[Actualisé avec audition de Jean-Pierre Farandou au Sénat] L’accord qu’il a signé avec les syndicats sur la fin de carrière des cheminots aura eu la peau du patron de la SNCF… Jean-Pierre Farandou espérait que son mandat à la tête de l’entreprise ferroviaire, qui arrivait à échéance, serait prolongé lors de l’Assemblée générale du 13 mai. Atteint par la limite d’âge, il ne pouvait pas être renouvelé, mais espérait une prolongation de deux ans, jusqu'à ses 68 ans. Jean-Pierre Farandou avait succédé en novembre 2019 à Guillaume Pépy.
Convoqué à Bercy par un Bruno Le Maire agacé par l’accord social signé fin avril, il quittera donc plus tôt que prévu ses fonctions de PDG de la SNCF. Un communiqué de presse laconique du ministère de l’Économie et du ministère de la Transition écologique l’annonce, le 7 mai : «À l’issue des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, la présidente de l’Assemblée nationale et le président du Sénat seront saisis par le président de la République du nom du successeur envisagé de M. Jean-Pierre Farandou», est-il écrit.
Une réforme des retraites en partie effacée
Cet accord, signé le 23 avril à l’unanimité des organisations syndicales, fait rarissime, permet aux cheminots ayant 15 ans d’ancienneté de bénéficier d’une fin de carrière non travaillée payée à 75% de 9 mois pour tous (l'accord précédent prévoyait six mois payés à 60%). Ce dispositif monte à 15 mois pour les métiers pénibles comme pour les aiguilleurs et les conducteurs et 18 mois pour les contrôleurs. Une gestion des fins de carrière qui efface en partie la réforme des retraites, qui oblige les cheminots, comme tous les salariés, à travailler deux ans de plus.
Pour justifier cet accord généreux, la direction de la SNCF avait évoqué la nouvelle «plateforme de progrès social» souhaitée par son président après les grèves impromptues des contrôleurs en décembre et février. Une nouvelle façon d’appréhender le dialogue social dans une entreprise où les grèves deviennent vite un sujet national. Jean-Pierre Farandou, qui avait annoncé dès son arrivée à la tête de l'entreprise qu'il ferait de cet apaisement social une de ses priorités, aura eu peu de temps pour l'expérimenter.
Entendu par les sénateurs le 7 mai dans l'après-midi, une audition prévue avant l'annonce de son éviction, il a longuement justifié un accord qu'il juge "raisonnable, équilibré et utile". Il a plusieurs fois rappelé que ce sont les pouvoirs publics qui ont demandé aux branches et aux entreprises de négocier sur la pénibilité, absente de la loi sur les retraites. A détaillé les conditions de travail pénibles de 91 000 cheminots, dans les ateliers, postes d'aiguillage, chez les roulants ou en maintenance. Avant de donner le coût total de l'accord: 35 millions d'euros par an, qu'il estime pouvoir financer avec le 1,3 milliard d'euros de résultat net de la SNCF. "Cet accord ne coûtera rien ni aux contribuables, ni aux clients, ni aux caisses de retraite", a-t-il indiqué. Après avoir dressé un bilan de ses nombreux chantiers réussis selon lui à la tête de la SNCF, il a conclu qu'"on ne peut pas transformer contre ses salariés une entreprise publique de 150 000 cheminots à forte culture maison".



