre niveau de diplôme, en s’interrogeant sur leur pertinence pour des jeunes «au-delà de bac +5 ou 6 par exemple», alors que le Nouveau Front populaire promet de maintenir les aides à l’apprentissage. Les Républicains proposent de placer l’enseignement professionnel sous la tutelle des régions.
Divergences sur le prix de l'électricité
Autre sujet stratégique du point de vue des entreprises : la compétitivité des prix de l’énergie pour l’industrie s’est invitée dans la plupart des programmes. En cas de majorité Renaissance après le 7 juillet, Bruno Le Maire a promis de «rouvrir la négociation avec EDF» sur ses contrats long terme, car le prix «n’est pas assez compétitif pour l’industrie française». En novembre, l’accord trouvé entre l’État et EDF sur le prix de l’électricité au-delà de 2026 avoisinait les 70 euros le MWh. «Est-ce que le prix est satisfaisant ? Non. Faut-il rouvrir les négociations ? Oui», affirme le ministre, alors qu’une clause de revoyure prévoyait un bilan à mi-juin des signatures de contrats long terme entre l’énergéticien et grands industriels, renvoyé à plus tard pour cause de dissolution.
Le Rassemblement national comptait initialement sortir du marché européen de l’électricité pour faire baisser les factures des Français, particuliers et des entreprises, une mesure dont les effets sont difficiles à quantifier. Jordan Bardella souhaite désormais négocier avec la Comission européenne la mise en place d'une dérogation comme l'Espagne ou le Portugal pour pouvoir plafonner les tarifs de l'électricité en cas de hausse des prix. Le Nouveau Front populaire envisage lui de réformer ce marché européen de l’électricité, déjà modifié en partie en début d’année après de longues tractations entre Etats-membres à Bruxelles.
Des conséquences potentielles sur l'automobile
D’autres mesures plus sectorielles pourraient aussi, selon le vainqueur du second tour le 7 juillet, peser sur certaines filières industrielles. Le programme fiscal du Nouveau Front populaire cible notamment les superprofits des agro-industriels et la gauche vise l’interdiction des PFAS, y compris sur les ustensiles de cuisine contre laquelle le groupe Seb s’était mobilisé au printemps. Autre proposition dans les 24 pages de l’accord entre formations de gauche : la création d’un «grand pôle public du médicament».
En dehors des enjeux énergétiques, sur lesquels les divergences sont fortes, les conséquences pourraient être aussi importantes pour l’automobile, même si les programmes restent flous. Le Nouveau Front populaire ambitionne d’investir dans les technologies vertes y compris la production de voitures électriques, et veut décréter un moratoire sur les grands projets d’infrastructures autoroutières. À droite, les Républicains et le Rassemblement national ont milité durant la campagne pour les élections européennes contre la fin des ventes de véhicules thermiques neufs prévue en 2035. Or, le sujet qui fait l’objet de discussions régulières dans la filière automobile, devrait à nouveau être débattu au niveau communautaire en 2026, à l’occasion de la clause de revoyure.
Dans le camp présidentiel, la seule mesure automobile concerne l’aide à l’achat des véhicules électriques par le biais du “leasing social”. Après le franc succès de ce dispositif en janvier dernier, le Premier ministre, Gabriel Attal, a promis de doubler le nombre de véhicules concernés en 2025, soit 100 000 voitures. Cette annonce n’est pas vraiment une surprise. L’État s’est en effet engagé à maintenir cette offre dans le cadre du récent contrat stratégique de filière automobile, signé le 9 mai.
Solène Davesne, avec Antoine Vermeersch



