Les records d’affluence dans les gares et les trains de l’Hexagone n’ont pas suffi pour réaliser une année 2023 encore meilleure que la précédente. Il est vrai que l’année 2022 avait été exceptionnelle avec un résultat net de 2,4 milliards d'euros et un chiffre d'affaires à 41,5 milliards d’euros. Pour 2023, le chiffre d’affaires progresse légèrement à 41,8 milliards d’euros et le bénéfice net est quasiment divisé par deux à 1,3 milliard d’euros. Il ne faut toutefois pas faire la fine bouche car il fut un temps où les dirigeants de la SNCF auraient rêvé d’un tel résultat.
D’ailleurs, mercredi 28 février 2024, au siège de Saint-Denis, lors de la présentation des résultats annuels à la presse, le PDG du groupe SNCF, Jean-Pierre Farandou, s’est réjoui de cette nouvelle tendance. «Le groupe est dans le vert pour la troisième année consécutive. Nous ne sommes pas habitués. Et cet argent sert largement aux Français car l'investissons dans le ferroviaire [trains, gares, infrastructures, salaires des cheminots, ndlr]. » En effet, en 2023, la SNCF a battu un record : 10,6 milliards d’euros d’investissements malgré un endettement en recul (-200 millions d’euros). Et elle prévoit d’atteindre les 11 milliards en 2024.
Les premiers TGV-M à l’été 2025
Si les résultats sont plus modestes que l’année précédente, la fréquentation des TGV a encore augmenté de 4% sur un an et celle des TER de 8%. D’ailleurs SNCF Voyageurs et Keolis ont été les locomotives du groupe avec des chiffres d’affaires en hausse de respectivement de +10,4% et +6,6%. Mais la rançon du succès est le manque de trains à grande vitesse. «Nous manquons des ventes car nous faisons rouler nos trains au maximum, regrette Jean-Pierre Farandou. Alstom devait nous livrer les TGV-M à partir de 2023, puis ils devaient entrer en service pour les Jeux Olympiques. Maintenant, il nous annonce les premières rames pour l’été 2025.» A l’automne dernier, le constructeur français s’était engagé à mettre en service les premières rames début 2025. Les retards continuent à s’accumuler… Les pénalités risquent de ne pas améliorer les finances d’Alstom.
L’impact limité des grèves contre la réforme des retraites
Quant à la baisse modeste des résultats, notamment l’Ebitda qui passe de 6,6 à 6,4 milliards d’euros, «elle est en partie liée au mouvement de grève contre la réforme des retraites à hauteur de 350 millions d’euros, selon Laurent Trevisani, directeur général délégué à la stratégie et aux finances du groupe SNCF. Quant à l’impact de l’inflation [énergie, achats, salaires, Ndlr] il a été compensé par le plan de performance.» Ce dernier représente 700 millions d’euros d’économies, davantage que les objectifs fixés.
Les grèves sont liées à la réforme des retraites décrétée par le gouvernement Borne qui a aussi imposé à l’opérateur de transport de limiter les hausses de tarifs sur les billets, notamment pour les TGV Ouigo et les Trains d’équilibre du territoire (TET, ou ex-Intercités). Et la direction a profité de la bonne santé du groupe pour maintenir le pouvoir d’achat de ses salariés avec des augmentations des salaires de 17% entre 2022 et 2024.
Geodis, de locomotive à wagon de queue
Un secteur a particulièrement souffert de la conjoncture économique, c’est le transport de marchandises et la logistique. Geodis qui a avait enregistré des résultats exceptionnels à la sortie de la crise du Covid-19 est retombé sur Terre. Le chiffre d’affaires a reculé de 21,6% revenant à la situation d’avant pandémie mais le logisticien conserve un Ebitda proche de 10%. «Tout le secteur de la logistique est touché par la baisse des volumes et des taux de fret», rappelle Laurent Trevisani.
Au total, la SNCF traverse la mauvaise conjoncture économique avec résilience, ce qui n’aurait sans doute pas été le cas il y a quelques années. Elle continue à recruter et cette année encore, le solde des effectifs sera positif (comme en 2023). Son engagement dans la transition écologique est reconnu par trois agences de notation extra-financières qui ont relevé sa note. La baisse de la consommation énergétique a atteint 7% en 2023. «Nous avons créé en juillet dernier SNCF Renouvelables et nous visons l’autosuffisance énergétique en 2050, rappelle Jean-Pierre Farandou qui ne sait toujours pas s’il sera prolongé en mai prochain après l’Assemblée générale. Je veux bien continuer mais la décision ne m’appartient pas». Le message est lancé à l’intention du gouvernement qui ne semble pas pressé de donner sa réponse.



