Reconversions vers les métiers qui recrutent, c'est parti !

Première concrétisation du dispositif de "Transitions collectives", une vingtaine d'agents d'entretien de Derichebourg Multiservices démarreront en mai une formation de 14 mois pour devenir aides-soignantes, avec l'aide de l'Etat. Des plates-formes de mise en relation des entreprises pour faciliter ces reconversions et éviter les plans sociaux sont en train de se mettre en place dans tous les bassins d'emploi.

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Elisabeth Borne
Elisabeth Borne, ministre du travail, promeut un dispositif qui vise à éviter de passer par la case chômage.

Il y a d'abord le sourire de ces 24 femmes, réunies dans un amphithéâtre de Derichebourg Multiservices à Créteil (Val-de-Marne). Agents d’entretien, elles attendent avec impatience le début, le 10 mai, de leur formation de 14 mois pour décrocher un diplôme d’Etat d’aides-soignantes. Elles seront ensuite embauchées en CDI par Korian pour s'occuper de personnes âgées. Un métier dont elles rêvent parfois depuis longtemps, mais aussi un passage d’un temps partiel à un temps plein, d’un SMIC à 1 906 euros bruts par mois, d'un emploi non qualifié à un diplôme d'Etat... Avec un avenir professionnel sécurisé, le secteur prévoyant des recrutements massifs dans ce métier qualifié, avec le vieillissement de la population.

Cette collaboration entre les deux groupes, présentée le 7 avril en présence de deux ministres et de représentants du Medef et de la CFDT, est la première concrétisation du dispositif Transitions collectives (TransCo). Imaginé par les huit organisations patronales et syndicales durant l’automne 2020, repris tel quel par le ministère du Travail, il organise la reconversion professionnelle de salariés dont l’emploi est menacé à court ou moyen terme, vers un métier qui recrute dans leur bassin d’emploi.

Changer de métier sans passer par la case chômage

Objectif : « donner une autre façon, aux entreprises et aux salariés, d’appréhender les reconversions, sans passer par un plan social », souligne Elisabeth Borne, ministre du Travail. Le salarié évite la case chômage, l’employeur, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) coûteux. Pour avoir droit au dispositif, les entreprises doivent d’ailleurs signer un accord avec leurs représentants des salariés et ne pas avoir engagé de plan social ou de rupture conventionnelle collective.

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Boris Derichebourg, président de Derichebourg Multiservices (36 000 collaborateurs), refuse de parler d’emplois menacés, mais indique que depuis le début de la crise sanitaire, avec le télétravail, ses clients ont réduit leurs besoins en nettoyage, que l’événementiel et la culture se sont totalement arrêtés. « Et on sait que la tendance va se poursuivre un certain temps. » Les salariées, déjà à temps partiel, auraient certainement vu leur temps de travail diminuer encore, et leur précarité s’accroître.

Organiser la rencontre entre deux entreprises

L’Etat finance plus ou moins le coût de la formation – salaires et frais pédagogiques, pendant 24 mois maximum – en fonction de la taille de l’entreprise : à 100% pour les moins de 300 salariés, à 75% pour celles de 300 à 1 000 salariés, à 40% pour les plus grosses.          Pour l’opération Derichebourg-Korian, le financement de l’Etat permet de compenser le passage à temps plein du salaire des salariées pendant leur formation, Derichebourg payant le salaire normal et Korian prenant en charge les frais pédagogiques. Les 24 femmes, bientôt suivies par une vingtaine d’autres, restent salariées de Derichebourg jusqu’à la fin de la formation, et pourront réintégrer le groupe à tout moment.

Korian, qui prévoit un total de 200 parcours « passerelles » de ce type, avait présenté ses besoins à quelques entreprises, dont Derichebourg, fin 2020. Monoprix est d’ailleurs également intéressé. Mais pour déployer le dispositif à grande échelle, le plus compliqué sera d’organiser la rencontre entre les entreprises aux emplois fragilisés et celles qui n’arrivent pas à recruter, sur un même bassin d’emploi.

Les territoires d'industrie à la pointe de la Mobilisation

Des plates-formes de transitions professionnelles sont en train de se mettre en place partout sur les territoires pour organiser cet appariement. Une centaine des structures, branches, territoires, organisations professionnelles, entreprises, ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le ministère du Travail pour y participer. « Les plus avancés sont dans les territoires d’industrie, où les acteurs ont une grosse habitude de travailler ensemble », indique l’entourage de la ministre du Travail. Et où les besoins en recrutements de l'industrie ont souvent du mal à être comblés... Une grande souplesse est laissée à ces acteurs locaux, il n’y aura pas d’organisation type, à chaque territoire de faire selon ses habitudes, son dynamisme, son organisation professionnelle.

Une enveloppe de 500 millions d’euros du plan de relance sera consacrée à TransCo en 2021 et 2022, mais Elisabeth Borne indique que si le dispositif fonctionne, il sera pérennisé. Yvan Ricordeau, secrétaire national de la CFDT, se réjouit que les reconversions soient enfin anticipées et évitent les licenciements : « c’est un enjeu autour duquel on tourne depuis 25 ans !» La crise aura permis de l'imaginé et de le mettre en place en place en moins de six mois...

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