Les syndicats s’en sont réjouis : l’accord trouvé le 23 avril à la SNCF sur les fins de carrière annule en grande partie les effets de la réforme des retraites pour les cheminots. D’ailleurs, les quatre syndicats représentatifs, y compris la CGT, ce qui est rare, ont signé le texte. Mis devant le fait accompli, le gouvernement, qui a la tutelle de la SNCF, n’a pas apprécié. Bruno Le Maire, jeudi 2 mai, a même parlé de «dysfonctionnement».
Le ministre de l’Économie a annoncé sur BFM/RMC qu’il avait convoqué le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou «dans les tous prochains jours» pour qu’il «rende des comptes» sur les raisons d’un accord «qui n’est pas satisfaisant». «Je tiens à ce qu’il m’explique comment il finance cet accord», a notamment indiqué Bruno Le Maire. En 2018, a rappelé le ministre, l’État a aidé la SNCF à se renflouer en prenant à sa charge sa dette (35 milliards d’euros). Mais début 2024, elle a affiché de bons résultats pour la troisième année consécutive. Le PDG y laissera-t-il son poste ? Il devait être renouvelé à l'Assemblée générale du 13 mai.
Des mois non travaillés payés à 75%
Que prévoit cet accord, qui rend plus avantageux pour les agents ce qui existait déjà ? La période précédant le départ à la retraite sera divisée en deux périodes de durée équivalente : la première, travaillée à 100% et payée à 100%, la seconde, non travaillée et payée à 75%. La période non travaillée, proposée, sera de 9 mois pour tous ceux qui ont plus de 15 ans d’ancienneté. Elle était jusqu’ici de six mois, payés à 60%. Elle sera plus longue pour les agents exposés à la pénibilité, 90 000 sur 145 000 selon la SNCF, qui occupent des métiers touchés par des «découchés», des horaires de nuit, des conditions de travail difficiles. Les aiguilleurs et conducteurs pourront bénéficier d’une période de 15 mois non travaillée (9 mois aujourd’hui) et payée 75%, les contrôleurs, de 18 mois. La SNCF prendra à sa charge des cotisations sociales à hauteur de 100% des salaires.
Ces mesures hérissent le gouvernement car elles annulent en partie les deux ans de travail supplémentaires et quatre trimestres de plus que doivent faire les cheminots, comme tous les Français, depuis la réforme des retraites de 2023. Jusque-là, les agents de conduite avaient la possibilité de partir à 52 ans, les autres cheminots à 57 ans, mais l’âge effectif de départ était de 59 ans, beaucoup n'ayant pas le nombre de trimestres suffisants pour partir à taux plein. Par ailleurs, depuis 2020, les nouveaux entrants dans le groupe ne bénéficient plus du régime spécial de la SNCF, appelé à disparaître, et devront travailler jusqu’à 64 ans.
Un accord plus large
La direction de la SNCF se défend en évoquant le besoin de renégocier l’accord sur les fins de carrière. Le dernier, qui datait de 2008 et était peu utilisé, a été bousculé par trois réformes des retraites. Ce nouvel "accord sur la cessation anticipée d’activité", qui entrera en application en janvier 2025, il contient d’autres mesures de gestion des fins de carrière. Il y a d'abord une prime versée pendant trois ans (3000 euros la première année, puis 2500, puis 2000) aux agents qui quitteront un poste pénible et perdront en conséquence la prime liée à la pénibilité de leur poste, pour qu’ils puissent «atterrir» en douceur financièrement. Un temps partiel de fin de carrière, rémunéré 10% de plus que le temps de travail effectué (à 60% pour un mi-temps) est aussi prévu.
Beaucoup de grandes entreprises privées se sont dotées de généreux aménagements de fins de carrière, des pré-retraites qui ont longtemps évité les plans sociaux, ou des plans seniors qui permettent de renouveler les compétences plus rapidement. Chez Michelin, Chanel, Schneider Electric, des aménagements de fin de carrière sont prévues, ainsi que pour les chauffeurs routiers. Grosse différence avec la SNCF : ils ne sont pas financés par l’argent public. La SNCF refuse de communiquer le coût de son accord, le ministre de l’Économie va le demander à son PDG.
Acheter la paix sociale
L’objectif de la direction de la SNCF était d’éviter des mouvements sociaux à l’occasion des ponts de mai et des Jeux olympiques. Une démarche liée à la nouvelle «plateforme de progrès social» décidée par Jean-Pierre Farandou après les grèves improvisées des contrôleurs à Noël et en février. Raté. Les antennes franciliennes de Sud-Rail et de la CGT, deux signataires de l’accord sur les fins de carrière, ont appelé à la grève en région parisienne pour le 21 mai. Le lendemain doit se tenir une nouvelle table ronde sur les primes versées aux cheminots mobilisés pendant les JO. La direction propose 50 euros par jour et une prime de 200 à 500 euros en fonction de la période de leurs congés. Les syndicalistes d’Ile-de-France aimeraient obtenir une prime d’au moins 1000 euros, alors que les agents de la RATP qui travailleront durant les Jeux toucheront 1600 euros.



