Chronique

[Chronique RH] Face à l’absentéisme, les mauvais réflexes et les bonnes techniques

Après une année 2022 durant laquelle il a battu des records, l’absentéisme reste un problème dans les entreprises. Travailler à l’amélioration des conditions de travail semble être la solution, alors que les techniques de contrôle des arrêts maladie montrent leurs limites.

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Selon un sondage, 39% des salariés déclarent avoir été en arrêt de travail au cours de la période allant de mai 2022 à mai 2023.

En 2022, l’absentéisme au travail a atteint un niveau record en France. Et de mai 2022 jusqu’à mai 2023, ce phénomène semble se maintenir dans des proportions toujours trop grandes pour les entreprises. Selon un sondage de BVA People Consulting pour Workplace Options dévoilé en juin et réalisé auprès de 1 500 salariés et 300 DRH, 39% des travailleurs déclarent avoir été en arrêt de travail au cours des douze mois précédents. Cette proportion est supérieure à la période pré-Covid, sauf pour 2016. L’étude confirme également l’importance prise par les motifs psychologiques parmi les causes d’arrêts chez les salariés.

Baisse de la productivité, problèmes organisationnels, charge de travail accrue pour les salariés présents, ou encore coût économique quand un recours à l’intérim est décidé…Pour les DRH, les raisons de lutter contre l’absentéisme sont multiples. Pour y arriver, le contrôle des arrêts de travail et la prévention apparaissent comme les deux voies principales à suivre. Mais la seconde doit certainement être privilégiée. « Plutôt que dans la lutte contre les fraudes, qui est à mon sens un épiphénomène, la solution se trouve davantage du côté des conditions de travail et du problème d’insatisfaction au travail de certains salariés », considère Olivia Guilhot, avocate en droit social chez Voltaire avocats.

Des contre-visites à l'intérêt contesté

Depuis 1978, un employeur est en droit de demander une contre-visite pendant l’arrêt de travail de son salarié. Des organismes spécialisés comme Securex effectuent ces contre-visites pour s’assurer que l’arrêt de travail est bel et bien justifié et ne correspond pas un arrêt «de confort». Sur son site, Securex estime que cette pratique permet de réduire les risques de prolongations des arrêts et d’éviter «la contagion des arrêts dits ‘de confort'». «En réalité, l’efficacité de ces contrôles est assez limité pour l’employeur, et le collaborateur prend généralement très mal le fait qu’on lui ait envoyé un médecin à son domicile, estime Anne Vincent-Ibarrondo, également avocate en droit social chez Voltaire avocats. Sans compter que les médecins ont parfois des problèmes d’accès aux immeubles…»

Certaines entreprises peuvent également être tentées de contester aux prud’hommes des avis d’inaptitude délivrés par le médecin du travail et suspectés d’être frauduleux. Par exemple dans une situation où une déclaration d’inaptitude ferait suite à un refus de rupture conventionnelle par l’entreprise. Mais les procédures sont longues et ont de quoi décourager.

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Prime d'assiduité

D’autres entreprises sont en proie au doute. «Nous avons récemment eu le cas d’un employeur qui s’étonnait d’être confronté à un arrêt de travail provenant d’un hôpital, sans nom de médecin et avec une signature qui avait changé entre le premier arrêt et sa prolongation, relate Anne Vincent-Ibarrondo. Nous lui avons conseillé d’écrire à la Caisse primaire d’assurance maladie et à l’hôpital.» Dans le sondage réalisé pour Workplace Options, environ 60% des DRH interrogés pensent que certains arrêts maladies ne sont pas justifiés par des raisons médicales.

Une première réponse peut être d'«instaurer une prime d’assiduité», indique Olivia Guilhot. En cas d’absences non assimilées à du temps de travail effectif, un salarié voit ainsi sa prime minorée. «Attention toutefois à ce que toutes ces absences, quelle que soit leur raison, aient les mêmes conséquences», prévient l’avocate.

Une marge de progrès certaine

En somme, les techniques de contrôle semblent assez limitées pour lutter contre l’absentéisme. Se concentrer sur la prévention, en chassant les situations de stress et de surcharge au travail, paraît bien plus efficace. Une piste consiste à mettre en place des dispositifs d’écoute régulière des salariés sur leur ressenti au travail. La semaine de quatre jours peut également être une solution, à condition que sa mise en œuvre ne s’accompagne pas d’un accroissement du stress pour les salariés. Dans tous les cas, une attention toute particulière doit être apportée aux seniors, alors que l’âge d’ouverture des droits à la retraite va passer à 64 ans. Pour trouver les bon leviers à actionner, la définition d’indicateurs de suivi de l’absentéisme plus précis peut être nécessaire, dans les grandes entreprises notamment. 

La marge de progression existe. Plus de la moitié des DRH du sondage affirme avoir défini des mesures de soutien pour accompagner leurs salariés au retour d’un arrêt maladie de longue durée, contre 42% en 2019. Mais moins de la moitié des DRH déclarent avoir mis en œuvre des actions de prévention des arrêts de travail, une proportion très – pour ne pas dire trop – stable depuis huit ans.

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