Il y a urgence. L’économie et notamment l’industrie ont besoin de compétences qu’elles ne trouvent pas, dans un contexte de grandes mutations. Dans le même temps, le chômage remonte. Or les dispositifs de reconversions professionnelles, complexes, sont peu utilisés, par les salariés comme par les employeurs. «A la vue des restructurations économiques et de l’exposition aux métiers pénibles (…), on peut largement faire mieux», a reconnu Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre du Travail, lors d’une rencontre, le 3 avril, avec l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis).
Elle a annoncé qu’une négociation avec les partenaires sociaux serait lancée «dans les tout prochains jours», sur le sujet. «Les partenaires sociaux sont prêts et très en demande», a poursuivi la ministre. Ils ont effectivement déjà négocié entre eux sur le sujet en 2024, une négociation qui n’avait pas abouti, mais en raison d’autres sujets bloquants. La ministre du Travail aimerait «qu’on puisse aboutir à un résultat [rapidement], pour l’intégrer dans la transposition, en juin prochain, des accords nationaux interprofessionnels sur l’assurance chômage et les seniors, pour être très rapidement opérationnels.»
Une fusion de Transco et Pro-A
Les trois dispositifs existants méritent d'être réformés. Les deux à la main des employeurs pourraient fusionner. D’une part, Transco, qui permet à une entreprise de reconvertir les salariés dont l'emploi est menacé, pour qu'ils travaillent dans une autre entreprise du même bassin d’emploi, n’a bénéficié qu’à 1000 personnes depuis sa création en février 2021, a indiqué la ministre. D’autre part, Pro-A, par lequel une entreprise reconvertit ses salariés grâce à de l'alternance, n’a été utilisé que pour 10000 personnes en deux ans. «Pourquoi pas un seul dispositif, plus simplifié ?» a plaidé la ministre. Qui pourrait être l'actuel contrat de professionnalisation, élargi.
Le troisième dispositif, à la main des salariés, est géré par les partenaires sociaux : le projet de transition professionnelle (PTP). L'ancien congé individuel de formation (CIF) permet de suivre des formations longues. Trop? «Ce sont des formations longues, alors qu’il y a des logiques d’insertion professionnelle avec des formations plus courtes, plus opérationnelles», a-t-elle plaidé. Le PPT compte 20000 bénéficiaires par an pour un coût de 500 millions d’euros, a indiqué la ministre, qui regrette qu’un tiers des bénéficiaires ait 30 ans, alors que le dispositif pourrait être utile aux seniors, notamment à ceux exposés à des métiers pénibles. Elle espère mieux le cibler, d'une part sur les publics qui en ont le plus besoin, d'autre part sur les attentes des entreprises.
Les partenaires sociaux, en 2024, ont évoqué l’idée d’élargir le contrat de professionnalisation pour répondre aux attentes des salariés. «L’idéal serait une logique d’alternance tout au long de la vie», a défendu Astrid Panosyan-Bouvet.



