La Poste va utiliser les CPF de ses salariés pour accélérer les reconversions internes

En pleine mutation de ses métiers, La Poste a signé avec trois organisations syndicales un accord important permettant de financer plus de reconversions professionnelles internes, grâce à l'utilisation des comptes personnels de formation (CPF) des salariés volontaires.

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La Poste
Face aux profondes mutations de ses métiers, La Poste s'est engagée dans un vaste chantier de reconversions professionnelles. L'accord signé fin mars avec trois syndicats doit lui permettre de financer encore plus de reconversions professionnelles.

De moins en moins de facteurs et des besoins croissants en conseillers clientèle. Des métiers RH devenus moins indispensables avec la numérisation et des conseillers bancaires difficiles à trouver. Face aux mutations profondes de ses métiers, La Poste avait besoin d’un outil RH puissant pour accélérer les reconversions professionnelles de ses collaborateurs. «Notre priorité est de favoriser la mobilité interne pour pourvoir les postes sur lesquels nous avons le plus de mal à recruter, explique Cécile Pasdeloup, directrice du développement RH du groupe La Poste. Nous avons de gros enjeux de passerelles entre les métiers. L’ancienneté moyenne est de 20 ans, l’âge moyen de 50 ans, beaucoup de personnes ont occupé le même poste pendant très longtemps. Ce n’est pas toujours facile de réinterroger ses compétences pour s’orienter vers un autre métier. Il faut des actions fortes et sécurisantes.»

L’accord signé le 31 mars entre La Poste SA (180000 salariés) et trois organisations syndicales représentatives sur cinq (CFDT, FO et CFE-CGC sont signataires, la CGT et Sud ne le sont pas) va lui permettre de réaliser un plus grand nombre de reconversions. «Entre 2021 et 2024, nous avons engagé 3400 reconversions internes certifiantes, cela a un coût énorme, précise la responsable RH. Nous avons expliqué aux organisations syndicales que nous pourrions en faire plus, si nous pouvions utiliser en partie les compteurs CPF des collaborateurs.» Beaucoup de comptes personnels de formation (CPF) ont atteint leur plafond de 5000 euros. Non seulement ce trésor dort à la Caisse des dépôts, mais les CPF ne sont plus alimentés de 500 euros par an, une perte pour les salariés.

Le CPF des salariés en renfort

L’employeur finance les formations jusqu’à un montant de 1500 euros. Au-delà, l’accord de Gestion des emplois et des parcours professionnels et mixité des métiers (GEPPMM) prévoit un partage à 50/50 du coût, entre le CPF du salarié volontaire et l’employeur. Assurés par les organismes de formation internes, les parcours de formation se font en alternance, pendant plusieurs mois, pour un poste sur lequel le salarié a déjà été recruté. Un facteur pourra devenir conseiller clientèle en six mois, sa formation alternant théorie et pratique au guichet d'un bureau de poste, celui qu'il occupera à l'issue de sa formation. Un manager qui souhaite devenir responsable RH suivra neuf mois de formation, à raison d’une semaine par mois dans une école RH, et de trois semaines sur site, en pratiquant son métier RH. Cette formation représente par exemple un coût de 9000 euros. 70 fonctions ont été identifiées comme prioritaires et sont éligibles à ces parcours certifiants. 

Autre nouveauté validée par l'accord, une solution numérique sera mise à la disposition des salariés. Elle leur permettra d’identifier leurs compétences, y compris personnelles, de signaler ce qu’ils aiment, et de matcher avec les postes les plus proches. En 2026, ils pourront postuler en direct sur cette application.

Une revendication ancienne des syndicats aboutit

«L’utilisation du CPF a fait débat au sein de mon organisation, reconnaît Christine Simon, déléguée syndicale centrale de Force ouvrière. Mais nous avons regardé la globalité de l’accord et considéré que, face aux mutations, que l’on ne pourra pas freiner, il était important de bien accompagner les postières et postiers. L’accord prévoit un renfort des formations, notamment dans le numérique, et un accompagnement financier pour les mobilités géographiques ou fonctionnelles.»

Plus important que tout, pour Force ouvrière, un problème qui traînait depuis des années a enfin été résolu : le décalage de plusieurs mois, voire années dit le syndicat, du changement de rémunération induit par une promotion professionnelle. Désormais, l’augmentation salariale sera concomitante au changement de poste. Le syndicat apprécie également les mesures destinées à favoriser les retraites progressives, avec la possibilité d’utiliser son compte épargne temps pour travailler moins. «Mais nous attendons un engagement encore plus important sur l'emploi des seniors, pour que les postières et postiers qui occupent des emplois pénibles puissent, dès 45 ans, faire un point d’étape pour découvrir des métiers moins pénibles», poursuit Christine Simon.

Les syndicats, qui craignent toujours que les beaux accords centraux restent peu appliqués sur le terrain, ont obtenu un plan de communication auprès des managers et un comité de suivi. Ils ont souhaité pouvoir faire un bilan très vite : l’accord n’est signé que pour 18 mois. La Poste changera de PDG en juillet, la politique des reconversions devra être confirmée par le nouveau patron.

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