« Depuis quelques années, nous observons une légère augmentation globale du taux d’absentéisme dans le groupe Bayer en France », témoigne Jean-François Very, le directeur des affaires sociales du chimiste et fabricant de médicaments, dans le dernier observatoire de l’absentéisme d’Axa publié en mai. Cette petite musique, un certain nombre de directions s’en inquiètent forcément au vu de l’étude de l’assureur et du baromètre du groupe de protection sociale Malakoff Humanis, paru début juin sur le même sujet. Réalisées respectivement à partir de données fournies par les employeurs pour plus de trois millions de salariés et auprès de 2 000 salariés et 400 dirigeants, ces deux études rapportent un niveau record d’absentéisme en 2022, porté par les maladies ordinaires et très probablement par le Covid-19.
La première cause des arrêts de longue durée
Au-delà de la conjoncture, le fait marquant de ces rapports est le maintien à un niveau élevé des arrêts de travail pour des raisons psychologiques, qui semble alimenter une hausse structurelle de l’absentéisme observée par Axa depuis 2019. Mi-avril, Santé publique France rapportait de son côté une augmentation progressive des signalements de souffrance psychique par les médecins du travail entre 2007 et 2018, avec une hausse plus marquée sur la fin de la période. Ces deux dernières années, les troubles psychologiques ont été la première cause des arrêts de travail de longue durée. Leur proportion dans les arrêts longs a plus que doublé au cours des quatre dernières années, pour atteindre 32% l’an passé, selon le baromètre de Malakoff Humanis. « Ce phénomène est d’autant plus inquiétant qu’il touche de plus en plus de jeunes salariés », précise le rapport d’Axa.
Chez Bayer France, Jean-François Very constate aussi que 30% des arrêts de travail considérés comme étant de longue durée sont liés à des difficultés d’ordre psychologique. « Cela renforce notre volonté d’accentuer notre politique de prévention des risques psychosociaux », assure-t-il. Le chantier apparaît comme important : dans le baromètre de Malakoff Humanis, seules 31% des entreprises déclarent avoir mis en place des actions de prévention destinées aux salariés. Les réseaux internes de référents en santé mentale en sont un exemple. Les troubles psychologiques peuvent certes être générés par un entremêlement de causes personnelles et professionnelles, mais les entreprises ne disposent pas moins d’un levier pour tenter de réduire leur absentéisme.
Un levier "d'excellence" pour l'expérience collaborateur
Ce phénomène pénalise l’entreprise à plus d’un titre, de la perte de productivité au stress supplémentaire généré pour les salariés qui compensent les absences des autres. Bien souvent, les managers se retrouvent une nouvelle fois en première ligne, alors qu’ils sont eux-mêmes déjà très touchés par les arrêts. Prendre en considération les impacts du travail sur la santé psychologique est à l’inverse un « levier d’excellence » pour retenir les talents, selon le baromètre de l’expérience collaborateur 2023 d’Edenred et de la start-up Bloomin. « C’est un sujet qui monte chez tous nos clients », a indiqué Gaëlle Tavernier, directrice de l’expérience collaborateur chez Bloomin, lors d’une présentation de l’étude début juin. Selon elle, un tabou a été levé à propos de la santé mentale des travailleurs dans la période post-Covid et l’attente des salariés se fait sentir.
Pour un tiers des salariés questionnés par Malakoff Humanis, le sujet de la prévention de l’absentéisme pose également la question des évolutions dans l’organisation du travail, ce qui en fait l’élément le plus cité. Le sujet mérite sans aucun doute de trouver sa place dans le futur « pacte de la vie au travail », actuellement entre les mains des partenaires sociaux.



