Annoncée dès la première campagne présidentielle d'Emmanuel Macron mais repoussée en raison de l'épidémie de Covid-19, la réforme des retraites s'apprête à devenir une réalité. L'objectif principal du gouvernement consiste à réduire le déficit budgétaire du régime, qui devrait atteindre, selon les projections du Conseil d'orientation dédié, entre 13 et 15 milliards d'euros. Après avoir négocié avec les partenaires sociaux et les différentes forces politiques pendant plusieurs mois, la Première ministre Elisabeth Borne a dévoilé les principales mesures de cette réforme ce mardi 10 janvier. Celle-ci sera présentée en Conseil des ministres le 23 janvier, puis examinée à l'Assemblée nationale début février.
Une retraite à 64 ans
Mesure centrale de la réforme : l'âge légal de départ sera repoussé de 62 à 64 ans à partir du 1er septembre 2023, à raison de trois mois supplémentaires par année. Ce dispositif s'accompagne d'une accélération de l'augmentation de la durée de cotisations de 42 à 43 ans pour pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein. Le ministère du Travail avait déjà estimé que ces deux mesures permettraient de générer 17,7 milliards d'euros de recettes supplémentaires à l'horizon 2030, de quoi ramener le régime dans le vert. L'âge d'annulation de la décote reste quant à lui inchangé, à 67 ans.
Les petites pensions revalorisées
Elisabeth Borne a confirmé l’engagement d’Emmanuel Macron de porter le montant de la pension minimale à 85% du SMIC net pour une carrière complète, ce qui correspondra à environ 1 200 euros au moment où la réforme entrera en vigueur. Cette mesure concernera les nouveaux retraités, mais aussi «tous ceux qui ont une carrière complète au niveau du SMIC». Un élargissement défendu notamment par Les Républicains, dont le soutien est essentiel à la majorité gouvernementale pour faire adopter cette réforme. Selon la ministre, «près de 2 millions de petites retraites vont être augmentées» grâce à cette mesure.
Carrières longues
Le dispositif de carrières longues sera adapté « pour qu’aucune personne ayant commencé à travailler tôt ne soit obligée de travailler plus de 44 ans », précise le dossier de presse du gouvernement. Ceux qui ont commencé avant 16 ans pourront partir dès 58 ans ; entre 16 et 18 ans à partir de 60 ans ; entre 18 et 20 ans à partir de 62 ans. Les périodes de congé parental seront désormais prises en compte, afin que le dispositif devienne "plus juste", notamment pour les femmes, et les aidants familiaux bénéficieront de validations de trimestres. Comme aujourd’hui, les personnes en situation d’invalidité ou d’inaptitude pourront partir à 62 ans à taux plein (une mesure qui devrait coûter 3,1 milliards d'euros en 2030 selon les prévisions du gouvernement), et les travailleurs en situation de handicap à compter de 55 ans.

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Trim 3 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
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1 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
Pénibilité
Concernant la prise en compte de la pénibilité, la première ministre assure que le projet «prend en compte l’usure professionnelle liée aux conditions d’exercice de certains métiers». Pour cela, le gouvernement veut «renforcer le suivi médical, repérer les fragilités et mieux accompagner ces salariés vers des dispositifs de départ anticipé à 62 ans pour raison de santé». Elisabeth Borne annonce par ailleurs la création d'un fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle doté d’un milliard d’euros, censé «soutenir les branches professionnelles pour identifier les métiers exposés aux risques ergonomiques (port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations)». Le gouvernement prévoit par ailleurs d'améliorer le compte professionnel de prévention (C2P) afin de faciliter les reconversions professionnelles.
Régimes spéciaux
La réforme actera l’extinction des principaux régimes spéciaux de retraite, a confirmé Elisabeth Borne. «Les nouveaux embauchés à la RATP, dans la branche industries électriques et gazières (EDF, etc.), à la Banque de France, les clercs de notaires et les membres du CESE seront affiliés au régime général», précise le dossier de presse.
Emploi des seniors
Le gouvernement annonce la création d'un index seniors, sur le modèle de l'index égalité professionnelle femmes-hommes, dans le but de mesurer l'effort des entreprises en matière de recrutement, de formation et d'emploi des seniors. Ce dispositif, obligatoire pour les entreprises de plus de 1 000 salariés dès 2023 et pour celles de plus de 300 salariés dès 2024, ne devrait pas être assorti de pénalité en cas de mauvaises performances, mais le ministre du Travail a évoqué des sanctions pour celles qui refuseraient de publier leurs résultats. A titre indicatif, le taux d'emploi des Français âgés de 55 à 64 ans était de 56,2% en 2021. Olivier Dussopt assure par ailleurs que les retraités exerçant un emploi pourront demander une revalorisation de leur pension au titre des cotisations liées à cet emploi.
Une contribution supplémentaire demandée aux employeurs
«Pour que ce projet soit pleinement équilibré, il faudra que chacun prenne sa part, a prévenu Elisabeth Borne. C’est pourquoi nous demanderons aux employeurs une contribution supplémentaire pour le financement de la retraite. Mais nous refusons qu’elle augmente le coût du travail : c’est pourquoi nous baisserons symétriquement la cotisation des employeurs au régime des accidents du travail et des maladies professionnelles, qui est très excédentaire.»
De vives contestations
En déplacement en Guadeloupe, Jean-Luc Mélenchon considère cette réforme des retraites comme une « grave régression sociale », tandis que le député LFI François Ruffin assure que « le peuple fera appel dans la rue ». « Les Français peuvent compter sur toute notre détermination pour faire barrage à cette réforme injuste », a de son côté réagi Marine Le Pen. A l'inverse, le Medef salue « les décisions responsables et pragmatiques » du gouvernement.



