Chronique

L’absentéisme freiné par une utilisation toute particulière du télétravail par les salariés

[Chronique RH] En 2023, l’absentéisme a reculé en France après une année 2022 record, marquée par le Covid. Les études publiées début 2024 pointent un impact du télétravail sur le nombre d’arrêts maladie, en baisse lorsque les salariés peuvent travailler à distance.

Réservé aux abonnés
Divan psy personne triste ambiance sombre
Les télétravailleurs préfèrent souvent travailler à distance plutôt que demander un arrêt maladie.

S’extirper de son lit, faire quelques pas jusqu’à son bureau et s’asseoir frissonnant devant son ordinateur, dans l’idéal emmitouflé dans un plaid. Pour bon nombre de salariés ayant la possibilité de travailler à distance, cette situation est préférée, en cas de maladie légère et passagère, à un déplacement fatigant jusqu’à leur lieu de travail «en présentiel». Une fois sur place, les malades les plus téméraires peuvent en plus être confrontés aux regards de travers de leurs collègues, en raison d’une toux un peu trop forte…

La possibilité de travailler à distance a ainsi permis à 63% de salariés malades – et jusqu’à 74% des cadres – d’éviter un arrêt de travail, selon un sondage Ifop réalisé en début d’année pour le courtier en assurance Diot-Siaci auprès de 3 000 personnes et publié le 8 avril.

Un questionnement des équipes RH

Plus de quatre télétravailleurs sur dix l’ont même fait à plusieurs reprises. Pour quelques-uns, cette option est peut-être aussi considérée comme une manière d'éviter les jours de carence qui s'appliquent en cas d'arrêt maladie, même si deux tiers des salariés du privé environ sont couverts par leur employeur contre cette perte de revenus.

«Les entreprises se posaient beaucoup de questions sur cette pratique depuis la crise Covid. Notre étude montre que l’impact est assez important sur les populations concernées», commente auprès de L’Usine Nouvelle Sabeiha Bouchakour, directrice prévention et qualité de vie au travail au sein de l’activité de conseil RH de Diot-Siaci. Pour la spécialiste, le télétravail a donc bien un impact sur l’absentéisme, sans que l’effet soit majeur pour autant. «Les télétravailleurs représentent seulement 36% des salariés en France», tempère-t-elle.

Une autre étude de référence sur l’absentéisme, le baromètre 2024 de Malakoff Humanis, à paraître prochainement, cite aussi le recours au télétravail comme l'un des facteurs pouvant jouer un rôle dans le choix demander ou non un arrêt maladie à son médecin. Selon le baromètre, un salarié sur dix a recouru au télétravail plutôt qu'à un arrêt maladie dans les TPE, contre un sur quatre dans les très grandes entreprises. «Les TPE sont plus présentes dans des secteurs où le télétravail est moins naturel, comme le commerce et la restauration ou le BTP», est-il précisé dans l'étude.

A l’image des salariés, les DRH auraient aussi fait leur choix, selon les constations empiriques de Sabeiha Bouchakour. «Certains recommandent aux salariés malades de s’arrêter. Mais la flexibilité est le plus souvent privilégiée quand on parle de maladies légères. En tout cas, le télétravail ne doit pas empêcher l’arrêt lorsque l’état de santé du salarié remet en question sa capacité à travailler», indique-t-elle.

Chacun aura son avis sur la pertinence d’utiliser le travail à distance en remplacement d'un arrêt maladie. Le gouvernement, qui revient régulièrement à la charge sur le coût des arrêts maladie pour ses pistes d’économies, n’y trouvera vraisemblablement rien à redire. Fin mars, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a ainsi rappelé sa volonté de rouvrir le débat sur une réforme des indemnités versées lors d’un arrêt de travail.

Grosse baisse dans l'industrie

Calculé à partir du nombre de jours d’absence rapporté au nombre de jours normalement travaillés, le taux d’absentéisme a de fait reculé à 5,06% en 2023, contre 5,64% en 2022, année de forte poussée du phénomène, et 4,78% avant le Covid, en 2019. L’an passé, la proportion de salariés absents au moins une fois s’est établie au global à 38%, contre 45% en 2022. Les chiffres du courtier s’appuient sur les données de plus d’un million de salariés en CDI et CDD en France. Sur les neuf grands secteurs analysés par Diot-Siaci, l’industrie est le seul à afficher une baisse de plus d’un point de son taux d'absentéisme sur les deux dernières années.

La baisse de l’absentéisme entre 2022 et 2023 s’explique principalement par le recul des arrêts pour cause de Covid. A l’inverse, les arrêts longs ont contribué en 2023 à un niveau record, depuis 2020 au moins, au taux d’absentéisme global. Or, «le télétravail limite les arrêts courts, mais n’a pas d’impact sur les arrêts longs», souligne Sabeiha Bouchakour.

Les accidents du travail et maladies professionnelles, qui suivent la même tendance que les arrêts longs, seront forcément scrutés par les équipes RH. D'autant que les salariés appellent les entreprises à agir davantage sur des éléments comme la charge de travail, sa flexibilité, le management, l’autonomie et la valorisation de leur travail par leur hiérarchie, selon Diot-Siaci.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.