L’entrée en vigueur de la réforme des retraites oblige les RH à mieux s’occuper des seniors

La réforme des retraites entre en vigueur vendredi 1er septembre. Les employeurs vont devoir s’occuper des salariés qui restent deux ans de plus et mettre à jour leurs dispositifs de fin de carrière.

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Le ministre du Travail Olivier Dussopt présente un point d'étape de la réforme des retraites, le 15 décembre 2022.
La réforme des retraites entre en application le 1er septembre 2023, la plupart des décrets d'application ayant été publiés cet été.

A partir du 1er septembre 2023, les salariés nés entre le 1er septembre 1961 et le 31 décembre 1961 voient leur temps de présence dans l’entreprise prolongé de trois mois avant de pouvoir prendre leur retraite. Sauf s’ils ont une carrière longue et peuvent demander à bénéficier d’un régime dérogatoire. Trois mois de plus, cela semble relativement indolore. Quoique… Certains avaient peut-être prévu de s’occuper autrement cet automne ! Quelques centaines ou milliers de salariés, personne ne connaît leur nombre, étaient déjà en congés pré-retraite, dans de grands groupes. Ils vont devoir revenir au boulot pour trois mois, comme il en a été question un temps chez Orano. Ou trouver un arrangement avec leur employeur pour prolonger leurs congés en attendant d’atteindre le nouvel âge l’égal de 62 ans.

La réforme des retraites, promulguée le 15 avril 2023, a été suivie de la publication de quasiment tous ses décrets d’application cet été. Une rapidité d’exécution jamais vue pour une réforme aussi structurelle. Promesse politique du président Macron oblige… Elle contraint les salariés très proches de la retraite à modifier leurs plans. Et leurs employeurs à accompagner ces allongements de carrière. Au 1er janvier 2024, ce sont les salariés nés en 1962 qui resteront six mois de plus au travail. En 2030, ils devront travailler deux ans de plus, pour atteindre les fameux 64 ans. Chaque année, les salariés seront donc de plus en plus nombreux à prolonger leur présence dans l’entreprise.

« Très égoïstement, ça m’arrange que mes salariés seniors restent, reconnaît Boris Lombard, président de KSB France, fabricant de pompes et robinets industriels. Ils détiennent des compétences-clé, sur lesquelles j’ai du mal à recruter… Mais je devrai aménager certains postes, au cas par cas, pour qu’ils puissent continuer à travailler. Je devrai aussi certainement en changer certains de poste. » La pénibilité n’a en effet pas disparu des entreprises industrielles, et les salariés de 62 ans ont connu des conditions de travail plus difficiles, il y a 40 ans, qui ont pu altérer leur santé.

Evaluer les impacts de la réforme dans l'entreprise

A la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef fin août, peu de patrons avaient commencé à réfléchir à l’impact de la réforme pour eux. « Dans mon entreprise comme au Medef Meuse, on ne s’est pas encore penché sur les actions pour que les salariés restent plus longtemps au travail, c’est trop tôt », témoigne Thierry Lung, directeur de Segor, une PME de la métallurgie de 35 salariés.

Valérie Batigne, présidente de Sapiendo, une société de conseils sur les retraites, encourage pourtant les entreprises à s'emparer sans tarder de cette réforme « très complexe », « pour bien comprendre son périmètre et tous ses impacts, qui ne se limitent pas à travailler plus longtemps ». Elle rappelle qu’avec la modification des règles sur les carrières longues, le relèvement de l’âge légal ne concernera pas tout le monde. « La réforme a ajouté deux âges de départ anticipé pour carrière longue et introduit des départs anticipés pour invalidité qui n’existaient pas. A l’arrivée, seule une grosse moitié des effectifs pourrait être concernée par le relèvement de l’âge légal. »  Une entreprise a tout intérêt à savoir qui part, qui reste... Les cadres seraient moins touchés par la réforme, parce qu’ils ont commencé à travailler tard ? « Pas toujours vrais, souligne l’experte. Dans beaucoup d’entreprises, de nombreux cadres seront en carrière longue parce qu’ils ont fait des petits boulots étudiants. » Ou parce qu’ils ont commencé à travailler tôt et sont devenus cadres plus tard.

Les services RH vont devoir se pencher sur la situation de ceux qui travailleront un ou deux ans de plus. Ce qui leur posera de nombreuses questions, prévient Valérie Batigne : « Les salariés peuvent-ils rester au même poste ? Faut-il inciter aux temps partiels ? Favoriser la retraite progressive ? Faut-il la même politique pour toute l’entreprise ou laisser le choix à chaque division ? » Les employeurs vont sans doute devoir renégocier leurs dispositifs de fin de carrière, temps partiels seniors, utilisation du compte-épargne temps, départs anticipés, pour en modifier les bornes d’âge.

Motiver les refus de retraites progressives

La loi réforme deux dispositifs permettant une transition en douceur entre activité professionnelle et retraite. Elle encourage la retraite progressive, qui permet à un salarié de travailler à temps partiel en touchant une partie de sa retraite, recalculée lors de son départ définitif de l’entreprise. En effet, à partir du 1er septembre, un employeur devra justifier son refus du temps partiel pour retraite progressive, si un salarié le lui demande. « Les entreprises devront se doter d’une politique sur la retraite progressive, savoir si elles y sont favorables ou non, définir leurs motifs de refus, pour qu’ils ne puissent pas être contestés », conseille Valérie Batigne, qui pronostique une hausse des demandes de retraite progressive, pour rendre supportables les deux ans de travail en plus.

Quant au cumul emploi-retraite, il permet à un retraité de reprendre une activité tout en touchant sa retraite. Avec la réforme, cette activité lui ouvrira de nouveaux droits : une pension revalorisée grâce aux cotisations supplémentaires. Une formule qui devrait intéresser Thierry Lung, qui déjà aujourd’hui, réembauche des salariés à la retraite, souvent à mi-temps : « Cela met du beurre dans les épinards, les occupe, maintient un lien social. » Selon lui, certains, en forme, peuvent travailler plus longtemps. « Mais nous avons des salariés usés, pour lesquels un an ou deux de plus, ce sera difficile. Ils vont venir avec des semelles de plomb. L’expérience peut compenser le manque de productivité, mais pas toujours... »

La réforme des retraites modifie le compte pénibilité (C2P), octroyant plus de points à certains facteurs de pénibilité. Le C2P va donc se remplir plus vite, et pourra être utilisé pour se reconvertir, une des nouveautés de la loi. « Ce système de points a un sens car tout le monde y a intérêt, le salarié, l’entreprise et l’économie… analyse Valérie Batigne. Quand tout le monde manque de ressources, maintenir plus longtemps dans l’emploi les personnes est un vrai enjeu économique. Le paradigme a changé par rapport à il y a dix ans. »

Enfin, ne pas oublier que la réforme a mis fin aux régimes spéciaux, notamment de la RATP et des Industries électriques et gazières (Engie, EDF, Enedis...). Les salariés embauchés à partir du 1er septembre dépendront du régime général et de l'Agirc-Arrco, et se verront appliquer leurs règles.

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